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Mais, qui est Carole Piédalue?
Mise à jour le vendredi 09 mai 2008
Par: Georges Gaudet
Disons qu’elle carbure à l’expression artistique sous une multitude de facettes. Femme d’une sensibilité qui semble d’abord guidée par l’intuition, le curriculum vitae n’en est pas moins long et riche d’un grand nombre de succès académiques et universitaires en plus d’un impressionnant catalogue de réalisations artistiques des plus cotées.
Si son âme est trempée à l’art dans une abondance d’expressions, il ne faut surtout pas s’en surprendre. En effet, tout dans la vie de Carole Piédalue semblait la guider vers une forme d’expression artistique appuyée sur les traits de pinceaux trempés dans les couleurs de la mémoire. Pourtant, comme si ce n’était pas assez, cette artiste qui aurait peut-être pu se satisfaire de ses créations ne s’est pas arrêtée là. Non contente de se réaliser elle-même à travers son art, elle est devenue, à force d’ambition, de sacrifices et de conviction, une artiste qui aide, guide et conseille d’autres personnes à la recherche d’une parole, d’un cri, d’un souffle témoin de leur être, de leur personnalité, de leur vécu. Les ateliers de Carole Piédalue sont des lieux magiques où les pinceaux, les couleurs, les traits de crayons, tracent plus souvent qu’autrement, l’histoire d’une vie, d’une maladie, d’un deuil, d’une peine, parfois d’une joie, d’une victoire ou d’un grand bonheur, sur des canevas qui deviennent vite des témoins de la vie. De plus, ces témoins ne jugent pas, ne critiquent pas. Ils témoignent, c’est tout. Parfois, ils ouvrent la porte vers la parole, vers le dire, vers une liberté retrouvée. Celle qui aide ces personnes à atteindre de tels buts possède aussi une feuille de route bien étoffée.
Arrivée aux Îles Elle débarque aux Îles de la Madeleine en 1973 en compagnie de son Madelinot, son conjoint de toujours, Édouard. Ensemble, ils construisent, au fil des ans, une maison de style traditionnel sur la terre ancestrale. Nichés au creux d’un vallon tournant les bras vers la mer, ils entreprennent ce que toute une génération prisait alors, c’est-à-dire un retour à la terre. Puis, arrivent deux enfants qui viendront occuper le quotidien pour une bonne quinzaine d’années. Aujourd’hui, Laurence fait carrière à Montréal et François-Guillaume fait de l’humour théâtral un peu partout entre le Québec et, maintenant, l’Europe. Pourtant, cette pause famille dans la vie de Carole Piédalue n’en est pas vraiment une et il fallait bien s’y attendre. Le curriculum vitae commence très tôt, d’abord en graphisme, puis dans l’information. Non contente de son bagage scolaire, elle ira se chercher, au cours des années, un baccalauréat en arts plastiques à l’Université du Québec à Montréal en 1992. En 2001, elle suivra des études libres en psychologie à l’Université Laval de Québec et, pour finir, une maîtrise en art-thérapie de l’Université Concordia à Montréal en 2005. Comme si ce n’était pas assez, les réalisations artistiques se succéderont surtout à compter de la fin des années 80. Cinq expositions en duo entre les années 2000 et 2008, une participation à vingt-six expositions collectives entre 1993 et 2006, des symposiums et ateliers de recherche, des projets d’intégration des arts à l’architecture entre 1991 et 1997, des stages et des résidences artistiques complètent le tableau de cette artiste accomplie.
Une conviction profonde Au cours des ans, Carole Piédalue devient convaincue que l’art est thérapeutique. Il n’en faut pas plus pour qu’elle anime des ateliers exploratoires en ce domaine. Puis, c’est le grand saut vers la maîtrise universitaire et, depuis ce temps, elle anime des ateliers d’art-thérapie en parallèle avec sa propre création artistique.
Pour ceux qui ne seraient pas convaincus de cette forme de thérapie, ils n’auraient qu’à entendre Carole Piédalue pour se laisser convaincre du contraire: «Des gens n’en peuvent plus ou ne veulent plus de la thérapie verbale. Les arts permettent de se reconnecter avec soi. Là où il n’y a pas de mots, l’art va permettre de dire autrement.» Il n’y a pas de mandat à ses ateliers. Elle préconise une approche douce, simple, qui ira chercher le monde qui habite les personnes participantes. L’idée est d’aider les gens à se percevoir dans leur environnement et à découvrir leur capacité d’en changer l’aspect, la couleur, de transformer leur univers personnel au gré de leur volonté. «Exprimer un problème, cela fait partie de nous. L’extirper sur une toile et, à partir de là, se demander ce qu’on peut faire avec, c’est ça de l’art-thérapie. Quand tu donnes des ateliers, tu ne forces rien, tu incites les gens à faire leurs choix en leur suggérant des techniques qui peuvent servir à élargir leurs moyens d’expression. À partir d’une image créée, souvent l’humain se révèle. Parfois la parole surgit et le rire aussi.» Point n’est besoin d’être talentueux en dessin pour participer. On est tous capables de pousser la pointe d’un crayon, de choisir une couleur. Le reste est sans importance. Par contre, ce qui importe, c’est de réaliser qu’on a le pouvoir de choisir, de dire oui, de dire non, en fonction de ce qui est bon pour soi. Le sujet est toujours libre. Dans ces ateliers, les participants découvrent souvent des détails qui ouvrent la porte au plaisir, au côté positif des choses. Les thèmes de la nature sont omniprésents et un oeil averti pourrait conclure, à juste titre, que la nature est un fameux guérisseur. Aux ateliers d’art-thérapie de Carole Piédalue, la porte est ouverte à tous et à toutes. Il y a un aller-retour totalement libre, on ne sait jamais qui va être là. Par contre, avec le temps, on note chez les personnes une amélioration palpable. «Pas capable» ne se dit plus et se transforme souvent en «je ne sais pas, mais je vais essayer pareil.»
Ces ateliers sont tenus sous le couvert du Centre communautaire l’Éclaircie, un organisme qui intervient auprès des personnes qui vivent des problèmes de santé mentale, de deuil, de stress, de séparation, de période difficile. Qui n’en a pas dans le parcours de toute une vie? L’important, pour la directrice de ce Centre, madame Rachelle Leblanc et l’art-thérapeute Carole Piédalue, c’est que les gens en arrivent à baisser leur niveau de stress, à augmenter leur niveau de confiance en soi et leur fierté. Apprendre que la maladie est une chose, mais que l’être humain n’est pas une maladie, voilà l’un des buts d’une telle démarche.
Depuis le 2 et jusqu’au 30 mai prochain, la Verrerie La méduse, sise au 638, route 199 à Havre-aux-Maisons, présente une exposition variant entre 20 à 30 dessins de participants à ces ateliers. Certains ont signé d’un pseudonyme, d’autres pas. Encore aujourd’hui, les clichés ont la vie dure à propos de la maladie mentale sous tous ses aspects. On peut alors comprendre ceux et celles qui préfèrent encore l’anonymat. Pourtant, allez voir cette exposition. Peut-être y découvrirez-vous des trésors d’expressions originales, des couleurs qui ouvriront vos horizons sur une grande partie des blessures humaines. Des blessures couchées sur canevas et qui auront quitté définitivement les personnes qui les auront tracées à la pointe du crayon ou sous les coups de brosse d’un pinceau.
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