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Sex, religion et moralité
Mise à jour le jeudi 30 novembre 2006
Par: Robert Baudouin
Ceux et celles parmi vous qui sont doués dans « l’art de reconnaître » ont sûrement réussit à identifier le thème de cette parution…du moins je l’espère en tout cas. Cette parution constitue la première d’une série de parutions thèmes qui traiteront des sujets tels que la science et la religion, l’environnement, l’industrie du sexe, le rôle et l’avenir de l’U de M, etc.
Cela dit, abordons le sujet de cette semaine : l’homosexualité. Difficile d’ignorer la place qu’a pris ce sujet dans la société ces dernières années. L’émergence et la croissance du phénomène dans les sphères médiatiques et politiques sont tout à fait sans contredit. Par exemple, il est difficile de concevoir qu’un film tel que « Brokeback Mountain » aurait trouvé succès il y a 40 ans ou encore que nos juges et politiciens auraient osé légaliser le mariage de couple de même sexe.
Pourtant, nous-y sommes. En quelques sorte libérés des préjudices et fantaisies faussement divines, le Canada et autres pays (tel que l’Espagne, la Belgique, les Pays Bas et l’Afrique du Sud !) ont opté contre la perpétuation de la discrimination étatique envers les couples de même sexe et ce, en se basant sur des valeurs à saveur laïque. Cela dit, cette progression n’est pas sans ennemis. Il existe, au Canada, des groupes véhéments opposés à l’accordance des droits aux couples de même sexe. Ils continuent à exercer des pressions sur le gouvernement afin de rétablir la marginalisation juridique des personnes gays et lesbiennes. Cette opposition trouve sa source dans la religion, la conception traditionnelle de la famille qu’elle avance et un dédain pour la séparation entre religion et État.
J’avance que la démoralisation de l’homosexualité retrouvée ici et encore plus ailleurs est tout à fait injustifiée et, par conséquent, que toutes les sanctions ou inégalités juridiques et sociales visant les personnes homosexuelles sont déplorables.
Bref, les arguments qui tentent de justifier le présupposé caractère immoral de l’homosexualité se résument généralement comme suit : 1 : elle est explicitement condamnée par les textes « divins » ; 2 : elle est contre-nature ; 3 : elle constitue l’exercice d’un choix. Traitons d’abord la question des textes « divins ». Cet argument équivaut à dire que si c’est écrit, c’est mauvais. J’accepte qu’il y a des gens qui, par l’entremise de la foi, puissent éteindre leur cerveau et vivre aveuglement selon un code prescrit sans jamais exiger l’appui de la raison, de l’empathie ou du simple bon sens, mais je n’accepte pas que cela soit considéré, en soi, un fondement suffisant pour légitimement classer tout un groupe comme étant condamnable. L’argument selon lequel l’homosexualité va à l’encontre de la nature est, je crois, la plus populaire. Il est partagé par des gens religieux et laïques. Cet argument est basé sur le fait que ça prend un homme et une femme pour « banger out » un enfant et la prémisse qu’il n’existe pas d’homosexualité autre que chez les humains.
Concernant la procréation, il est vrai qu’elle nécessite le mâle et la femelle. Pourtant, avancer que les seuls actes sexuels moraux sont ceux qui visent la procréation serait tout à fait absurde et hypocrite de nos jours… si vous avez déjà utilisé un condom, une pillule contraceptive, la « pull out technique » ou autres, vous êtes tous des immoraux contre-nature ! En fait, je suis certain que s’il serait possible de comptabiliser le pourcentage d’actes sexuels ayant comme but l’apparition d’un nouveau-né, ça ne serait pas un chiffre très élevé… tout comme j’estime que la majorité des « home pregnancy tests » sont achetés plutôt dans le contexte d’un « Oh shit…j’ai manqué mes règles » ! que celui d’une célébration planifiée. Bref, si nature équivaut procréation ou « norme »… la vaste majorité se retrouve très loin de l’idéal.
L’idée selon laquelle il n’existe pas d’homosexualité dans la nature (le monde animal) a été réfutée à maintes reprises par de nombreuses études et je ne m’y attarderai pas. Il suffit de noter qu’on retrouve des comportements homosexuels chez toutes les catégories : mammifères, poissons, insectes, républicains, etc.
Je crois que ceux qui proclament le caractère non naturel de l’homosexualité font plutôt appel à leur incapacité de concevoir comment quelqu’un pourrait être attiré par une personne du même sexe. Personnellement, je ne peux même pas concevoir comment un homme ne pourrait pas être attiré par une belle femme… et encore moins comment il pourrait être attiré par un autre homme. Pourtant, mon incapacité de comprendre la réalité subjective de l’autre n’équivaut pas à une justification pour marginaliser son expérience. Nous sommes enfin rendus au fameux argument du « lifestyle ». Quoiqu’il semblerait suffisant de réfuter l’argument selon lequel l’homosexualité est un choix de vie en soulevant l’absurdité que quelqu’un puisse vouloir volontairement s’assujettir à une persécution et un bouleversement social si marqué, je crois que les « nay sayers » en ont besoin de plus. Il y a toute une série d’études scientifiques qui appuient la notion d’un caractère inhérent à l’homosexualité. De plus, en tant que personne « straight », je dois avouer que j’ai de la difficulté à imaginer comment quelqu’un pourrait « apprendre » à être attiré sexuellement par des personnes du même sexe de façon à « oublier » sa préférence « naturelle » pour les personnes du sexe opposé… c’est peut-être accomplit en employant une technique « Clock Work Orange » ou quelque chose du genre. Cela dit, même si c’était un choix, je ne vois aucunement comment il serait immoral. Où sont les victimes ? Qui perd ? Qui subit quelconque préjudice… à l’exception d’un petit déconfort occasionnel subjectif mal fondé ?
D’un point de vue historique, la catégorisation des relations amoureuses entre personnes du même sexe comme étant immorales et illégales, se doit surtout aux grandes religions, plus précisément le « big 3 » : Judaïsme, Catholicisme et Islamisme. Chacun de ces systèmes de pensée considèrent que l’homosexualité est une aberration contre-nature purement hédonistique et à l’encontre de l’idéal divin. Elles se fondent tous sur des fausses prémisses et ne devraient donc pas constituer, en temps modernes, le barème par lequel nous évaluons sa valeur morale. • Envoyez vos commentaires à commentaires.lefront@gmail.com
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