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Il y avait exactement cinq ans hier, un étudiant du Collège Dawson à Montréal ramenait au souvenir des Montréalais et de tous les Canadiens le drame de la Polytechnique: armé d’une arme automatique, cet étudiant du collège montréalais ouvrait le feu sur des étudiants, tuant une étudiante et en blessant 16 autres. Le bilan était moins lourd que celui de la Polytechnique, où 14 étudiantes avaient été tuées et quatre étudiants et dix étudiantes avaient été blessés par balle, mais il aurait pu être tout aussi dévastateur.
L’événement ne pouvait tomber plus mal pour le gouvernement Harper, élu huit mois plus tôt. Le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Stockwell Day, avait annoncé, quelques mois plus tôt en mai, l’intention du gouvernement d’introduire un projet de loi visant l’abolition du controversé registre des armes à feu mis en œuvre par le gouvernement Chrétien. C’est le projet de loi C-68 adopté en 1995 qui avait donné naissance au registre, au grand dam de plusieurs propriétaires d’armes à feu au Canada.
Malgré l’appui de l’Association des chefs de police du Canada, la controverse portant sur l’existence du registre des armes à feu avait été mise à l’avant-scène politique lorsque la vérificatrice du Canada, Sheila Fraser, avait révélé en avril 2002 que le gouvernement Chrétien avait induit en erreur la Chambre des communes en cachant des dépenses de dizaine de millions de dollars associées à la mise en œuvre du registre.
À deux reprises, le gouvernement Harper n’a pu obtenir l’assentiment du Parlement pour abolir le registre des armes à feu. Il s’est toutefois engagé durant la dernière campagne électorale à l’abolir, et cette fois les partis d’opposition ne pourront l’empêcher de réaliser cette promesse faite il y a plus de cinq ans. Est-ce une décision dangereuse pour la sécurité publique?
Une étude de Statistique Canada, publiée en juillet 2009, tend à contredire la perception que se font les Canadiens de l’implication des armes à feu dans les meurtres recensés au Canada. Selon les données du Programme uniforme de la criminalité, la majorité des crimes commis avec violence n’impliquaient pas d’armes à feu. Seulement 18 % des victimes de crimes violents ont été confrontées aux armes à feu en 2006. Dans le cas des tentatives de meurtre (36 %) et des homicides (31 %), l’utilisation des armes à feu est évidemment plus importante, mais ne constitue pas la majorité des cas.
Chez nos voisins du Sud, les États-Unis, la situation est toutefois bien différente. Selon un rapport du FBI publié en 2009, sur les 16,272 meurtres commis en 2008, 10,886 (67 %) de ces meurtres ont impliqué l’usage d’armes à feu. C’est exactement la même proportion que les propriétaires d’armes qui ont déclaré en posséder au moins une pour se défendre contre le crime...
Il faut spécifier que le profil de la possession des armes aux États-Unis est bien différent de la situation au Canada. Sur une population américaine estimée en 2009 à 307 millions d’habitants, il y avait 300 millions d’armes, dont 100 millions d’armes de poing, appartenant à des civils de ce pays. Au Canada, selon un rapport de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), il y aurait un peu plus de sept millions d’armes appartenant à des individus ou des entreprises qui ont été enregistrées au 31 mars 2008. C’est un peu moins de 20 % de la population, comparativement à près de 98 % aux États-Unis. Dans un cas comme dans l’autre, notons que cette proportion ne signifie pas que 20 ou 98 % de la population sont propriétaires d’armes, puisque certains propriétaires d’armes en possèdent plusieurs.
Il reste que le nombre des homicides au Canada dans lequels est impliqué une carabine ou un fusil de chasse a chuté entre 1975 et 2006, passant de 183 à 36. Pure coïncidence? Peut-être. Mais nous jugeons qu’un pays où le contrôle des armes à feu est plus sévère risque de connaître un taux inférieur d’homicides par les armes dites «domestiques» et, chose certaine, le modèle américain ne représente certainement pas le modèle à suivre.
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