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Un touriste qui n'a jamais entendu parler du Nouveau-Brunswick, et qui y mettrait les pieds pour la première fois aujourd'hui, aurait sans doute l'impression de découvrir une terre d'abondance.
Ce touriste écouterait chaque jour les politiciens néo-brunswickois promettre de régler la plupart des problèmes, et de relever les défis les plus ambitieux, à coup de centaines de millions de dollars. Il afficherait un grand sourire, heureux d'avoir enfin découvert un endroit idyllique où l'argent n'est pas un problème pour le gouvernement.
Évidemment, son réveil, ainsi que celui de tous les Néo-Brunswickois, risque d'être brutal au lendemain des élections du 27 septembre. Face à un déficit annuel provincial qui menace d'atteindre la barre historique du milliard de dollars, un coup de barre majeur devra bientôt être donné. Cela, aucun chef de parti ne vous le dira pendant la présente campagne.
Nous l'avons rappelé en éditorial plus tôt cette semaine, la détérioration des finances publiques est à la base liée à la crise économique qui a frappé en 2008. Les gouvernements occidentaux ont alors choisi d'ouvrir les vannes (et le portefeuille) pour limiter les dégâts. Le Nouveau-Brunswick n'a pas fait exception.
Les gouvernements commencent aujourd'hui à tenter de reprendre le contrôle de leurs dépenses publiques. Dans certains endroits, le remède est particulièrement difficile à avaler. La Grèce, par exemple, s'est vu imposer par l'Union européenne des compressions draconiennes.
Nous ignorons encore quel sort attend le Nouveau-Brunswick. L'autorité reconnue en matière d'administration publique, Donald Savoie, a expliqué dans une analyse à l'intérieur de nos pages et sur CBC que des décisions «extrêmement difficiles» devront être prises, et prévoit des bouleversements comparables à ceux provoqués par les grandes réformes de Louis J. Robichaud.
Pour l'instant, seul le conservateur David Alward, qui a fait partie d'un gouvernement qui a relativement bien géré les finances publiques, a reconnu être prêt à effectuer des compressions. Son plan se résume à diminuer le nombre de ministres, à augmenter les impôts des riches et à réduire de 2 % les dépenses «excessives et inutiles». Quant au libéral Shawn Graham, il ne se donne pour l'instant même pas la peine de parler de compressions ou de hausses d'impôts. Il projette plutôt de limiter la hausse des dépenses à 1 %, et de miser sur la croissance économique ainsi que sur les revenus gaziers. Et ce, tout en créant 20 000 emplois.
Bref, rapide, propre et sans douleur.
MM. Graham et Alward utilisent ainsi la formule de Jean Chrétien. Face à un déficit qui dépassait les 50 milliards $ en 1993, il avait fait campagne sur la création d'emplois et sur l'élimination de la TPS. Ce n'est qu'une fois élu qu'il a affiché ses couleurs et entrepris d'abattre le déficit. Nous avons alors découvert qu'il n'y a pas de façon d'accomplir cette tâche sans douleur. L'impact des compressions qui ont suivi dans les programmes sociaux se fait encore sentir en Acadie.
Plus près de nous, il y a quatre ans, Shawn Graham avait aussi promis de ne pas hausser les impôts. Aussitôt élu, il avait changé d’idée en raison de la situation budgétaire. Il a aussi mis en vente Énergie NB et a fusionné les régies de la santé. Rien de tout cela n'avait été discuté pendant la campagne électorale de 2006. Son prédécesseur, Bernard Lord, avait quant à lui fermé des hôpitaux à travers la province, sans bien sûr en prévenir les électeurs pendant la campagne de 2003.
Ne soyons pas dupes. Des «surprises» du genre nous attendent à court terme. Non seulement le prochain premier ministre ne respectera pas tous ses engagements, mais il est probable que son mandat sera marqué par une ère d'austérité, de hausses d'impôts et d'élimination de services.
Nous avons droit à un portrait réaliste de la situation. Malheureusement, nous ne risquons pas de l'obtenir avant la fin septembre...
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