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Ils sont de retour. Comme un mal de dents qui revient nous empoisonner l'existence quand on croit en avoir fini avec lui, les quelques membres encore debout de l’Anglo Society of New Brunswick réapparaissent avec leurs pancartes et leurs discours moyenâgeux pour remettre les méchants francophones à leur place lorsque ces derniers en revendiquent une.
Ces messieurs d'un certain âge, qui logent dans les environs de la capitale, ressortent habituellement de leur tanière le 15 août pour manifester leur écœurement des Acadiens et des francophones en général. Ils font aussi des apparitions lorsque des débats linguistiques font rage.
Ils sont convaincus que la langue anglaise est en perdition au Nouveau-Brunswick et que ceux qui la parlent sont opprimés et victimes de flagrantes injustices, surtout quand vient le temps de postuler pour un emploi dans la fonction publique. Ils appellent la majorité à la mobilisation générale pour protéger la culture anglophone et «rétablir la connexion entre la vie quotidienne du peuple et leur patrimoine».
Ils trouvent les francophones trop exigeants, trop gâtés et s'opposent au bilinguisme officiel.
Ils abreuvent leurs disciples d'un mélange de mauvaise foi, de mensonges ou demi-vérités et de logique tordue.
Internet leur offre une tribune idéale pour cracher leur mépris et joindre ceux qui pensent toujours comme eux ailleurs en province. Ils utilisent à profusion les sections commentaires des sites web des grands médias. Ils squattent littéralement celui de CBC, par exemple, où ils réussissent à publier des commentaires à la limite de la diffamation qui auraient été refusés dans les sections des opinions du lecteur des journaux.
Il est d'ailleurs grand temps que la Société d'État filtre mieux les commentaires publiés et invite les utilisateurs à modérer leurs transports. Son site est devenu un repaire de bigots qui se cachent derrière l'anonymat pour empoisonner les débats linguistiques et entretenir les vieilles querelles. Ces dérapages portent ombrage à la qualité du contenu éditorial du site et soulèvent des questionnements sur l'éthique de la CBC, qui permet à des utilisateurs d'abuser de leur liberté d'expression.
L'Anglo Society s'est déplacée lundi à Moncton où le conseil municipal a discuté de l'adoption d'une loi obligeant les commerçants à utiliser le français sur leurs affiches. Environ 80 % de l'affichage commercial à Moncton est en anglais seulement.
La présence de quelques membres de ce groupuscule a retenu l'attention des médias, ce qui augure mal pour la qualité des débats. D'ailleurs, l'homme d'affaires Barry Renouf, qui s'est fait leur porte-parole devant le conseil municipal, n'a impressionné personne par la qualité de son argumentation. Tirant dans tous les sens pour exprimer son opposition, il soutient qu'une loi qui impose le bilinguisme dans l'affichage porterait atteinte à ses droits selon la Charte canadienne des droits et libertés et menace de la défier devant les tribunaux. Cela ne doit pas effrayer les élus de Moncton puisque, selon les promoteurs de la loi, des causes ailleurs au pays ont clairement établi qu'il n'est pas inconstitutionnel d'obliger une ou plusieurs langues d'affichage, en autant que l'usage de toute autre langue ne soit pas interdit.
M. Renouf s'en est aussi pris à la SANB puisque son président, Jean-Marie Nadeau, a rencontré le chef «séparatiste» du Bloc québécois, Gilles Duceppe, plus tôt cette année. Il a même annoncé la séparation prochaine du Québec et l'annexion du Nouveau-Brunwick à la Belle Province. Rien de moins.
La question linguistique a toujours été un terrain fertile pour les préjugés et les passions exacerbées de certains extrémistes. Nous nous doutions bien qu'un projet de loi sur l'affichage bilingue à Moncton ne passerait pas comme du beurre dans la poêle et allait rencontrer encore plus d'opposition qu'à Dieppe, où la présence francophone est plus grande. Mais il faut quand même que les échanges et les débats se fassent dans un certain respect et reposent sur des faits, en tenant compte des besoins et des droits de la communauté acadienne.
Le projet est trop important pour laisser quelques hurluberlus le faire dérailler sur la seule base du mépris de tout ce qui est francophone.
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