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Par Jody Dallaire
«Priver les organismes de données fiables leur permettant d’étayer leur argumentation (...) équivaut à les museler.»1
Selon moi, voilà qui résume bien pourquoi le gouvernement Harper a aboli le formulaire long du recensement. Le Comité permanent de la condition féminine a examiné plus tôt cette année la décision controversée d’éliminer le formulaire long du recensement. La citation au début de ma chronique est en fait un commentaire d’un témoin qui a comparu devant le Comité permanent.
Un témoin représentant la Fédération des professeurs du Québec a aussi déclaré au Comité permanent que «L’abolition du caractère obligatoire du formulaire long de recensement condamnerait les femmes à ne rien voir, à ne rien entendre et à ne rien dire d’elles-mêmes».
Ce sont les données réparties selon le sexe qui ont mené à la mise en œuvre de politiques et de programmes visant à lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes. «À défaut de [données tirées du recensement], les groupes d’intervention auront de la difficulté à faire valoir leurs arguments et l’inégalité persistante des femmes deviendra invisible», a déclaré Martha MacDonald, professeure à la Faculté d’économie de l’Université Saint Mary’s.
Ce qui sera perdu, c’est la fiabilité des données et la capacité de comparer les changements (positifs et négatifs) au fil des ans. Cette situation «déplace le débat en l’éloignant des questions fondamentales pour susciter des interrogations quant à la fiabilité des données», a affirmé Ivan Fellegi, ancien statisticien en chef du Canada.
N’est-ce pas commode pour ceux qui veulent éviter d’aborder ces questions?
La présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick, lequel a perdu son financement, a énuméré l’information qui ne serait plus fournie dans le rapport d’étape semestriel sur la situation des femmes au Nouveau-Brunswick advenant la non-disponibilité des données du formulaire long du recensement. En voici une partie seulement: le niveau de scolarité des femmes des Premières Nations, handicapées, francophones et anglophones, les heures de travail non rémunéré par sexe, la participation à la population active et la rémunération moyenne des femmes des Premières Nations, immigrantes et autres personnes et j’en passe.
On dirait presque que museler les femmes et les groupes de lutte pour l’égalité des femmes figure haut sur la liste des priorités des gouvernements conservateurs - tant au niveau fédéral que provincial.
L’abolition du formulaire long du recensement n’aura pas uniquement des conséquences sur le droit des femmes à l’égalité. Néanmoins, ce mouvement sera particulièrement touché.
Le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes a recommandé le rétablissement du formulaire long du recensement en 2011. Lorsque vous avez rempli le questionnaire du recensement au début du mois, vous avez sûrement remarqué que le gouvernement a fait fi de cette recommandation.
Le tollé déclenché l’été dernier lorsque la nouvelle concernant la décision du gouvernement Harper au sujet du formulaire long du recensement s’est répandue - le gouvernement n’en a pas vraiment fait l’annonce - était phénoménal. Encore aujourd’hui, des gens ressentent un sentiment de perte, perte d’information et perte d’une partie du lustre de la fière institution qu’est Statistique Canada.
La réaction était forte parce que les Canadiens font confiance à Statistique Canada pour ce qui est d’offrir des données fiables à leur sujet. Les Canadiens aiment leurs données et le recensement. Ce n’est pas le cas dans tous les pays.
Des municipalités et des groupes de gens d’affaires se sont joints aux groupes de défense des droits des femmes et à d’autres groupes communautaires pour demander au gouvernement de rétablir le questionnaire détaillé. La piètre raison que le gouvernement a donnée était qu’il avait reçu une plainte - ou qu’il pourrait en recevoir un jour, ce n’était pas clair - selon laquelle le formulaire long constituait une atteinte à la vie privée. Pendant ce temps, des milliers de Canadiens proclamaient qu’ils voulaient qu’on leur pose ces questions.
Un autre point où le gouvernement Harper est allé trop loin - et les Canadiens le savaient d’instinct - est qu’il est intervenu dans l’aspect technique de la collecte de statistiques. Évidemment, le gouvernement a le droit de déterminer la teneur des recensements. En revanche, il doit éviter de s’ingérer dans la façon dont cette information est recueillie. Cet aspect regarde les statisticiens professionnels. En faire une question politique ne fera qu’éveiller des doutes au sujet des données. Récemment, le Conseil consultatif européen pour la gouvernance statistique a déploré la décision du gouvernement canadien, affirmant qu’elle mine l’autonomie de Statistique Canada.
Le gouvernement fédéral a déclaré - et a tenté de forcer le chef de Statistique Canada à affirmer la même chose - qu’un sondage volontaire au lieu d’un formulaire long du recensement fournirait les mêmes renseignements. Munir Sheikh, le statisticien en chef du Canada, a rédigé une excellente lettre ouverte après avoir démissionné de son poste à cause du dossier. Voici une partie de ce qu’il a écrit: «... à la question si une enquête volontaire peut remplacer un recensement obligatoire. Elle ne le peut pas.» (traduction libre)
Il est raisonnable de s’attendre à ce que l’information recueillie grâce à un sondage volontaire fournisse des données moins fiables et qu’elle sous-représentera tout particulièrement des groupes vulnérables: les femmes, les personnes à faible revenu, les parents seuls, les autochtones et les immigrants. Ce sondage ne produira pas les données fiables nécessaires pour effectuer une bonne analyse différenciée selon les sexes des divers programmes et politiques.
Une autre perte importante pour les femmes découle des changements apportés au recensement canadien. Les questions qui calculent les activités non rémunérées ont été éliminées. Bien plus qu’une perte, il s’agit d’une insulte au travail traditionnellement féminin effectué à la maison. Des questions relatives aux activités non rémunérées font partie du recensement depuis 1996. Celles-ci sont cruciales pour faire reconnaître les travaux ménagers et les soins offerts aux enfants et aux aînés effectués sans rémunération. Ces données aident le gouvernement à planifier le type de services et de politiques qui est nécessaire. Le Comité permanent a reçu des témoignages expliquant pourquoi ces questions avaient été intégrées au recensement. L’information recueillie grâce à ces questions aidait les collectivités à planifier les services nécessaires relativement aux soins des enfants et aux soins des aînés.
Je suppose qu’il n’est plus nécessaire d’avoir des données fiables au Canada. C’est bien dommage! Prendre des décisions fondées sur des preuves me paraît logique.
1 Source des citations: Modifier le formulaire long du recensement - répercussions sur l’égalité des femmes au Canada, Rapport du Comité permanent de la condition féminine, février 2011.
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Selon Mark Twain, célèbre écrivain Américain, il existe trois sortes de mensonges: des mensonges, des sacrés mensonges et des statistiques.
L'attrait des statistiques est qu'on peu leur faire dire pratiquement tout ce qu'on veut et donc l'outil idéal pour supporter des arguments qui ne sont pas toujours fondés sur des faits réels.
Les statistiques sont un peu comme les prévisions météorologique, elles sont intéressantes mais rarement précises.
Je ne vois pas très bien de quel droit un gouvernement pourrait arracher de l'information personnelle de ses citoyens sous la menace d'une amende ou bien d'une peine de prison en cas de refus.
Cette pratique ressemblait à de la dictature et allait à l'encontre de la sainte charte des droits et libertés qui est pourtant proclamée comme la vérité suprême au Canada.