Roch «Moïse» Thériault a été retrouvé sans vie dans sa cellule samedi dernier. La nouvelle a fait grand bruit pendant quelques heures. Et ensuite, grand silence. On ne veut plus parler de cet homme. Encore moins de ce qu'il a fait. On veut tourner la page le plus rapidement possible. Et si on pouvait, on déchirerait cette page du livre de l'histoire.
Mais hélas, cela aussi fait tourner le monde: encore aujourd'hui, le sort de certains peuples se trouve entre les mains de puissants dictateurs, tandis que des personnes sont victimes de bourreaux intraitables. L'ivraie continue de croître dans le champ du monde.
Roch «Moïse» Thériault est mort. Mais tout le mal perpétré par lui et d'autres qui lui ressemblent n'est pas mort avec lui. Ce serait simpliste de penser ainsi.
Pourquoi de tels crimes?
À côté des histoires d'horreur de ce «Moïse» Thériault, se profilent d'autres récits qui glacent le sang. Je me souviens avoir été secoué en apprenant la mort de 913 personnes ayant pris un poison mortel pour obéir à Jim Jones en Guyane à la fin des années 1970. Plus récemment, il y eut les 86 Davidiens de Waco au Texas et les 74 membres de l'Ordre du Temple solaire morts au Québec et en Suisse. Il y a d'autres histoires, aussi horribles que celles-là, méconnues parce que les victimes sont moins nombreuses.
Lorsque de tels drames se produisent, on essaie de comprendre le profil de ces personnes qui se laissent manipuler jusqu'à abandonner complètement leur destin entre les mains d'une autre personne. On croit ces personnes si différentes de nous.
Pourtant, quelques lois fondamentales de la psychologie humaine nous font voir qu'il s'agit de personnes comme vous et moi... qui sont en quête d'un sens à leur vie, ou encore d'un soulagement à leurs souffrances, ou encore de la vérité. À un moment de fragilité personnelle, leur vulnérabilité permet l'influence et la manipulation. Les adeptes de ces mouvements sectaires ne sont pas tous déséquilibrés: on peut être intelligent, mais influençable et naïf en période de vulnérabilité.
Il y a aussi le besoin d'appartenance qui n'est pas toujours comblé de nos jours. Face à la crise des institutions (famille, religion, mouvements, etc.), l'isolement peut fragiliser la vie personnelle. D'où l'attirance d'un groupe (sectaire!) sous la direction d'un leader charismatique; lorsqu'on y entre, on se sent bien et plus rien d'autre n'a d'importance.
Dans ce phénomène des groupes sectaires, le leader est énigmatique. Comment un leader arrive-t-il à devenir un véritable gourou? Il a certes un charisme et une force de persuasion qui lui permettent de manipuler les autres. Mais comment alors distinguer un gourou parmi d'autres thérapeutes ou d'autres prédicateurs? Je me limite ici à trois critères.
À quoi reconnaît-on le gourou?
Premièrement, le gourou est celui qui tourne le regard sur lui-même en nourrissant un tel culte de sa personne. Pourtant, les prédicateurs et les thérapeutes ne doivent jamais être vus comme des maîtres à qui on appartient. Ces gens sont des serviteurs et rien d'autre: s'ils outrepassent leurs droits, ils doivent être dénoncés et corrigés. Il est alors évident que si un prédicateur ou un thérapeute utilise des techniques pour inventer sa propre doctrine ou se dire bénéficiaire de l'Unique Vérité, il faut se méfier.
Secundo, dans toute relation interpersonnelle, la dignité de la personne doit être sauvegardée. Lorsque le corps est mutilé et brisé, la manipulation est manifeste. Mais auparavant, l'esprit a pu être violé. Il faut être vigilant et se méfier de quelqu'un qui promet le bonheur à tout coup et instantanément. Il n'y a jamais de solution magique à une situation de mal-être. En acceptant une telle solution, la personne montre qu'elle ne va pas très bien et qu'elle est prête à tout, voire à entrer dans un engrenage dangereux.
Enfin, il y a le caractère public des événements. Un secret à sauvegarder à tout prix peut être un signe que quelqu'un tire avantage de ce silence. Un gourou édicte souvent des règles strictes qui empêchent tout contact avec l'extérieur. Le monde extérieur est présenté comme l'œuvre du diable; face à cette perception, le groupe apporte un faux sentiment de sécurité. Une parole libre désarçonne le gourou qui perd le contrôle exercé sur les adeptes de son groupe. De telles paroles ont besoin d'être dites et entendues!
Quelques événements de la semaine
Appris que la France a mis sur pied la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Elle dresse un inventaire précis et régulièrement actualisé de l'offre à risque, évalue les contenus et la dangerosité des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, et informe régulièrement le public.
Lu des rapports de groupes interprofessionnels qui luttent contre les dérives sectaires. Le psychanalyste Anzieu explique bien l'illusion qui attire des gens à faire partie d'un groupe sectaire: «les membres du groupe sont unis dans l'amour du père (du gourou), ils expulsent leur agressivité vers l'extérieur et vivent dans un état d'euphorie.» Le groupe constitue un paradis artificiellement créé duquel il est difficile de sortir.
Entendu une entrevue avec Alexandre Jardin au sujet de son livre, Des gens très bien. Avec fracas, il dénonce dans son livre son grand-père qui a collaboré avec le régime nazi lors de la Seconde Guerre mondiale. Il montre que de tels crimes peuvent être commis par «des gens très bien» qui croient (à tort!) agir dans l'intérêt de leurs victimes.
Pensé à l'appel à la vigilance fait par Jésus: «méfiez-vous des bergers mercenaires», disait-il, «s'ils voient venir le loup, ils s'enfuient» (Jn 10). Lorsqu'on réussit difficilement à distinguer le berger du bourreau, vaut mieux demander conseil à quelqu'un... cela peut être bénéfique.
-
Article précédent«Mal d'amour et chagrin d'amour»
-
Article suivantDes Sea Dogs qui ne manquent pas de pif



















Comble de l'ironie. Un membre de la plus grande secte de la planète qui écrit une chronique à propos des sectes...
Vous dites que "si un prédicateur ou un thérapeute utilise des techniques pour inventer sa propre doctrine ou se dire bénéficiaire de l'Unique Vérité, il faut se méfier".
Avez vous oublié les fameuses croisades qui étaient des "des pèlerinages armés prêchés par le pape" et dont on peux lire l'histoire à la page suivante...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Croisades
L'endoctrinement que nous avons tous subit dans notre jeunesse d'enfants élevés dans les "bonnes familles catholiques" acadiennes nous obligeait à croire que le pape était omniscient.
D'après cet enseignement le pape savait tout et ne pouvait jamais se tromper. Donc, méfions nous du pape et de ses hommes de mains...
Bernard Cormier
www.bernardcormier.blogspot.com