Bon lundi! Il m'est arrivé d'être sondé par des maisons de sondage. Au téléphone. Pour des enquêtes quelconques. Parfois pour des produits de consommation. La dernière fois, la semaine dernière, par une firme de sondage qui conduisait une enquête d'opinion politique. Très vite, j'ai été disqualifié, puisque je suis associé à une entreprise de presse. Ce qui m'a surpris un peu.
Je n'ai jamais été sondé par le long questionnaire de Statistique Canada. Bien que j'aurais, sans hésitation, répondu aux questions générales sur mon statut, quel qu'il soit. C'est que j'aurais confiance que mes réponses soient gardées secrètes. Elles seront fondues dans un agglomérat de réponses pour produire des statistiques. Plus rien ne sera dès lors personnel. Du moins, c'est ce qui est l'entente. Je fournis des renseignements personnels sur le plan anonyme. Très anonyme, m'assure-t-on.
Voilà que le gouvernement Harper s'insurge contre ce genre de recensement. Au nom du respect de la vie privée, on nous dit que le recensement obligatoire est une intrusion inadmissible dans notre vie privée. Bref, l'État ne devrait pas nous obliger à fournir des informations personnelles sous la menace d'amendes ou de poursuites pouvant mener à l'emprisonnement. Même si aucun emprisonnement n'a jamais été noté en cette matière.
Ce qui surprend, c'est le paradoxe de l'affaire. Soit que les informations fournies au recensement sont confidentielles, et donc protégées au plus haut niveau. Dans ce cas, je peux tout révéler sans crainte de représailles. Soit que l'anonymat est irréel, non protégé, un simulacre de confidentialité. Alors, le gouvernement reconnaît lui-même que la confidentialité de son système de collecte de données statistiques n'est pas fiable, est plein de trous, un simulacre de confidentialité. Un mensonge, quoi!
Je suis de ceux qui utilisent parfois les données de Statistique Canada. Elles me semblent fiables parce que fournies de façon obligatoire. Si elles perdent ce statut, elles deviennent aléatoires. Quiconque a fait des statistiques, ne serait-ce que descriptives comme moi, saura que toute la donne repose sur l'échantillon. Plus l'échantillon est fiable, plus le résultat est crédible. Ça demeure une statistique, mais dans le cas de Statistique Canada, elle est imposée, scientifiquement vérifiable, conséquente d'un recensement à l'autre, et donc, comparable. Pas le résultat d'un échantillon mal constitué.
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On nous dit qu'il y a d'autres façons de colliger ces informations dans notre monde moderne. On donne même l'exemple du Danemark. À ce que j'en comprends, le Danemark collecte ces informations parmi le ramassis d'informations fourni par ses citoyens auprès de tous les ministères. Un peu comme au temps de la Banque centrale d'information créée par la Commission de l'Assurance-emploi qu'on aura décriée - et démantelée - au Canada puisque étant une intrusion à la vie privée.
Les divers ministères des gouvernements provincial et fédéral ont en banque toutes sortes d'informations personnelles sur nous. Et ils s'en servent, souvent malgré nous. Par exemple, au Nouveau-Brunswick, lorsque vous demandez un crédit d'impôt foncier résidentiel, en signant le formulaire vous autorisez le gouvernement provincial à fouiller votre dossier de véhicule à moteur et votre dossier d'assurance-maladie. Il en va de même pour les institutions financières qui fouillent allègrement dans notre dossier de crédit. Tout comme les assureurs qui nous font signer des autorisations de fouiller dans de multiples banques de données sans qu'on soit trop au courant de l'ampleur des autorisations signées. Et c'est sans compter les milliers d'informations numériques à notre sujet qui transitent par lnternet ou notre téléphone portable.
Le gouvernement fédéral a adopté, il y a quelques années, une loi-cadre protégeant la vie privée des Canadiens. Le problème c'est que pour contourner cette loi, les entreprises ont pris l'habitude de nous faire signer des autorisations de divulgation très larges sans que nous en soyons vraiment conscients. Avec comme résultat que notre vie privée est moins protégée qu'auparavant. Toutes ces collectes d'informations sont plus ou moins confidentielles. Et combien plus pernicieuses sur notre vie privée que le questionnaire long de Statistique Canada.
Si le gouvernement n'a pas confiance en la confidentialité du système de collecte d'informations de Statistique Canada, pourquoi devrais-je avoir confiance en la confidentialité des informations contenues dans ma déclaration annuelle de revenu? Elle contient une foule d'informations personnelles, est obligatoire et, si je ne la remplie pas, je suis passible d'emprisonnement. Mais ça, ça ne semble pas irriter le gouvernement. Deux poids, deux mesures. Et bonne semaine!
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