ConnexionFacebook
La nouvelle la plus rapide
Chroniques
Un peu plus d'État de droit

Naomi Cambpell est peut-être une ravissante idiote égocentrique (et le pauvre quidam à qui elle a donné ses diamants il y a 13 ans a aujourd'hui de graves ennuis, bien qu'il n'ait jamais tenté de les vendre), mais elle est incontestablement utile. En effet, si elle n'avait pas été contrainte de témoigner, 90 % de la population n'aurait jamais entendu parler de Charles Taylor.
Ce nom vous dit quelque chose? À moins d'être parti en vacances sur Mars la semaine dernière, vous devez savoir que Taylor, ancien homme fort du Libéria, est actuellement jugé par le Tribunal international de la Haye pour terrorisme, meurtre, viol, esclavage et torture. Vous le savez parce que Taylor, ébloui par la star des podiums, lui a offert des «diamants du sang» illégaux en 1997, alors qu'ils séjournaient tous deux en Afrique du Sud à l'invitation de Nelson Mandela et parce que Mia Farrow (qui faisait aussi partie des convives) a fini par vendre la mèche.
 Il ne s'agit pas d'une affaire de crimes de guerre, mais d'un déchaînement médiatique autour des célébrités impliquées. Pour preuve, le jour où Mademoiselle Campbell a témoigné, le nombre de journalistes couvrant le procès a décuplé. Tout cela a toutefois une utilité: chacun sait à présent que Charles Taylor est accusé d'avoir assassiné, torturé et mutilé des centaines de milliers de ses frères africains.
Il est d'ailleurs le premier chef d'État africain à devoir répondre de ses crimes devant un tribunal international. Naturellement, ils sont des dizaines, dont bon nombre toujours en exercice, à mériter le même sort et on sait bien que la plupart d'entre eux ne seront jamais inquiétés. Rendons-nous à l'évidence: l'État de droit ne signifie pas que tous les méchants seront un jour punis. Au mieux, certains se font prendre et sont condamnés et, avec un peu de chance, les autres font profil bas pour éviter de subir le même sort.
Même dans les États les mieux établis, la loi est sans cesse remise en question et contournée. À l'échelle internationale, les chefs d'État et autres hauts responsables bénéficiaient jusqu'à très récemment d'une quasi-impunité et le procès de Taylor donne, à ce titre, raison d'espérer.
Au Cambodge, un autre tribunal agissant sous l'égide des Nations Unies a rendu son verdict le mois dernier, condamnant l'ancien directeur de prison Kaing Guek Eav, plus connu sous le surnom de «Douch», à 35 ans de prison. Certes, Douch n'était qu'un subalterne au sein du terrible régime des Khmers rouges qui a tenu le Cambodge d'une main de fer de 1975 à 1979, décimant au passage près d'un quart de la population. Mais d'autres, plus haut placés dans la hiérarchie, Douch a été le premier parce qu'il a dirigé la tristement célèbre prison de Tuol Sleng où les plus chanceux n'étaient torturés qu'une semaine ou deux avant d'être exécutés. Sur les dix-sept mille personnes qui y ont été incarcérées, seules sept ont survécu. Face à ces chiffres, trente-cinq ans de prison semblent une peine dérisoire, d'autant que le juge l'a immédiatement ramenée à 19 ans parce que le condamné était déjà incarcéré depuis des années. Mais ne perdons pas de vue que, dans 19 ans, Douch sera un vieillard de 86 ans et qu'en tout état de cause, ce n'est pas tant la sentence qui importe que le fait que le procès ait eu lieu.
 Avant la fin de l'année, les procès des vrais responsables du régime Khmer rouge commenceront: le président Khieu Samphan, le vice-premier ministre Nuon Chea (le «Frère numéro 2»), le ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et sa femme Ieng Thirith, ministre des Affaires sociales (Pol Pot, le «Frère numéro 1» étant décédé en 1998). S'il va de soi qu'aucune peine ne peut être à la hauteur de leurs crimes, ils auront au moins été traduits en justice.
Il faut se faire une raison, la justice absolue et parfaite n'est pas de ce monde. Dans les faits, traîner les puissants devant la justice nécessite beaucoup de petits arrangements. Prenons le cas de la Turquie, où le gouvernement a annoncé le 9 août que 102 militaires accusés d'avoir fomenté un coup d'État contre la démocratie ne seraient finalement pas inquiétés. D'un point de vue strictement pénal, c'est une issue tout ce qu'il y a de plus frustrant. Pourtant, concrètement, c'était la meilleure solution imaginable.
La Turquie n'a rien à voir avec le Libéria ou le Cambodge. C'est un État dont l'histoire impériale s'étend sur plusieurs siècles et qui est devenu une véritable démocratie il y a plus de 50 ans. Quoi qu'il en soit, l'armée a toujours eu l'impression qu'elle devait avoir le dernier mot.
Ces 50 dernières années, quatre gouvernements turcs démocratiquement élus ont été renversés par les militaires. Quand le gouvernement en place, très largement soutenu par les électeurs musulmans pratiquants, est arrivé au pouvoir en 1992, de nombreux soldats ont eu le sentiment qu'il leur fallait à nouveau «défendre la laïcité».
Il n'en était rien, mais bon nombre de gradés ont alors commencé à préparer un coup d'État, nom de code «coup de masse». Le projet n'a jamais abouti, mais il a été rendu public deux ans plus tard. Dès lors, l'État de droit étant en péril, le gouvernement a procédé à des arrestations.
Il s'agissait d'une grande première en Turquie, où les militaires ont toujours été intouchables. Les arrestations se sont multipliées, certains procès ont commencé et le pays tout entier retenait son souffle dans l'attente de la réaction de l'armée. Elle ne s'est pas fait attendre: un général impliqué dans la préparation du coup d'État a été nommé chef de l'armée de terre.
Le gouvernement a alors annoncé que 102 officiers supplémentaires, dont 25 généraux et amiraux, seraient interpellés. À l'issue d'une guerre des nerfs, les militaires ont fini par faire machine arrière. C'est un autre officier, totalement étranger à l'affaire du «coup de masse», qui prend la tête des forces terrestres, en contrepartie de quoi les 102 arrestations ont été annulées.
Une application stricte de la loi, qui serait au-dessus de toute considération politique, n'existe pas dans les pays démocratiques. Et encore moins au Libéria ou au Cambodge. Toutefois, à bien y regarder, les progrès vers un monde plus juste de ce point de vue sont indéniables, même s'ils sont un peu laborieux.

Commentaires (0):
Aucun commentaire
Chroniques
CARAQUET Un nouveau propriétaire vient de faire l’achat de Location d’outils J.E.D de Caraquet. Il s... Suite »
Pour les membres des troupes, c’est aussi l’occasion de suivre des ateliers, de partager leur passion, de réfléchir sur c... Suite »
Dans son message pour la 46e Journée mondiale des communications sociales (publié en janvier dernier), le pape livre un vibrant plaid... Suite »
Sabina Spielrein, célèbre médecin psychanalyste, a d’abord été la patiente du Dr Jung, psychiatre analytiq... Suite »
FREDERICTON – Avec le départ de Margaret-Ann Blaney, les observateurs tournent maintenant leurs regards vers sa circonscription orphel... Suite »
Les résultats des élections municipales de 2012 sont maintenant révélés, et vous connaissez donc les élus... Suite »
Grosse journée, hier. Chargée de sens, d’événements, de questionnements aussi. Hier, mon cœur... Suite »
Dans certaines villes et certains villages du Nouveau-Brunswick, les électeurs ont choisi soit de faire le ménage ou d’opter... Suite »
Le conflit étudiant qui perturbe tant le paysage politique que le climat social au Québec a été à l’avan... Suite »
«La démocratie est une phrase dans laquelle le vote n’est que le point final». Ces mots sont de Michel Venne, le di... Suite »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
«  
  »
D L M M J V S
 
 
1
 
2
 
3
 
4
 
5
 
6
 
7
 
8
 
9
 
10
 
11
 
12
 
13
 
14
 
15
 
16
 
17
 
18
 
19
 
20
 
21
 
22
 
23
 
24
 
25
 
26
 
27
 
28
 
29
 
30
 
31
 
 
 
 
Récent

Articles

CapPhotos

(20/05/12)
(20/05/12)
(20/05/12)