Mode : Invité | Entrée des membres
Abonnez-vous
 
La tête dans les étoiles
Errances, vagabondage et rencontres insolites 76
Mise à jour le jeudi 25 septembre 2008
Regarder loin, c’est regarder tôt… »
Hubert Reeves

La petite fourgonnette qui nous emporte vers l’observatoire roule à toute allure sur une route obscure et sinueuse. De Salvador de Bahia que nous avons quitté à la nuit tombante, nous ne percevons plus rien – les bruits, les lumières, l’incessante animation de la ville – tout est loin derrière nous. Je suis fébrile, pleine d’impatience ; j’ai l’impression d’avoir pris la route vers les étoiles. C’est que, en ce mois d’avril 1986, la comète Halley est de passage et elle attire de nombreux soupirants. Venus du monde entier, des astronomes professionnels et amateurs ont convergé vers l’hémisphère sud et plus précisément au Brésil où l’observation de la fameuse comète est à son meilleur. De passage dans la région, nous nous sommes joints à un de ces groupes. J’ai peu de souvenirs des premiers moments passés à l’observatoire si ce n’est de la frustration ressentie devant mon impuissance à distinguer Halley à l’œil nu parmi la quantité phénoménale d’astres lumineux qui striaient le ciel. Puis quand mon tour vient de regarder dans le viseur du gigantesque télescope, j’oublie la comète et c’est le moment le plus extraordinaire et le plus émouvant de cette soirée – je distingue dans toute leur splendeur Saturne et ses anneaux ! Par la suite, j’aurai la chance à quelques reprises de revoir cette planète et l’émotion de cette première observation sera renouvelée à chaque fois. Au retour vers Salvador, nous persuadons le chauffeur de se garer au bord de la route – l’obscurité est totale et Halley nous apparaît dans toute sa splendeur. Étrange de se dire que la prochaine parution de cette comète n’aura lieu que dans 76 ans. C’est peut-être à ce moment-là que le lien entre la philosophie et l’astronomie m’est apparu dans toute son évidence – on ne peut que s’interroger sur le sens de notre passage sur Terre en observant les astres. Nous sommes si petits et infimes devant l’immensité de l’univers; devant le mystère du temps et de l’espace et devant l’insondable énigme de l’infini…

Bien sûr, emportés par leur passion des astres et le goût de mieux comprendre l’univers, certains s’interrogent plus sérieusement et plus longuement que d’autres. C’est le cas notamment de l’astrophysicien Hubert Reeves. Son autobiographie, publiée au printemps dernier, Je n’aurai pas le temps, se lit comme un roman. Celui qui a vulgarisé pour nous l’astronomie et plus particulièrement le Big Bang et qui est sûrement l’astrophysicien canadien le plus célèbre se raconte ici tout simplement – son enfance québécoise, son extraordinaire carrière scientifique puis son engagement en faveur des mouvements écologiques. Hubert Reeves n’a rien du rat de laboratoire (ou de l’observatoire) tel qu’on imagine parfois ces éminents scientifiques dont il fait partie. Il est plutôt un humaniste que la passion et la curiosité insatiable pour le monde des étoiles n’ont pas éloigné du monde des humains. Ses recherches l’ont conduit aux quatre coins du globe dans les laboratoires des universités les plus prestigieuses les unes que les autres mais son désir d’apprendre, son enthousiasme et sa curiosité sont restés tels qu’ils étaient dans son enfance. Son sens de l’émerveillement ne l’a jamais quitté et dans ses écrits et conférences, on ressent le plaisir immense qu’il a à révéler le monde fascinant de l’astronomie aux gens.

En ce qui concerne l’origine de la Terre, Hubert Reeves soutient que la question relève presque autant de la philosophie que de la science. Il décrit trois événements majeurs qui ont ébranlé les « certitudes » humaines : d’abord le « choc astronomique » survenu lorsque Copernic et Galilée ont découvert que la Terre tournait autour du Soleil, puis le « choc biologique » déclenché par la théorie de l’évolution de Charles Darwin et enfin le « choc psychanalytique » provoqué par la découverte de l’inconscient par Freud. Selon l’époque et la culture, ces chocs ont eu des répercussions différentes. D’ailleurs comme le dit Reeve, « Les interrogations sont universelles et les réponses culturelles ».

J’ai toujours éprouvé un certain émerveillement devant un ciel étoilé mais depuis la lecture de Je n’aurai pas le temps ; j’ai l’impression de voir autrement la Voie Lactée, les constellations, la Lune – soudain elles ne me semblent plus tout à fait aussi loin ni aussi détachées de nous. Je crois bien avoir vécu mon propre petit choc astronomique !

Suzanne P. Doucet - Chronique du jeudi
Henning Mankell et son Kurt Wallander
Errances, vagabondage et rencontres insolites – 80
Vivre avec une surdité
Errances, vagabondage et rencontres insolites – 79
Harper et sa vision de la politique étrangère du Canada
Errances, vagabondage et rencontres insolites 78
Élections Canada - les partis marginaux
Errances, vagabondage et rencontres insolites 77
« Sérendipité » - Errances, vagabondage et rencontres insolites 75
Été et lecture - un mélange enivrant
Errances, vagabondage et rencontres insolites 74
La religion et la « justice » : un mélange effrayant
Errances, vagabondage et rencontres insolites 73
La mangeoire d’oiseaux et le rapport Bouchard Taylor…
Errances, vagabondage et rencontres insolites 72
Makhan - être Bengali au Canada
Errances, vagabondage et rencontres insolites 71
TOUTES LES ARCHIVES DE SUZANNE P. DOUCET
  
Alvina Levesque (Chronique du mercredi)
Carol Doucet (Chronique du lundi)
Dianne Pitre (Chronique du jeudi)
Fred Mallet (Chronique du mardi)
Hélène-Annie Lavoie (Chronique du vendredi)
Julien Chiasson (Chronique du jeudi)
Julien Chiasson (Chronique du lundi)
Michel Thériault (Chronique du vendredi)
Michel Thériault (Chronique du jeudi)
Rachel Desilets (Chronique du vendredi)
Samuel St-Pierre Thériault (Chronique du samedi)
Samuel St-Pierre Thériault (Chronique du vendredi)
Stéphane LeBlanc (Chronique du mardi)
Suzanne P. Doucet (Chronique du jeudi)

Chronique du Monde

Courriel : caroldou@nbnet.nb.ca