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Ça me manque, la culture
Mise à jour le mardi 23 septembre 2008
Au moment où j’écris cette chronique, il y a plus de 300 000 personnes qui ont visionné une vidéo de trois minutes qui décrie les récentes coupes dans des subventions aux organismes culturels. Vous l’avez sans doute vue cette vidéo avec Michel Rivard en tête d’affiche, et Stéphane Rousseau et Benoît Brière en rôle de soutien. Elle est, franchement, géniale.

Je dis « géniale » non pas parce que je suis nécessairement d’accord avec son contenu ou même parce que je suis convaincu qu’elle aura l’effet désiré, mais parce que la qualité de la production, de l’écriture et de la performance des figurants est excellente. On ne saura peut-être jamais qui a produit cette vidéo, mais j’ai l’impression qu’il y avait une équipe du tonnerre dans les coulisses.

La vidéo a suscité de vives réactions, mais peu de réactions positives. Les commentaires laissés sur YouTube (ou réside le clip), sur le blogue de Patrick Lagacé (celui qui a fait connaître le clip à la masse) et dans plusieurs autres tribunes populaires (journaux, sites web, radio…) sont, du moins au Québec, massivement contre les subventions aux artistes.

Ce qui est intéressant, c’est le fait que Harper, via sa ministre, madame Verner, semble avoir raison de dire que les Québécois ne veulent pas nécessairement donner des « tonnes » d’argent aux artistes. Le hic, à mon avis, est le fait que ce sont les artistes les plus connus, les vedettes, qui font la majorité des interventions (parce qu’ils ont un certain poids médiatique), mais ces derniers ne peuvent pas « connecter » avec la population et se font passer pour des « chiâleux ». Beaucoup de gens les considèrent comme des « riches » qui n’ont pas besoin de subventions. À la suite à la cérémonie des Gémeaux, pendant laquelle beaucoup d’artistes ont dénoncé publiquement les suppressions, les tribunes regorgeaient d’accusations d’hypocrisie de la part des artistes « griffés » sur un tapis rouge qui veulent toujours l’argent des contribuables. La plupart ignorent que la très grande majorité des vedettes « riches » avaient emprunté leurs robes ou leurs complets.

Le message que l’on ne réussit pas à faire passer est qu’il y a des milliers d’artistes qui piochent comme des caves pour joindre les deux bouts et que le salaire moyen des artistes au Canada est inférieur à 20 000 $. De plus, on réussit mal à faire comprendre qu’une bonne partie des vedettes d’aujourd’hui n’auraient pas le succès qu’ils ont aujourd’hui sans un peu d’aide de l’État.

D’ailleurs, ces gens qui pensent que les artistes reçoivent trop de subventions oublient à quel point nous vivons dans un pays où tout, de Bombardier à TVA, est subventionné. Pour ma part, je suis beaucoup plus offusqué par les subventions aux grandes pétrolières que par les minables subventions aux artistes.

Malgré le fait que je ne suis pas surpris du peu d’appui que reçoivent les artistes, je suis tout de même désolé. Pourtant, les artistes sont parmi les gens les plus généreux que je connaisse. En guise de preuve de cette générosité, je vous quitte sur ces mots du chroniqueur Stéphane Laporte, qui s’attaque avec humour et éloquence à cette question :

« Quand les médecins et tous les gens de la santé revendiquent plus d’argent, qu’est-ce qu’ils font? Ils demandent aux artistes de les appuyer. Et les artistes se démènent. Ils font des spectacles-bénéfice, des téléthons, des chansons, des publicités gratuites. Tout pour aider la recherche sur le cancer, la fibrose kystique, les maladies mentales ou pour appuyer Sainte-Justine. Ils sont où, les gens de la santé, pour appuyer les artistes, aujourd’hui ? Malades ?

Quand on a besoin de sensibiliser les gens à langue, à la dictée, au décrochage scolaire, à l’écologie, à la violence, à la justice sociale, à toutes ces causes plus importantes que la culture, à qui fait-on appel ? Aux artistes. Qui est connecté à l’âme des gens ? Les artistes. Ils sont où, les dirigeants des compagnies et des organismes publics qui se servent d’eux? Ils sont où pour les défendre, aujourd’hui ?

Quand surviennent de grandes catastrophes, vers qui se tournent les victimes pour amasser des fonds pour leur venir en aide ? Vers les artistes. Ils organisent de grands spectacles pour les victimes de Katrina, des inondations du Saguenay ou de la famine en Afrique. Et soudain toute la société est touchée. Et soudain toute la société est concernée. Se pourrait-il que le jour où il n’y aura plus d’artistes, le monde n’aura plus de cœur ? »

Liens et la vidéo :

La chronique de Patrick Lagacé
La chronique de Stéphane Laporte

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