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L’éloge du chiac
Mise à jour le vendredi 19 septembre 2008
Moncton est le centre urbain de l’Acadie. La ville possède aussi un caractère spécial puisqu’elle est au centre du phénomène du chiac. Les gens de Moncton sont souvent très fiers du chiac, la langue du peuple. Je suis moi-même un adhérant à la doctrine voulant que le chiac est beau, quelque chose qu’il vaut la peine de valoriser au lieu de toujours combattre.
La langue chiac contribue à la nation acadienne. Elle lui donne une langue ou un « créole » propre à elle-même, quelque chose qui n’est partagé que par ceux et celles d’entre nous qui sont Acadiens et Acadiennes. Beaucoup de personnes originaires de Moncton ne peuvent parler le français « correcte », ils ne peuvent non plus parler l’anglais « correcte » et de ce fait, leur langue natale est le chiac. Ils ne peuvent donc être autre chose qu’Acadiens.
Le chiac n’était surement pas aussi anglais à ses débuts qu’il ne l’est maintenant et il est un peu la réflexion de notre lente assimilation. Nous parlons de moins en moins français, mais nous sommes plus distincts et conscients de notre identité acadienne maintenant qu’auparavant. Il est donc normal que nous possédions une langue propre à nous qui nous distingue comme nation.
Il est clair pour moi que l’Acadie est une nation. Notre histoire, notre géographie, notre identité, nos institutions et avec le chiac, notre langue, font que nous sommes très clairement une nation. Nous ne sommes pas nombreux et la nation n’est pas très forte, nous sommes une nation en relation aux autres nations. Face à un Québécois je suis Acadien; face à un Français, peut-être Québécois; face à un Chinois, je suis Canadien-français ou tout simplement Canadien.
En tant qu’Acadien je suis forcément opposé à l’indépendance du Québec, une telle mesure nous laisserait flotter seul dans une mer anglophone, sans notre radeau québécois. Je suis cependant pour une nation québécoise forte et en santé. Je suis aussi pour les subventions à la culture que Monsieur Harper vient de couper puisque notre marché est trop petit pour financer seul un milieu culturel.
L’Acadie est à la base une nation rurale. Les villages de Caraquet, de Tracadie, de Cap Pelé, de Bouctouche et de Memramcook sont beaucoup plus acadiens que Moncton qui reste une ville anglaise. Il existe cependant des Acadiens urbains à Moncton, Québec, Montréal et peut-être ailleurs. C’est en ville que le chiac nous unis. Dans les villages qui sont à majorité acadiens la question de l’identité ne se pose pas. À Moncton, le chiac est un outil pour nous approprier le français qui est trop distant de notre réalité. Il est clair que Moncton n’est pas Paris, le chiac est la régionalisation du français, mais aussi son emprunt à la langue anglaise. À Montréal, le chiac devient un drapeau, quelque chose que l’on porte pour s’afficher, qu’on le veuille ou non. Deux Acadiens se parlent dans la rue et il devient évident que ce ne sont pas des Québécois, ni des Anglais, ce sont bien des Acadiens.
Il est important de savoir bien parler le français et l’anglais. Mais nous ne devrions pas abolir et dénigrer le chiac. Ceux d’entres nous qui parlent chiac ne doivent pas non plus rabaisser le français « correcte ». J’ai beaucoup d’amis qui n’ont presqu’aucun lien avec la culture française, mais ce n’est pas à cause du chiac. Il existe une manière de penser à Moncton voulant que la culture anglaise soit mieux que la culture française. Les jeunes se font endoctrinés dans l’idéologie acadienne dès un très jeune âge avec les semaines de la fierté française et les festivals acadiens, la langue française nous est « vendue » trop fort et sa culture ne nous est pas toujours bien présentée. Nous sommes aussi en minorité et la culture anglaise a beaucoup d’attraits pour ceux et celles d’entres nous qui ne se reconnaissent pas nécessairement dans les violons d’Acadie.
Le fait est qu’ayant grandi à Moncton et voyagé un peu partout, je suis aussi confortable en français qu’en anglais, mais ma langue la plus confortable est le chiac, car la combinaison des deux langues, le « in between » est ce que je suis. Il est certain que nous vivons dans un monde ou nous serons toujours en désavantage numérique, c’est d’ailleurs pourquoi il est important de bien parler le français et l’anglais, parce qu’à parler le chiac avec tout le monde on ne pourra se faire comprendre par personne.
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