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Les Nouilles
Mise à jour le vendredi 20 juin 2008
Avant d’arriver en Chine, je n’étais pas un grand connaisseur de nouilles. J’adore le spaghetti, les macaronis et la lasagne, et moi et mon père on allait souvent manger des nouilles vietnamiennes sur la rue Main à Moncton. Mais je pense que ce n’est qu’une fois arrivé en Chine que j’ai pu commencer à vraiment apprécier et découvrir le monde des nouilles!
En français nous n’avons qu’un mot pour dire nouille, nous disons aussi pâte, mais le mot s’applique aussi à d’autres choses comme de la pâte à tarte. Le français est plutôt une langue de fromage et nous avons beaucoup de mots pour parler de fromage (Camembert, Brie, fromage qui pue). En chinois, comme en italien, il existe plusieurs mots pour décrire les différentes sortes de nouilles qui existent, c’est ainsi que l’on retrouve des « lamians », une sorte de nouilles étirées à la main; des nouilles au riz; des nouilles au blé; les différentes sortes de nouilles du Japon ; les vermicelles du sud du pays et des petites nouilles qui ressemblent à ce qu’en anglais on appelle des « angel hair ». Il y a aussi les pâtes qui sont utilisées pour faire des « jiaozi » ou « dumpling » en anglais et communément appelé « des poches » en acadien, ou « quenelles » en Français très correct.
Les nouilles seraient d’abord apparues au Moyen-Orient, il y a plus de 7000 ans. Elles ne seraient ensuite apparues en Chine que presque 5000 ans plus tard en 300 avant J.-C. Les nouilles auraient suivies l’introduction du pilon en provenance de Rome. Elles furent d’abord réservées pour les empereurs et leur entourage mais furent vite adoptées par les masses qui les appréciaient puisqu’elles pouvaient préserver le blé.
Les pâtes gagnèrent d’abord en popularité au nord de la Chine, région productrice de blé. Les Chinois les utilisèrent d’abord pour faire des « jiaozi » boule de pâte farcie de porc, de chou, d’agneau, de veau ou d’autres viandes et légumes. Les nouilles telles que nous les connaissons étaient consommées pendant les mois d’hiver, rien de tel qu’un bol de nouilles bouillantes pour se réchauffer les mains et se réveiller le matin.
De nos jours, les pâtes sont encore beaucoup plus présentes au nord que dans le sud, mais les nouilles peuvent être retrouvées partout en Asie. En particulier les nouilles de riz, les vermicelles et les soupes aux nouilles vietnamiennes sont à base de riz. Il en est de même, pour les nouilles épicées que je mangeais à chaque jour pour déjeuner lors d’une visite au Hunan, province située au sud de la Chine.
L’on retrouve aussi des nouilles ailleurs en Asie. Les Chinois auraient exporté les nouilles, avec le Bouddhisme et leur écriture, vers le Japon autour du 7e ou 8e siècle après J.-C. Les Japonais développèrent par la suite les nouilles instantanées, délice de tout étudiant affamé, ainsi que les nouilles « udong », de grosses nouilles qui peuvent avoir la circonférence d’un petit doigt.
Les Coréens ont eux aussi des nouilles. Une étudiante de ma classe me racontait cette semaine qu’en Corée, le 14 février, les hommes doivent donner un cadeau à leur amoureuse, et que le 14 mars, les femmes doivent donner un cadeau à leur amoureux, et le 14 juin, ceux et celles qui n’avaient pas reçu de cadeaux allaient manger des nouilles au restaurant.
En Chine et ailleurs en Asie, les nouilles sont aussi un symbole de longévité. Il est commun de célébrer son anniversaire, non pas en mangeant du gâteau, mais en mangeant un bol de nouilles. Les nouilles consommées pour les anniversaires sont spéciales - car un bol de nouille est composé d’une seule nouille, une très longue nouille pour représenter une longue vie.
Près de chez moi existe un bon nombre de « nouilleries ». Il y a trois restaurants qui vendent des nouilles du sud de la Chine de la province de Guilin, de bonnes nouilles au riz accompagnées d’arachides, de viande et de légumes salés. Il y a un restaurant japonais au coin de la rue qui vend des nouilles à 3$ le bol, quand même assez cher quand l’on considère qu’un bol de nouille coûte habituellement 1$ et que si l’on sort de Shanghai il est facile de trouver un bol de nouilles pour 50 cents. Il y a aussi les nouilles de Lanzhou, une ville industrielle à l’ouest de la Chine, non loin du Tibet, qui est à majorité musulmane. Ces nouilles sont faites à la main et on les mange avec de l’agneau ou du boeuf, des carottes et des patates, dans un bouillon de poulet assaisonné de coriandre et d’autres épices dont je ne connais pas le nom.
Mais le roi incontesté de la nouille dans mon quartier est un petit restaurant familial non loin de chez moi. Un simple trou dans le mur avec 4 tables et une vingtaine de chaises. Le restaurant est presque toujours rempli, les gens viennent y manger des nouilles au blé avec de la viande préparé sur place. Tout le monde y parle le dialecte de Shanghai. Le même jeune homme, qui semble être le fils du propriétaire et qui a l’allure d’avoir vendu des nouilles depuis qu’il peut marcher et parler, est toujours assis à la porte à prendre les commandes des clients en discutant avec les passants. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je trouve cet endroit absolument magnifique, un paradis sur terre.
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