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Branchés, les Chinois nous observent
Mise à jour le jeudi 08 mai 2008
Je me suis branché sur Internet l’autre jour et j’ai ouvert mon compte MSN, du coup je reçois un message d’une amie Chinoise :

(Traduction)

Thé au lait : ‘’Je devrais te dire que Tibet fait partie de la Chine’’
Moi : ‘’Pourquoi?’’
Thé au lait : ‘’C’est un fait.’’
Moi : ‘’Tu aimes le gouvernement Chinois ?’’

Thé au lait : ‘’ Je ne le déteste pas. D’après moi notre gouvernement et notre économie ne sont pas très forts, ils sont encore en développement. Je suis d’accord que le gouvernement a des défauts, il y a des mensonges et des tricheries. Je veux la démocratie et je crois que notre gouvernement sera capable de l’atteindre dans le futur, tout comme les sociétés de l’Ouest. Je veux simplement dire que certains médias de l’Ouest ne sont pas juste envers la Chine, remplie d’hostilité.’’

Mon amie, en début de vingtaine, a d’après moi exprimé la pensée de plusieurs millions de jeunes Chinois et Chinoises en me parlant cette soirée là. Bien éduqué et de plus en plus connecté au reste du monde grâce au cinéma, à l’Internet, à la musique et aux autres formes de communications, les jeunes Chinois sont partis prenant de la nouvelle culture globale. Mais confrontés aux manifestations anti-chinoises, pro-tibétaines, aux commentaires insultant du journaliste de CNN Jack Cafferty et aux médias chinois toujours positifs et hyper optimistes, beaucoup d’entre eux se sentent maintenant perdus et mélangés. Certains se tournent vers le nationalisme et s’enragent face à ce qu’ils voient comme une attaque gratuite envers l’honneur chinois. D’autres ont perdu le peu d’intérêt qu’ils avaient pour la politique, car en Chine comme au Canada, la plupart des jeunes ne s’intéressent pas aux questions politiques. Mais plusieurs, comme mon amie, questionnent, incapables d’accepter la propagande du Parti, mais désillusionnés par les promesses de l’Ouest et cette vision de la Chine créée par des étrangers.

La majorité des Chinois en savent beaucoup plus sur nous que nous n’en savons sur eux. Surtout les jeunes, ceux qui ont grandi en écoutant des films de Disney et en étudiant l’anglais avec la télésérie américaine Friends. Ils rêvent d’aller à Paris et mangent des spaghettis. Même les plus vieux ont adopté l’esprit d’ouverture qui règne depuis la fin des années 70. Je prends l’exemple de mon professeur d’écriture, grand homme aux cordes vocales féroces, il enseigne à plus d’une cinquantaine d’étrangers, racontant des histoires chinoises et internationales. Cette semaine, il nous parlait du médecin canadien Normand Béthune, héros national en Chine et grande preuve de l’amitié sino-canadienne version chinoise, preuve que l’étranger ne peut être compris qu’à travers une optique locale. Les Canadiens de leur côté n’en savent pas beaucoup sur la Chine. Je me souviens qu’avant de venir en Chine, je me demandais si j’aurais de la difficulté à envoyer des courriels à mes parents et amis. Croyant entrer dans une sorte de Corée du Nord, version année soixante de la Chine.

C’est avec cette mentalité que beaucoup de militants pro-tibétain voient encore la Chine. Le Tibet n’est pas en proie à un génocide comme les résidents du Darfour le sont. Il ne faut pas non plus croire que toutes les affirmations du Dalaï Lama sont véridiques. Son organisation est depuis longtemps associée au gouvernement américain, à la CIA et est un grand récipiendaire de fonds octroyé par le National Endowment for Democracy, qui est à toute fin pratique une branche du ministère des Affaires étrangères américain. Personne à l’extérieur de la Chine ne semble se demander si les Tibétains veulent vraiment l’indépendance, car les Tibétains ont beaucoup d’avantages économiques maintenant que la Chine se développe et il n’est pas certain que la création d’un état ethnique Tibétain serait totalement positive pour l’ensemble des Tibétains. Nous n’avons qu’à regarder le Québec, quels seraient les effets de son indépendance sur nos petites communautés en Acadie... Les mêmes questions existent certainement en Chine.

Ce qui frustre les Chinois c’est que leur point de vue n’est pas entendu dans les médias occidentaux. Le gouvernement chinois est capable de contrôler l’opinion publique à l’intérieur du pays, mais les tactiques fortes de répression de l’information ne marchent pas à l’extérieur du pays où ces tactiques sont vues comme suspectes et immorales. Les médias occidentaux font miroiter les idéaux politiques des occidentaux et le discours sur le combat qui oppose le gouvernement chinois au mouvement indépendantiste tibétain est présenté comme un combat entre une dictature et un peuple qui a soif de liberté. Le gouvernement chinois est souvent présenté comme un gouvernement répressif par les médias occidentaux, mais les Chinois ne reconnaissent pas nécessairement leur pays dans cette description fortement influencée par la philosophie politique des États-Unis et de ses alliés.

Pour la majorité des occidentaux, les droits de l’homme sont des valeurs universelles. Mais cette ‘’vérité’’ n’a pas encore été acceptée par tous les Chinois, et un grand nombre d’entre eux sont encore prêt à accepter une certaine répression si cette répression veut dire la continuation d’un état stable et prospère. Ils sont aussi prêts à accepter que l’environnement se dégrade et que leur santé soit mise en péril si cela veut dire que le pays pourra se développer. Il est certain que les choses changent rapidement en Chine et que la situation présente n’est pas éternelle. Les changements politiques qui doivent se produire ne seront pas dictés par l’extérieur, cette nation de 1.3 milliard d’habitants restera pour l’instant le maître de sa destinée.

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