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Errances, vagabondage et rencontres insolites 70 À quoi sert le livre ?
Mise à jour le jeudi 01 mai 2008
Pourquoi raconter des histoires ? Pourquoi écrire et publier des livres ? Le livre a-t-il encore sa place dans le monde d’aujourd’hui ? Questions fondamentales s’il en est et auxquelles plusieurs auteurs ont répondu à leur façon lors du Festival Frye qui se tenait à Moncton la fin de semaine dernière.
Comme l’expliquait Alberto Manguel lors de la conférence Antonine Maillet / Northrop Frye, l’écriture a d’abord existé, il y a de cela 6000 ans, pour répondre à un besoin de comptabilité et pour faciliter les échanges commerciaux. Les plus anciennes tablettes d’argile retrouvées en Mésopotamie et sur lesquelles on a réussi à déchiffrer une écriture rudimentaire servaient à tenir compte du nombre de têtes de bétail appartenant à un tel propriétaire. Plus tard le besoin de développer cette écriture pour écrire des histoires a mené à l’écriture de la fabuleuse épopée de Gilgamesh et par la suite à des milliers de merveilleuses histoires.
Donc écrire pour revendiquer la propriété de biens mobiliers, immobiliers, et autres; oui, mais aussi écrire pour raconter des histoires… Maintenant une autre question s’impose : Peut-on se permettre de raconter n’importe quelles histoires ? Russell Banks, dans son allocution de vendredi soir, nous a fait réfléchir sur le rôle que jouent actuellement les intellectuels et plus particulièrement les écrivains dans la société d’aujourd’hui. Selon lui, le livre comme moteur de changement n’a plus la même puissance qu’il a eue à une certaine époque et ne connaîtra peut-être plus jamais cette fonction. On n’a qu’à penser à « La Jungle » de Upton Sinclair dont la publication en 1905 a mené à l’amélioration des conditions de vie et de travail des ouvriers qui œuvraient dans les abattoirs d’animaux de Chicago ainsi qu’au livre de Harriett Beecher Stowe, « La cabine de l’Oncle Tom » qui a eu pour effet au 19e siècle de sensibiliser la population américaine à l’esclavage. En est-il toujours de même aujourd’hui ? Trouve-t-on encore de ces livres chocs ? On peut en effet se le demander… le livre n’étant plus que l’un des médiums de sensibilisation des populations parmi une foule de documents virtuels ou formels. Certains pourraient se demander si d’ailleurs le livre doit absolument toujours avoir un but social même si les écrivains sont depuis les tout débuts de la littérature des messagers, des annonciateurs et même des provocateurs de changements ?
Et qu’en est-il de la littérature populaire ? Celle qui a pour but de distraire, de délasser, de permettre de décrocher de son quotidien. Alberto Manguel dont la culture est sidérante se demandait lors de son dialogue avec Nancy Huston comment il peut exister des lecteurs pour les livres de Dan Brown, de Paulo Coelho ou d’Amélie Nothomb… Disons que cette question a soulevé des murmures audibles dans l’auditoire – j’ai compris qu’il devait s’y trouver des lecteurs de ces écrivains (dont moi-même je suis…). Alors qu’auparavant on classait dans une catégorie à part les romans à l’eau de rose, voilà qu’on y ajoute ces livres qui se vendent par millions et qu’on qualifie de littérature populaire.
Cependant la question soulevée par Nancy Huston lors du brunch littéraire de dimanche midi portait plutôt sur l’importance ou la raison d’être d’écrire des histoires – question qui lui avait d’ailleurs été posée par une détenue alors qu’elle se trouvait dans une prison pour femmes de la banlieue parisienne : Pourquoi écrire des histoires alors que la réalité est déjà tellement incroyable ? Il serait sans doute intéressant de poser cette même question à tous les écrivains … pourquoi passer une vie à raconter des histoires ? Je ne suis pas sûre de la réponse mais j’aurais surtout le goût de dire : « De grâce, n’arrêtez pas ! ».
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Suzanne P. Doucet - Chronique du jeudi |
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