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Errances, vagabondage et rencontres insolites 68 Trinidad, Cuba – Rencontres entre mer et montagnes
Mise à jour le jeudi 03 avril 2008
« Cangrejos ! Des crabes ! » D’après le mécanicien, c’était ce qui avait causé la crevaison survenue à notre petite bagnole de location Atos. Il est vrai que la veille, à quelques kilomètres de Trinidad, nous avions roulé, à notre grand étonnement, sur de nombreux crabes que nous ne pouvions éviter, la route en étant couverte. En fait, il devait bien y avoir des milliers de crabes qui bondissaient hors de la forêt et qui tentaient tant bien que mal de traverser la route pour atteindre l’océan en contrebas. Il faut dire que malgré quelques survivants, une bonne partie des crustacés y laissaient leur peau (ou plutôt leur coquille…) et même, si nous pouvions en croire le mécanicien, y laissaient également quelques pinces bien acérées dans les pneus des voitures qui s’aventuraient dans le coin. C’est en voyant de nos yeux les morceaux de pinces sortis du pneu dégonflé que nous avons dû nous rendre à l’évidence – nous avions été victimes du crabe des Caraïbes ! Qu’à cela ne tienne – le jeune garçon qui s’était élancé derrière la voiture pour nous aviser de la crevaison nous avait conduits à un mécanicien en quelques instants et quinze minutes plus tard, le pneu était changé, réparé et placé sur la voiture pour une dizaine de pesos ! On retrouve bien là le savoir-faire et la serviabilité des Cubains !
Trinidad (fondée en 1514), est une ville magique, inscrite depuis dix ans déjà au Patrimoine Mondial de l’UNESCO avec son quartier historique aux rues pavés de pierres inégales interdit aux voitures, avec ses habitations colorées, sa musique incessante et son accueil particulier. Mais pour nous, c’est d’abord et avant tout une ville de rencontres. En quelques jours, on était devenus des « habitués » …
Tous les matins, on se rendait chez Justo qui nous servait un minuscule café bien fort dont on est rapidement devenu accros. Justo, c’est cet homme dans les soixante-dix ans de forte carrure, arborant une moustache à la mexicaine et dont la maison coloniale donne sur la Plaza Mayor. Sa porte est toujours ouverte et il s’y tient sur le seuil attirant les passants pour leur offrir un « cafecito », un bijou artisanal ou, en chuchotant parce que ce n’est pas légal, des cigares bien sûr ! Il aime qu’on le prenne en photo et est fier de cet air jeune et fougueux qu’il a conservé.
Mais Trinidad, c’est surtout Oscar, ce vieil homme qui sillonne les rues du quartier historique en tirant une charrette artisanale en bois remplie de fruits et de légumes qu’il tente de vendre pour quelques sous. Ses mains sont calleuses et ses pieds abimés. Cependant son sourire est immense quand il revoit Hilaire qu’il a connu, il y a quelques années. Après les accolades, il nous raconte qu’il est seul depuis le décès de sa mère il y a deux ans et, quand il nous fait le récit de sa maladie, sa peine est encore visible. De plus, sa maison a été durement touchée par l’ouragan Dennis qui, en 2005, a ravagé cette région de Cuba, et en dépit des promesses du gouvernement, il espère toujours pour les réparations. En attendant, il est réduit à n’habiter qu’une seule pièce qui lui sert de cuisine et de chambre à coucher car c’est la seule pièce où la pluie ne s’infiltre pas à travers les fissures. Malgré son dénuement, il est d’une grande générosité – un matin où je ne me sens pas très bien, il m’offre des goyaves et des oranges pelées pour me remettre d’aplomb. On aurait tendance à ne voir en Oscar que son état de marchand ambulant, voire de quasi vagabond mais à Cuba, il faut éviter les jugements précipités. Il entretient avec des gens de nombreux pays une correspondance assidue et son écriture est d’une élégance raffinée. Si je retourne un jour à Trinidad, ce sera surtout pour revoir Oscar…
Et puis, il y a eu Miss Yaris, prof de salsa dans un petit bar clandestin ! La première soirée, alors qu’on marchait dans les rues sombres de la vieille ville, attirés par le son d’une langoureuse chanson cubaine, on s’est retrouvé dans une espèce de petit bar à ciel ouvert, improvisé dans l’arrière cour d’une maison délabrée. Ce n’est qu’une fois assis sur de longs bancs rustiques avec un verre de rhum à la main que j’ai pu observer à quel point c’était insolite – la cour est fermée par de hauts murs, le sol de terre battue et derrière nous, des poules et des canards, des oies, des chiens et des chats passent et repassent sous une corde à linge d’où pendent quelques vêtements. Les musiciens sont vraiment excellents et d’autres « clients » qui se sont joints à nous esquissent quelques pas de danse sous l’œil bienveillant de Miss Yaris. Celle-ci n’hésite pas à venir chercher les quelques récalcitrants qui sont réticents à se lancer sur le « plancher » de danse. Mais est-ce le rhum, le ciel étoilé, la musique ou l’ardeur de Miss Yaris, toujours en est-il que même moi qui ne danse jamais, voilà que je me suis essayée à suivre le rythme envoutant de la salsa…
Trinidad c’est tout ça et bien plus… une ville au caractère défini par la mer des Caraïbes et la chaîne de montagnes de l’Escambray qui l’enclavent et qui a su conserver sa couleur et sa culture. Une ville qui vaut définitivement le détour !
Références
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