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Le monde a bien changé
Mise à jour le mardi 22 avril 2008
Il y a deux semaines je vous parlais des quatre religions de mon patelin d’origine. S’il y a quatre religions, il y a également quatre saisons. Mais, c’est seulement depuis que le réchauffement de la planète est devenu un problème qu’il y a quatre saisons. Avant, il y avait deux saisons : l’hiver et l’été. L’automne c’était l’été des indiens et le printemps c’était la fin de l’hiver. Ce n’était pas compliqué.

Maintenant, la météo est rendue complètement déboussolée. Le printemps arrive en retard, l’été se prolonge jusqu’à l’automne, l’hiver ne sait plus où se placer. Il commence juste à neiger au mois de janvier maintenant. Il fait -25?C, mais dans le fond il fait -42?C avec humidex ou le facteur vent. Il y a aussi l’élément UV qui dicte s’il faut faire attention quand tu es en culotte courte. S’il est à un niveau plus élevé, il faut mettre de la lotion 15 et porter un chapeau, à un autre niveau, c’est de la 30 et il faut couvrir les enfants avec des couvertes thermiques.

Après un bout, tu ne sais plus comment t’habiller parce qu’il fait -1?C le matin, 15?C l’après midi, il pleut en début de soirée et il neige la nuit, et ce, en plein mois de juin. C’est rendu que lorsqu’on sort de la maison, il faut tellement prévoir différentes situations qu’il faut se traîner une valise.

Avant, ce n’était pas difficile de s’habiller parce qu’on savait quand telle ou telle saison commençait, il n’y avait pas de surprise. Quand tu arrivais à l’école avec une oreille en moins, les testicules dans le cou, le jeans raidi, les mains bleues et qu’il y avait 42 motoneiges de stationner devant l’école, l’hiver était arrivé. Évidemment, à la polyvalente tu es rendu au summum de l’intelligence. Il n’y a personne d’autre qui a raison à part toi. Donc, marcher à l’école à moins 30 sous zéro en jeans, avec rien dans les mains ou sur la tête, portant un manteau de jeans pour paraître cool, est une très bonne idée. Pour que l’été soit officiellement arrivé, il fallait que la butte de neige derrière l’école soit fondue.

Dans le temps où mes parents et mes grands-parents étaient plus jeunes, c’était encore moins compliqué parce qu’il n’y avait seulement une saison : l’hiver. Selon les histoires qu’ils nous racontaient, pour nous dire à quel point on est chanceux, durant l’hiver la planète au complet était recouverte de neige et de glace. Ils étaient obligés de construire des tunnels pour sortir de leur maison, ils mangeaient de la viande crue, combattaient des bêtes sauvages et il fallait marcher des miles et des miles pour se rendre l’école. Selon toutes les histoires que j’ai entendues, il n’y a pas une personne durant toute l’histoire du monde jusqu’en 1979 qui habitait proche de l’école.

Mais les temps ont changé. Prenons l’école par exemple. L’école s’est transformée au fil des générations. Il y a eu l’époque où il y avait 14 élèves dans une grange convertie et tous les grades étaient mélangés ensemble. Il y avait de 1 à 6 entre les instruments de fermes et le poêle et de 6 à 12 entre le poêle et la vache à lait. Ça c’était plus le temps de mes grands parents. Mes parents, eux, ont connu la merveilleuse époque de l’enseignement des prêtres et des sœurs qui se résumait à la « strap » et l’occasionnel attouchement sexuel. Ma génération a connu plusieurs changements. Nous étions les derniers à avoir des sœurs comme enseignante, mais elles n’avaient plus le droit d’utiliser la « strap » ou de nous abuser, et ça grâce à la chanson : Mon corps, c’est mon corps, ce n’est pas le tien. Tu as ton corps ça fait que touche pas au mien.

Mais elles ont trouvé d’autres moyens de nous traumatiser en nous envoyant dans le coin, en frappant sur nos pupitres ou en nous poignant par l’oreille. C’était la seule punition corporelle qu’elles pouvaient encore nous infliger sans réprimande. En autant qu’il n’y avait pas de peau enlevée.

Nous étions aussi les derniers à faire de la catéchèse. Du jour au lendemain, le petit Jésus n’existait plus ainsi que les petits cahiers bleus avec les trois poissons dessus. Bienvenue à la séparation de l’Église et de l’État. Nous étions les premiers à pouvoir mâcher de la gomme en classe sans se la faire coller sur le nez. La journée où ce règlement a passé, on aurait cru que les étudiants avaient été remplacés par des vaches. Ça broutait en simonac.

Nous étions aussi les premiers à pouvoir porter nos casquettes dans l’école. Pas dans les classes, ça c’est venu après ma génération. Si mon père avait porté une casquette en classe, il se serait fait couper la tête par la sœur, il serait revenu de l’école sans tête et sa mère lui aurait dit : Ah…t’avais juste à écouter la maîtresse.

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