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Errances, vagabondage et rencontres insolites 69 Divagations itinérantes…
Mise à jour le jeudi 17 avril 2008
Est-ce le mouvement de l’auto, le paysage qui défile devant mes yeux distraits, l’immobilité à laquelle je suis astreinte quand je suis au volant de ma voiture, toujours en est-il que dès que je suis sur la route, je m’égare en une série de divagations par moments variées et complexes mais parfois aussi superficielles qu’il est possible de l’être (je suis consciente toutefois qu’il en est probablement de même pour toute personne qui se trouve seule en voiture pour une période plus ou moins longue…). Alors voici quelques unes de ces divagations itinérantes vers où la route m’a menée cette semaine :
Vers le Bengladesh où le gouvernement vient d’énoncer, le mois dernier, une politique qui octroierait aux femmes plus de droits en matière d’héritage et d’accès à l’éducation. Enfin, vous direz ! « Un affront à l’Islam ! » ont dit d’autres qui se sont avérés être des islamistes radicaux. L’énoncé de la loi a provoqué leur colère et quelques centaines d’entre eux ont manifesté violemment dans les rues de Dacca et dans d’autres villes du pays. Le Bengladesh a beau reposer sur des lois laïques, la charia a souvent préséance en ce qui concerne notamment les droits des femmes. En conduisant, me revenaient les images vues à la télé de ces hommes s’attaquant violemment aux forces de l’ordre pour protester contre ce qui leur paraît une aberration. Et j’entendais encore l’un des protestants dire ne pas être contre les droits des femmes en autant qu’ils ne contreviennent pas aux directives exposées dans le Coran... J’ai bien peur que le jour n’est pas encore arrivé où les filles bengalies seront traitées sur le même pied d’égalité que leurs frères…
Vers le 19e siècle et plus particulièrement vers Charlotte Brontë et sa courte vie dramatique, austère et recluse. J’ai lu une version abrégée et adaptée de son roman « Jane Eyre » alors que j’étais toute jeune et je l’ai tellement relu par la suite que j’en connaissais les moindres péripéties par cœur. Je suis toujours impressionnée par la force du roman qui fait qu’on a beau être aussi éloignée que possible par l’époque, le lieu et les préoccupations d’un personnage, on réussit quand même à s’y identifier. J’ai écouté récemment une version audio du roman « Jane Eyre » en conduisant et j’ai été habitée pendant quelques jours par le personnage et par celle qui l’a créée et dont la vie a été si touchante.
Vers les séries éliminatoires de hockey – eh oui, j’ai dû y penser au moins deux bonnes minutes; le temps de souhaiter que les Canadiens se rendent le plus loin possible pour rendre mon père heureux…
Vers les bords de routes dégueulasses en ce temps-ci de l’année – neige sale, détritus, boue, gadoue. Aie ! Que j’ai hâte à la verdure ! Et question qui alimente souvent mes pensées : Qu’est-ce qui fait qu’un citoyen, sûrement en d’autres temps fort honorable, n’a aucun scrupule à lancer sa tasse de café vide par la vitre de sa voiture ? Au moins une cinquantaine de ces tasses jonchent les abords des quelques rues du parc industriel Caledonia où nous allons marcher ces temps-ci faute d’avoir des sentiers praticables. Comment est-ce possible ?
Vers la Mauritanie, où en 2008, on pratique encore le gavage des petites filles comme on le fait pour les oies en France – l’idéal de beauté étant la femme obèse, signe de prospérité et de bien-être. Bien que cette pratique entraîne de sérieux problèmes de santé et même parfois la mort (on force les enfants à ingurgiter des litres et des litres de lait caillé), dans les régions rurales on continue de se soumettre à cette tradition vieille de plusieurs siècles. L’excision, le gavage, le mariage forcé, l’exclusion des écoles, bref la vie n’est pas toujours rose pour les petites filles dans le monde…
Vers la décision de la cour suprême en ce qui concerne l’obligation pour la GRC à offrir des services dans les deux langues officielles partout dans la province du N.-B. – Bravo à Marie-Claire Paulin, à Michel Doucet et tous les autres qui l’ont appuyée et défendue !
Vers les revendications des manifestants en Haïti et dans d’autres pays pour obtenir des denrées alimentaires à des prix accessibles. Comment concilier l’abus et le gaspillage dont nous faisons preuve en Amérique du Nord avec autant de manque ailleurs ? Comment accepter en témoin passif que l’écart entre les pays pauvres et les pays riches se creusent de plus en plus ? C’est quoi au juste le village global ?
Et vers une multitude d’autres pensées douces, extravagantes, nostalgiques, étranges qui se forment et se déforment au gré de la route et de mes humeurs…
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Suzanne P. Doucet - Chronique du jeudi |
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