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Le berceau du bilinguisme
Mise à jour le mardi 15 avril 2008
Il y a quelques semaines, j’écrivais dans une chronique que je ne voulais pas encore me prononcer sur la décision par le gouvernement du Nouveau-Brunswick d’abolir le programme d’immersion précoce, mais que cette décision était « néanmoins un exemple de l’approche audacieuse que prend le gouvernement de Shawn Graham en matière d’éducation ».

Un lecteur m’a signalé que, en l’occurrence, l’adjectif « téméraire » décrirait peut-être mieux la décision. Je suis d’accord.

Depuis l’annonce de la décision, je tente de comprendre la logique derrière la décision. Au début, l’étude citée par le ministre Kelly Lamrock semblait me convaincre, mais il paraît qu’elle serait douteuse.

D’abord, des chercheurs du Centre de recherche et de développement en éducation (CRDE) et de l’Institut de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML) affirment que « les auteurs de l’étude ont utilisé de mauvaises méthodes de calcul, que les conclusions qu’ils en ont tirées sont donc erronées et que, pire encore, ils vont à l’encontre des données contenues dans leur propre rapport ».

Après examen de l’étude, Rodrigue Landry, directeur général de l’ICRML, demande au ministre Lamrock de soumettre son rapport à un comité d’experts, d’éducateurs, de chercheurs afin d’éclairer la question.

Même si le débat pédagogique m’intéresse beaucoup, je ne suis pas assez ferré dans le domaine pour me permettre de déterminer qui a raison. J’ai, par contre, beaucoup plus de confiance dans les chercheurs réputés de l’Université de Moncton.

Toutefois, il y a un aspect de cette affaire qui me fascine. J’aime bien voir à quel point le tollé soulevé par cette décision a mis en évidence l’importance du bilinguisme pour beaucoup de Néo-Brunswickois.

Dans les médias, nous avons vu et entendu les parents anglophones qui veulent à tout prix que leurs enfants apprennent le français dès leur entrée à l’école. En parlant avec mes amis, je constate que les francophones aussi encouragent tous les jeunes à apprendre la langue de « l’autre ».

L’événement qui m’a le plus frappé, par contre, a été le Tintamarre qui a eu lieu à Fredericton. Oui, un Tintamarre à Fredericton, mais organisé par des parents anglophones. J’ai tombé de la fesse quand j’ai appris cette nouvelle.

J’ai vécu à Fredericton. C’est une belle ville avec une population francophone dynamique, mais une ville dans laquelle il y a des vieux démons. Il y a une infime minorité de gens de cette région qui est toujours fortement xénophobe et anti-francophone. C’est la seule ville dans la quelle j’ai vu des gens piétiner sur un drapeau acadien et la seule ville dans laquelle j’ai été attaqué physiquement simplement parce que je suis francophone.

De voir que les parents anglophones se sont inspirés de la tradition acadienne du Tintamarre pour manifester leur désaccord avec la décision, c’est un signe de la progression de la nouvelle génération et du rapprochement des deux cultures dans cette région.

C’est beau à voir et j’ai bien hâte de voir le dénouement de cette affaire.

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