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Pluie à Shanghai
Mise à jour le vendredi 11 avril 2008
Ça fait deux jours qu’il pleut à Shanghai. J’aime bien la pluie, elle donne une autre dimension à la ville. Les gens qui se promènent à bicyclette ou en motocyclette se mettent à porter des costumes ; de grosses lunettes pour se protéger les yeux. J’ai vu un homme qui se promenait avec ce qui semblait être un masque de soudeur au devant de son scooter, plusieurs portent de grand parkas rouges ou bleus pour se garder au sec, et je vois parfois des sacs de plastiques sur les pieds des cyclistes, car avoir les pieds mouillés, ce n’est pas très plaisant. Les rues se remplissent d’eau et des petits ruisseaux se forment sur les trottoirs. Les gratte-ciels qui peuvent habituellement servir de points de repère, se perdent dans la brume, recouverts par les nuages qui planent bas au-dessus la ville. Dans les rues les plus fréquentées, les parapluies sont tellement nombreux qu’ils se joignent pour former un toit masquant toute trace de présence humaine pour quiconque observerait du haut d’un édifice. Il commence à pleuvoir et les autobus deviennent tout à coup bondés, tout comme les métros, et il devient impossible de se trouver un taxi dans les rues qui semblent plus congestionnées qu’à l’habitude.

Je me promenais près de chez-moi hier soir, en appréciant la pluie et la ville. Il y a un parc près de chez-moi et en face du parc, les bâtisses sont plus petites qu’ailleurs en ville ce qui me donne l’impression d’être dans un petit quartier intime. À chaque soir, un groupe de propriétaires de chiens se rencontrent et jouent avec leurs chiens. De beaux gros chiens poilus qui seraient beaucoup plus à leurs aises dans la campagne que dans les petits appartements de Shanghai. Une quinzaine de mètres plus loin, une trentaine d’hommes et de femmes de tout âge dansent des valses au rythme de vielles chansons populaires chinoise. Le parc est cependant en reconstruction et un grand mur blanc encartonne trois grandes grues et de nombreux travailleurs qui construisent la nouvelle station de métro qui sera ouverte à la fin de l’année.

Mais hier soir, je ne faisais pas que me promener puisque je devais me rendre chez mon étudiant à 15 minutes de marche de chez moi. C’est un jeune Coréen de 14 ans, je lui enseigne l’anglais. Il est très intelligent et peut parler trois langues en plus d’être excellent en mathématique. J’ai rencontré sa mère le semestre dernier dans mes cours de chinois. Avant de venir étudier le chinois à mes côtés, elle était journaliste en Corée. Son mari est fonctionnaire en Corée et il envoie de l’argent pour elle et leur fils. Elle dit vouloir commencer une compagnie d’import-export... un peu comme tout le monde en ville.

La plupart des étudiants aux cours de chinois de mon université sont Coréen ou Japonais. Les autres sont Européens ou Sud Américains. Il y a aussi quelque Arabes et un bon groupe d’Américains. Depuis la fin du semestre dernier, je n’ai pas rencontré de Canadiens à l’université, cela me manque puisque je n’ai personne avec qui partager ma joie au sujet de la bonne saison des Canadiens de Montréal. J’étudie au campus du centre-ville, mais le plus grand campus de l’université est situé dans les banlieues au milieu d’un parc industriel. Ce campus là abrite environ 40 000 étudiants, la plupart étudiant les sciences et les technologies. Ce campus principal accueille plusieurs étudiants africains, indiens, népalais, sud asiatiques et arabes qui ont obtenu des bourses du gouvernement chinois. J’ai aussi entendu dire qu’il existe un groupe de Nord-Coréens, mais je ne les ai jamais rencontrés.

Ceux avec qui j’étudie sont intéressants, ils forment un groupe de tous les genres et de toutes les couleurs. La plupart sont de simples étudiants qui viennent faire un tour pour un semestre ou deux, à la fois pour l’expérience et le voyage. Il y a les femmes des hommes d’affaires qui préfèrent apprendre le chinois que de rester à la maison et ne rien faire. Il y à les Européens qui viennent faire la fête et courir les jupons, les Allemands qui voyagent et les Français de toutes sortes qui semblent essayer de trouver la bohème dans une ville sans repos. J’ai un ami qui exporte des fers forgés en Algérie, un autre qui veut envoyer des bicyclettes électriques à Paris, et encore un autre qui faisait des recherches afin de trouver des petits verres en plastique destinés au Brésil.

J’en suis maintenant à mon troisième semestre de chinois, mandarin, j’en ai un peu le ras le bol, mais les expériences de tous les jours ne cessent de m’épater. Dans mes classes, les meilleurs étudiants sont les personnes d’origine chinoise vivant à l’étranger. Beaucoup d’entre eux parlent déjà l’une des langues qui s’apparentent au mandarin, tels le cantonais, le haka, ou l’une des langues de Fujian. En fait, ces langues ont à peu près la même relation avec le chinois que le français et l’espagnol ont entre elles. La prononciation des mots est la même, mais ils s’écrivent de la même manière et ils ont des tons. Ce sont des langues chinoises, ainsi on ne peu pas simplement dire que quelqu’un parle chinois puisqu’il pourrait parler l’une des dizaines de langues qui sont parlées en Chine.

Je ressens une certaine affinité avec ces gens d’origine chinoise qui étudient avec moi. Un peu comme les Acadiens, ils ont grandit entre deux cultures : la Chine et leurs pays, français et anglais. Ceux et celles avec qui j’étudie sont pour la plupart encore jeunes, ils sont à la recherche d’une place dans un monde qui n’est jamais tout à fait le leur. Ils sont un peu étrangers où ils ont grandit mais ils le sont encore plus en Chine.

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