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Sommes-nous prêts pour un gouvernement fasciste ?
Mise à jour le jeudi 10 avril 2008
Drôle de question ! Rions.
Pour reprendre ce que les Cyniques faisaient dire à Camille Samson du Parti créditiste : « Avant de vous parler, j’aimerais vous dire quelque chose. »
Savez-vous vraiment ce qu’on entend pas un gouvernement fasciste. Oui, je sais, c’est habituellement utilisé comme une insulte. En plus du sens péjoratif, il y a un sens un peu plus technique. Son sens premier réfère au régime politique de Benito Mussolini avant et durant la deuxième guerre mondiale. Pour reprendre la définition du Petit Larousse : « régime … fondé sur la dictature d’un parti, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. » Par extension, on étiquette de fasciste tout gouvernement autoritaire, totalitaire et centralisateur. En passant, la prononciation de ces mots est « fachiste » et « fachisme. » Le mot est d’origine italienne et l’on a conservé en essence la graphie italienne. Fascinant, n’est-ce pas ?
Retournons à nos moutons noirs, à notre réflexion du jour : « Sommes-nous prêt pour un gouvernement fasciste ? » Si je vous avais demandé : « Sommes-nous prêt pour un gouvernement nazi ? », la réponse, pour la grande majorité d’entre vous aurait été un NON retentissant. Pour le fascisme, peut-être avez-vous encore en tête l’association Mussolini-Hitler-Hirohito, ou si vous préférez, l’Axe Berlin-Rome-Tokyo. Donc, je suppose que pour la plupart d’entre vous la réponse serait NON à un gouvernement fasciste.
Mais, mais il y a un MAIS. Il n’y a pas un parti qui serait assez fou pour s’affubler du titre de Part fasciste du Canada ou Parti fasciste du Nouveau-Brunswick. Le meilleur moyen pour les fascistes de prendre le pouvoir serait d’infiltrer d’autres partis et de modifier lentement mais sûrement leur plateforme pour y incorporer, avec le temps, des teintes de plus en plus fascistes. Il vous faudra avoir l’œil pour percevoir ces changements. Ce n’est pas évident à première vue car la plupart d’entre nous n’étudions pas la politique des différents partis avec beaucoup de ferveur. Combien d’entre nous pourraient déceler de tels glissements dans les agendas politiques de nos partis. C’est tout si on prend le temps de comparer leurs plateformes affichées lors des élections, il n’y a pas grand monde qui compare les plateformes de l’élection en cours avec les plateformes des élections antérieures. Comme citoyens, on ne fait pas vraiment nos devoirs. On est pas mal une bande de moutons.
Est-ce que nos partis sont centralisateurs ? Pas besoins de vous faire de petits dessins, libéraux et conservateurs le sont tous les deux, tant au fédéral qu’au provincial. Les fusions des districts scolaires et des régies de santé ne sont-elles pas des actes centralisateurs ? Dans cinq ans, dans dix ans, on sera encore à chercher les économies que cela était supposé apporter.
Est-ce que nos partis sont totalitaires ? Tiens, un autre adjectif que l’on utilise mais dont on ne connaît pas vraiment le sens. Retournons au Petit Larousse : « régime politique … dans lesquels les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont entre les mains d’un petit nombre de dirigeants, qui subordonnent les droits de la personne humaine à la raison d’état. » Au Nouveau-Brunswick, l’exécutif et le législatif sont contrôlés par moins de quinze personnes, la taille approximative du cabinet. Pensez-vous vraiment que les députés d’arrière bancs, fussent-ils membres du gouvernement, vont s’ouvrir la bouche (j’allais dire la gueule) pour décrier le cabinet ? Croyez-vous encore au Père Noël et au Lapin de Pâques ?
Est-ce que nos partis sont autoritaires ? Petit Larousse, définition please : « qui impose son pouvoir d’une manière absolue, qui ne tolère pas la contradiction, l’opposition ». Qu’avons-nous comme exemple récents ? Ici, au Nouveau-Brunswick, on a un gouvernement qui dans son projet de loi sur la fusion des régies de santé a mis un paragraphe stipulant que personne ne peut poursuivre le gouvernement pour ses actions, aussi dommageables puissent-elles être. La loi musèle la population au complet. Si c’est pas gentil ?
Au tour du fédéral. On a aboli le programme de contestations judiciaires. Malgré ce que notre ancien premier ministre provincial avance, en essence que l’abolition dudit programme ne nous enlève pas l’accès aux tribunaux, il faut avoir les reins solides financièrement et physiologiquement pour contester les abus et travers du gouvernement. Pensez-y bien. Comment une personne qui fait 20, 30, ou 40 milles dollars par année peut-elle tenir le coup contre une institution qui a un budget annuel de 200 milliards de dollars. David contre Goliath ? Plutôt comme micro-David contre méga-Goliath. Il faut qu’une personne ait de la détermination pour endurer les longueurs dans les procédures judiciaires qui pourront durer des années. Vous n’avez qu’à penser au dossier de l’Agent orange ou les cas d’abus sexuels dans plusieurs écoles du pays. Ça ne s’est pas réglé en 10 jours.
Il y a des jours où on peut se demander si on vit vraiment dans une démocratie.
Je vais virer la question titre de bord : êtes-vous prêts à empêcher l’arrivée d’un gouvernement fasciste ? ou est-ce trop tard ?
Bonne semaine quand même.
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