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Errances, vagabondage et rencontres insolites 66 « La route » version Cormac McCarthy
Mise à jour le jeudi 06 mars 2008
« Les romans, … me sont d’un grand secours et je bénis souvent les romanciers. On m’en a lu un nombre surprenant à haute voix et je les aime tous, dès qu’ils ne finissent pas de façon tragique – ce qui devrait être interdit par la loi. » Charles Darwin – Autobiographie, 1876
Vous est-il déjà arrivé de vous plonger dans un roman sans pratiquement pouvoir le quitter de crainte que quelque chose de terrible n’arrive aux personnages ? Eh bien, c’est exactement ce qui s’est produit pour moi à la lecture du livre « The Road », de Cormac McCarthy ! Une lecture haletante relatant le périple d’un homme et de son jeune fils à travers un pays ravagé, en quête du littoral. Le récit est bref, les phrases sont souvent courtes et percutantes et les dialogues bouleversants. Les deux personnages suivent la route du sud mais la peur les habite – ils sont survivants d’un cataclysme jamais nommé mais qui a laissé le pays dans un état de dévastation sans retour. Tout a été incendié et tout au long de la route ne persistent que des villes et des villages souvent en ruines et couverts de cendres. Le paysage est gris et le ton du livre est noir ! Si ce n’était de la profonde humanité de l’homme et de son fils, le livre serait tellement dur qu’on ne saurait en poursuivre la lecture. L’homme et son fils (on ne connaît pas leur nom) sont des survivants, à peine rescapé d’un fléau inconnu mais également à la merci d’un sort terrible les guettant au moindre détour de cette route infernale qu’ils suivent – qu’est-ce qui les attend ? La mort atroce aux mains d’autres survivants moins bienveillants qu’eux, le froid mordant, la faim qui les tenaille constamment.
L’écriture est forte, l’histoire réelle, presque insoutenable et les dialogues tellement authentiques que je me suis mise à penser comme les personnages, à vivre à travers eux cet état d’alerte constant et même à imaginer des tactiques de survie. J’avais beau mettre le livre de côté pour vaquer à mes occupations; il continuait de m’habiter. Je me surprenais à imaginer des suites possibles à l’histoire – la rencontre d’autres survivants, la découverte d’un monde parallèle réconfortant, etc. Mais l’écrivain reste bien sûr seul maître du destin de ses personnages et l’histoire, dès que je la reprenais, continuait sa trajectoire sans que je n’y puisse rien. C’était par moment insoutenable et il m’est arrivé de souhaiter que la fin arrive rapidement peu importe l’aboutissement. Et pourtant quand elle est arrivée cette fin, j’aurais tellement voulu en savoir plus; j’en étais presque frustrée…
Le livre de Cormac McCarthy décrit un véritable cauchemar, celui qui nous guette ou enfin celui qu’on imagine pouvant survenir à la suite d’un attentat nucléaire ou de tout autre cataclysme sans pareil – Tchernobyl à la puissance mille ! En terminant la lecture de « The Road », je me suis demandé quel était le but de l’auteur en l’écrivant – nous faire une mise en garde face à notre inconscience collective devant les désastres écologiques de la planète, permettre une prise de conscience devant l’attitude belliqueuse de plusieurs grands et petits états ou peut-être voulait-il tout simplement raconter une « bonne histoire »...
Peu importe ses intentions, le résultat est réussi. Depuis sa sortie en septembre 2006, le livre a connu un grand succès jusqu’à remporter le prix Pulitzer en 2007. Les droits d’adaptation au cinéma ont été achetés et le film déjà en production devrait sortir sous peu. Des traductions en plusieurs langues ont déjà été effectuées et ceux qui désirent le lire en français peuvent se le procurer depuis peu sous le titre « La route ». Alors allez-y, prenez un grand respire, installez-vous confortablement par un bel après-midi de tempête (ils sont bien nombreux; ça ne devrait pas être si difficile à trouver) et plongez-vous dans le livre – vous y ferez un voyage presque terrifiant et vous serez reconnaissant de revenir dans « votre » monde. Mais vous aurez eu le plaisir de vivre une belle expérience littéraire. C’est ça finalement le pouvoir de la littérature
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Suzanne P. Doucet - Chronique du jeudi |
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