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Ricky Bender au Camping Murraywood
Mise à jour le lundi 03 mars 2008
J’avais 12 ans je pense. C’était l’été. Comme presque toutes les fins de semaine, j’étais au camping Murraywood de Petit-Rocher mais cette fois-là, pas avec mes parents. J’y étais plutôt avec ma voisine et meilleure amie, Linda, et sa famille. Ils m’avaient apporté avec eux comme ça arrivait de temps en temps. Habituellement, c’était le contraire ; ce sont mes parents qui apportaient Linda en camping avec nous. Les parents de Linda étaient un peu plus jeunes que les miens et ils n’avaient pas tout à fait le même style de vie.
Samedi soir, c’était la fête. Les adultes se la coulaient douce. Nous les enfants observions leur comportement bizarre. Personne n’était saoul mais disons que le rire était plus facile qu’à l’habituel. Il y avait beaucoup de monde. Plusieurs matantes et mononcles de Linda étaient aussi venus faire du camping cette fin de semaine là. C’est que l’oncle de Linda, Monsieur Émile, était en ville. Vivant à Toronto, il venait tous les étés avec sa belle fourgonnette visiter ses frères et sœurs et ses parents âgés. Et la plupart du temps, il apportait avec lui des jeunes gars, de beaux gars de Toronto.
Ce n’est certainement pas moi qui allais me plaindre du fait que ces jeunes hommes de Toronto arrivaient dans mon voisinage quelques semaines à chaque été. Disons que ça mettait du piquant dans mes étés. Quand je voyais la van multicolore, je savais qu’ils étaient là. Et ces journées-là, je prenais plus de temps à me préparer le matin ! Je sortais dehors espérant en voir un prendre sa marche ! C’était beau à voir. Il faut dire que les gars du voisinage, j’étais depuis longtemps un peu tannée de les voir : il n’y avait plus rien d’excitant dans le coin ! Rien à se garocher par terre ! Mais les gars de Toronto eux, c’était quelque chose à voir !
Cet été en particulier, Monsieur Émile avait apporté avec lui Ricky Bender. Une beauté. Un gars comme on voit dans les films. Le hunk !!! Wow !!! C’était dommage qu’il fallait perdre son temps à se coucher du soir au matin car on perdait tout ce temps à tenter de l’apercevoir passer, sortir de la van, rentrer dans la maison chez Monsieur Joseph (le père d’Émile et mon 2e voisin), faire une marche dans la rue, aller chercher ses cigarette à l’un des deux dépanneurs du coin, soit chez Madame Bertha ou chez Monsieur Josepha.
Mais cette fin de semaine là, nous étions au camping Murraywood. Et Ricky Bender était là. J’avais mis mon plus beau linge même si je savais que Ricky n’allait probablement jamais me remarquer. Il faut dire que je n’étais pas la seule jeune fille dans les parages. Linda ma voisine et sa cousine avaient elles aussi remarqué Ricky Bender. Et croyez-moi, Linda et sa cousine avaient toutes les deux plusieurs atouts. De très très belles filles. Moi, j’étais juste normale, très normale.
Il était tard et Ricky a sorti sa guitare. La porte de la van ouverte, il était assis derrière et il chantait. Wow et re-wow ! Quoi de plus sexy qu’un gars de Toronto assis derrière un van qui chante et joue de la guitare ? Rien que j’aurais pu imaginer à cette époque.
Tout d’un coup, j’entends mon nom. C’est Ricky Bender qui m’appelait. « Carol, please tell me what the word means », qu’il me dit. C’est qu’il était en train de chanter Michelle, ma belle, sont des mots qui vont très bien ensemble. Je m’approche et lui traduis empressement les mots de cette très belle chanson des Beatles. « It means these are words that go together well », que je lui dis. Et il me répond : « That’s what I thought ». Et il pursuit : « I like you Carol. You’re very cute. And you’re very nice. You’re the nicest girl I met this summer. Do you want to go for a walk so we can talk a little? There is too much noise here. »
Ce moment précis est l’un des plus mémorables de ma vie. Bien sûr, vous pouvez vous imaginer à quoi je pense quand j’entends à la radio Michelle, ma belle, sont des mots qui vont très bien ensemble. C’est ce qu’est arrivé mardi dernier. J’étais sur la route entre Moncton et Caraquet, j’écoutais la radio, et je me suis mise à penser à cet été là, au camping Murraywood et bien évidemment, à Ricky Bender ! La route a passé vite. Et c’est là que je me suis dit que dorénavant, quand j’aurai une longue route à faire, je me remémorerai comme ça des moments forts de mon enfance, et de temps en temps, j’en ferai des Chroniques du Monde. Un des ces jours, je vous parlerai du Maniston !
P.S. Ce soir là, nous avons marché main dans la main autour du camping, rien de plus. De toute façon, je ne savais pas qu’il existait quelque chose de plus ; disons je n’étais pas très précoce. Et lui, il était un vrai gentleman.
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