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Iran et Tibet
Mise à jour le vendredi 28 mars 2008
J’enseigne l’anglais deux fois par semaine à un groupe de femmes iraniennes. Leur anglais n’est pas très avancé mais je trouve nos cours très intéressants. Aujourd’hui par exemple, elles ont essayé de m’expliquer les traditions qui entourent le Nouvel An iranien qui a été célébré le 21 mars, coïncidant ainsi avec l’équinoxe du printemps. Après une recherche un peu plus poussée sur Internet, j’ai découvert que les célébrations sont largement basées sur des traditions zoroastriennes, ancienne religion maintenant presque disparue. Plusieurs concepts qui nous sont familiers dans les religions judéo-chrétienne auraient comme provenance les croyances zoroastriennes, celles-ci incluent : l’enfer, le paradis, la résurrection, la venue du Messie, le libre arbitre et le dernier jugement.
Ce qui me fascine est à quel point une religion (le zoroastrisme) et une culture (Perse/Iran) aussi importantes dans notre propre histoire et pensée collective peuvent être méconnues d’à peu près tous, sauf quelques professeurs érudits et mon père – celui-ci essayait de me parler des Zoroastriens quand j’étais jeune, alors que je faisais tout mon possible pour l’ignorer. J’ai d’abord entendu parler des Zoroastriens dans un cours à l’Université de Moncton qui avait comme sujet les textes de la mer Morte. Ces textes sont un sujet un peu effacé dans la longue et tortueuse histoire des religions et nous n’étions que trois dans la classe, et j’inclus ici le professeur.
L’une de mes grandes découvertes dans ce cours fût que la Palestine de l’époque de Jésus était habitée par une multitude de sectes et de religions qui se ressemblaient et se faisaient compétition, une grosse fondue religieuse si vous préférez. La Palestine d’antan était sur ce point très similaire à l’Iran d’aujourd’hui, qui est un pays « multi religieux » et pas si fermé et extrémiste que l’on pourrait parfois le croire. Une des raisons pour laquelle nous connaissons mal ce pays qui devrait être une des destinations voyage les plus populaires au monde est qu’il se soit mis à dos les États-Unis et la plupart des pays Occidentaux durant les années ‘70. Nous sommes maintenant les victimes d’une guerre de propagande et j’admets qu’avant de commencer à travailler au consulat Iranien à Shanghai, mes connaissances au sujet de l’Iran se limitaient à Mahmoud Ahmadinejad et à la diatribe de George Bush à son sujet.
Ce qui est malheureux est que nous vivons dans la société la plus riche et la plus puissante de la planète. Nous sommes supposément les hommes et les femmes les plus libres au monde, mais notre accès à l’information est limité, et notre vision du monde est même facilement modelée. J’en suis venu à cette conclusion non pas en pensant à l’Iran et à mes gentilles étudiantes, mais en lisant des articles au sujet des évènements qui se produisent présentement au Tibet.
Vivant en Chine, je suis exposé à deux points de vue totalement opposés, celui de la Chine et celui de Dharamsala, résidence en Inde du Dalaï Lama. Les grands médias occidentaux, et je n’exclue pas Radio-Canada, qui ont la prétention d’être juste et équitable, ont plutôt tendance à supporter la vision des Tibétains en exil que la ligne du Parti communiste. Les Chinois eux, ont tendance à glorifier leur présence au Tibet et à critiquer le Dalaï Lama, mais il ne faut pas supposer que tout ce qu’ils disent est faux.
Ce problème est partiellement dû à l’incapacité du gouvernement chinois à entretenir de bonnes relations avec toute forme de médias qui n’est pas à cent pour cent positif vis-à-vis la Chine. Les médias chinois ont depuis toujours été contrôlés par l’État, l’idée de ne pas avoir un ministère de la propagande est considérée absurde dans un pays où le pouvoir central a toujours été contrôlé par une élite restreinte. De l’autre côté de la patinoire, les médias occidentaux, toujours à la recherche d’histoires choquantes qui vendent, sont rapides à sauter sur toute information qui discrédite le gouvernement chinois. Le conflit opposant les dissidents Tibétains et le gouvernement chinois ressemble beaucoup au vieux conte de David contre Goliath, et nous savons tous que David est gentil alors que Goliath est le gros géant méchant…
Pourtant, les évènements récents ne rentrent pas dans cette idée des choses. Les contestataires Tibétains ressemblaient plus à une foule voulant effectuer un nettoyage ethnique du Tibet - poursuivant adulte comme enfant, femme et homme, dans une soif meurtrière - qu’à un groupe de contestataires pacifiques. La réponse chinoise à cette violence ethnique à été mesurée et sans grand excès de violence.
Ce qui me dérange dans cette histoire est que ces manifestations violentes et ces répressions policières sont causées par ce que je vois comme l’un des plus bas sentiments de la race humaine, le nationalisme. Un pays devrait servir ses citoyens et non pas le contraire. Je me fou complètement d’être Canadien, Américain, Chinois, Indien ou Sud-Africain (peut-être que c’est un trait de caractère canadien). Ce qui m’importe est que je puisse vivre en paix avec mes amis et ma famille et que je puisse poursuivre mes intérêts et gagner ma vie. Que mon voisin porte un turban ou qu’une partie distante de mon pays veuille l’indépendance ne me dérange pas. J’ai pourtant l’impression que ma vision des choses n’est pas universellement acceptée.
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