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Errances, vagabondage et rencontres insolites – 67 Retour de Cuba
Mise à jour le jeudi 20 mars 2008
“I love Cuba and its people, including Fidel. The bill you have signed to further tighten the blockade hurts me deeply. I travel to Cuba whenever I can to take medicine and the small, perhaps insignificant comfort of my presence, to those whose courage and tenderness have inspired me practically my entire life.”
Alice Walker, écrivaine américaine, dans une lettre au président Clinton en 1996
Cuba est un pays marquant – on ne peut s’y rendre sans en être affecté d’une façon ou d’une autre. Quand on prend le temps de voyager à l’intérieur du pays, de rencontrer et de parler avec les gens, de tenter d’en comprendre la société si complexe, on revient chez soi enrichi culturellement et humainement. C’est un pays où les gens luttent, où les gens souffrent mais où ils sont également animés d’une grande passion pour la vie. On le ressent fortement dès qu’on est prêt à mettre les pieds hors des grands hôtels tout-inclus et tenter une aventure cubaine !
C’est ce que nous avons fait encore une fois en nous lançant sur les routes du pays entre La Havane et Trinidad. Nous avions peu de temps, qu’une dizaine de jours, mais on voulait en profiter pour nous immiscer un peu plus dans cette collectivité cubaine qu’on aime tant. Comme après chaque visite, je suis revenue avec l’impression d’avoir compris un peu plus et en même temps beaucoup moins… Ça peut sembler contradictoire mais tant qu’on ne voit le pays qu’avec nos yeux de touristes (et nous serons toujours des touristes, quoiqu’on fasse), une bonne part de sa réalité nous reste cachée.
Je crois cependant avoir compris où réside la véritable richesse de Cuba. Ce ne sont pas les plages de Varadero, aussi magnifiques et lucratives soient-elles ni les immenses plantations de canne à sucre – ce sont tout bonnement les enfants. Ils sont des trésors nationaux et traités comme tels. On n’a qu’à observer la dynamique entre les parents et enfants que ce soit dans les quartiers plus chics ou ceux complètement délabrés de La Havane, dans les rues étroites de Trinidad ou tout simplement dans les villages isolés de la province de Sancti Spiritus. Généralement, les enfants sont traités avec douceur et affection. Malgré parfois l’extrême pauvreté des lieux, on voit des enfants qui semblent en santé, robustes et débordants d’énergie. Pour avoir voyagé dans d’autres pays en développement, je vois une différence nette dans cet état de choses – d’ailleurs selon l’UNICEF, Cuba serait le seul pays d’Amérique Latine où l’on ne retrouve pas d’enfants souffrant de malnutrition. Malgré le blocus imposé par les États-Unis et le rationnement alimentaire qui en découle, jusqu’à l’âge de 7 ans, une alimentation de base leur est assurée. Il est intéressant de regarder des statistiques récentes. Selon l’État du Monde 2008, la mortalité infantile à Cuba est de 5,1 enfants par 1000 habitants alors qu’au Mexique voisin, elle est de 16,7. A noter que le taux de mortalité infantile est même légèrement plus élevé aux Etats-Unis : 6,3 alors qu’il est de 4,8 au Canada.
Il ne faudrait cependant pas croire que je ne regarde Cuba qu’avec des lunettes roses. Plusieurs des Cubains à qui nous avons offert un lift à bord de notre voiture de location lors des excursions dans les villages et petites communautés à proximité de Trinidad, nous ont fait part des problèmes de toutes sortes auxquels ils font face – le coût élevé des aliments, la pénurie de transports publics, l’accès aux médicaments. Bien sûr, ils ne sont pas tous sur la même longueur d’onde – une passagère, enseignante de métier, a louangé la révolution dans laquelle elle ne voyait quasi aucune faille alors qu’un autre passager a attendu qu’elle descende pour nous dire qu’il avait fait une demande d’immigration au Canada comme réfugié. D’autres ont déploré la situation problématique en ce qui concerne le coût élevé des aliments et la maigreur des salaires. Tous s’entendent pour dire que la vie n’est pas facile à Cuba et qu’il est de plus en plus difficile d’être patient et de garder l’espoir pour un monde meilleur. Font-ils confiance à Raul, fidèle successeur de son grand frère ? Peu s’aventurait à dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas mais il était évident que pour certains, ils ne voyaient pas Raul comme un leader charismatique. Il est cependant une chose sur laquelle tous s’entendent, c’est leur amour (et le mot n’est pas trop fort) pour Fidel. L’admiration qu’ils ont pour leur ancien leader est vive, tenace et teintée d’une affection à toutes épreuves. Même pour ces gens qui critiquent ouvertement le système, Fidel est une sorte de super héros…
Que va devenir le peuple cubain une fois Fidel parti pour toujours ? Quel système politique aussi fort soit-il peut survivre au décès d’un leader dont l’impact sur son pays a été immense ? Ses héritiers politiques sauront-ils garder la révolution vivante comme le proclament les panneaux routiers qui festonnent les routes du pays ? Qu’arrivera-t-il une fois les Américains réinstallés dans le pays ? Il faudra bien que ça arrive un jour… Les Cubains seront-ils plus heureux une fois « libérés » ? Il m’arrive d’en douter…
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Suzanne P. Doucet - Chronique du jeudi |
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