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Réalité linguistique 101
Mise à jour le mardi 05 février 2008
Connaissez-vous Jana Havrankova ? Moi non plus. Je ne la connais pas et je suis presque certain que je n’aurai jamais la chance de la connaître. Malgré ce fait, je l’aime bien. Je l’aime depuis qu’elle s’est attaquée à la plus récente « crise » dans laquelle le Québec s’est immiscé.

Cette nouvelle crise existentielle, qui suit celle sur les accommodements raisonnables, est de nature linguistique.

Depuis que nous avons appris que, malgré la forte augmentation du nombre d’immigrants parlant le français au Québec, le poids démographique des francophones de souche continue de diminuer dans la région de Montréal, les péquistes ont sonné l’alarme et ne cessent pas de semer la peur.

Dans La Presse de mardi, madame Havrankova nous livre son opinion sur l’affaire et nous montre à quel point on se trompe lorsqu’on pense que les Tremblay et les Boissoneault-Giguère sont les seuls à pouvoir assurer la survie du français. Voici son texte en entier :

« Une grande agitation s’est emparée du Québec parce que 47,4 % des Montréalais parlent à la maison une langue autre que le français. Lorsqu’un sondeur me pose la question « Êtes-vous de la langue maternelle française ? », je serai pour toujours obligée de dire « non ». La situation se complique quant à la langue que je parle à la maison. Si ma mère était en vie, sans doute parlerais-je encore le tchèque avec elle, mais possiblement aussi avec mes fils en sa présence. Si j’avais épousé un Tchèque plutôt qu’un québécois « de souche », peut-être parlerais-je, ô horreur ! le tchèque chez moi.

Il y a quelque chose d’indécent à se fourrer le nez dans l’intimité des gens pour savoir dans quelle langue ils se racontent leur journée pendant le souper. Si l’immigrant travaille en français, si ses enfants vont à l’école française, en quoi cela regarde quiconque de savoir quelle langue il parle chez lui ? Cette préoccupation malsaine, alarmiste, empeste l’intégrisme linguistique.

Ainsi, j’ai un conseil à donner aux immigrants : mentez lorsque quelqu’un vous demande quelle langue vous parlez chez vous ! Dites que vous parlez français, que vous regardez Virginie tous les soirs, que vous avez vu tous les films de Pierre Falardeau, lu tous les livres de Michel Tremblay et que vous suivez de près les écrits de Jean-François Lisée. Affirmez votre québécitude et participez à l’apaisement des angoisses linguistiques de certains !

Pour ma part, je commence à être sérieusement incommodée par les insinuations selon lesquelles les immigrés perturbent le caractère francophone du Québec. Comme l’écrivait Pierre Foglia dans une de ses chronique : immigrant un jour, immigrant toujours…

Toutefois, est-ce bien opportun de le souligner constamment ? Est-ce la meilleure façon d’intégrer les immigrants ? »

Il va sans dire que je ne suis pas d’accord avec tous ces propos. Je n’encouragerai personne à mentir aux sondeurs et je ne suis pas entièrement convaincu que ces genres de questions sont nécessairement « indécentes ». Je suis, par contre, de l’avis que certains politiciens et journalistes vont tenter de manipuler les données pour des gains politiques.

Dans ce cas, le tout a commencé quand une enquête du Journal de Montréal a montré qu’un unilingue anglophone peut décrocher un emploi dans de petits commerces de la région de Montréal (elle en a visité 97). Évidemment, les péquistes sont montés aux barricades et ont proposé toutes sortes de « solutions » pour corriger ce « relâchement ».

Le hic, c’est qu’en ce qui concerne le service en français à Montréal, il n’y a pas eu de relâchement. Dans un sondage de l’Office québécois de la langue française en 2006 (2 500 commerces), on a déterminé que « l’accueil se fait en français dans les commerces visités plus de quatre fois sur cinq et le service est offert en français quelque neuf fois sur 10 ». En 1989, le Conseil de la langue française avait mené une enquête semblable auprès de 4 000 commerces et avait également déterminé que neuf commerces montréalais sur dix étaient en mesure de servir les gens en français.

Malgré le fait que le visage linguistique de Montréal a beaucoup changé depuis les années 1970, époque où la langue du commerce était clairement l’anglais, le Québec semble être au bord d’une crise de nerfs et la cible facile est, comme dans la dernière crise, la population immigrante.

Ça, c’est vraiment se noyer dans son crachat.

Montréal est une ville cosmopolite qui n’est pas (acceptons-le !) à l’image du reste du Québec. Il y a ici un mélange de cultures qui viennent enrichir la culture québécoise. Si les Québécois de souche occupent moins de place dans cette culture, c’est simplement parce qu’ils se reproduisent à un rythme nettement inférieur au reste de la population.

Certains proposent que le gouvernement du Québec adopte une politique visant à freiner l’immigration. Dans son éditorial du 26 janvier, André Pratte nous donne une réponse éloquente à cette proposition : « Le malheur, c’est que cette « solution » accélérerait la diminution et le vieillissement de la population québécoise. Le Québec serait un peu plus francophone, mais moins peuplé et plus âgé. À terme, notre nation s’en trouverait bien davantage menacée. »

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