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La bananisation du Canada, est-ce possible ?
Mise à jour le jeudi 28 février 2008
Non, ce n’est pas une faute de frappe, c’est bien de bananisation dont il sera question : la bananisation du Canada. Mais qu’est-ce que la bananisation ? C’est la transformation d’un pays en république de bananes, un glissement politique qui érode la démocratie petit à petit.

Quand j’étais petit, ça fait un bout de temps de cela, je pensais que mon pays était le meilleur du monde. Des gens comme Pearson et Trudeau avaient donné au pays une image de marque. On était devenu un pays qui était bon pour le monde. Nos troupes travailleraient sous l’égide de l’ONU pour faire avancer la paix dans le monde. D’ailleurs des membres de ma famille, proches, éloignés ou par alliance, ont porté le béret bleu.

Dans les années soixante, Louis J. Robichaud a mis sur pied son programme de chances égales au Nouveau-Brunswick. On a eu les contestations de 1968 avec le fameux épisode de la tête de cochon. Ce coup d’éclat a mis à l’avant-scène nos revendications pour l’égalité linguistique. Ça a pris du temps mais on a fini par incorporer le principe d’égalité linguistique dans la constitution du pays.

Si on recule un peu, il y a eu les suffragettes. Au cas où vous ne le sauriez pas, le droit de vote pour les femmes, ce n’est pas si vieux que cela. En 1916, les femmes obtiennent le droit de vote au Manitoba. Les Québécoises devront attendre 1925 pour mettre des X sur les bulletins de vote au provincial. Comme moyen de pression, les suffragettes manitobaines avaient monté une pièce de théâtre dans laquelle une délégation d’hommes demandait le droit de vote à un parlement composé uniquement de femmes. Ça vaut bien notre tête de cochon.

En 1994, on a mis sur pied le fameux Programme de contestation judiciaire. Ce programme permet à de simples citoyens ou groupes de citoyens d’amener le gouvernement en cour pour l’obliger à respecter les lois, la constitution et la Charte canadienne des droits et libertés, parce que ce n’est pas que le gouvernement est « au pouvoir » qu’il peut faire n’importe quoi. Un gouvernement peut agir comme un bandit.

Maintenant, il me semble que notre pays est parti sur une pente descendante. Notre armée ne participe pas en tant qu’agent de la paix en Afghanistan mais bien en combattant, en envahisseur. OK, envahisseur à titre gracieux, mais envahisseurs tout de même. On va le dire directement, la seule raison qu’on est là-bas c’est pour faire plaisir à nos amis américains. D’ailleurs les responsables américains le disent ouvertement, le Canada est le pays qui a le plus aidé leurs efforts de guerre.

Le gouvernement Harper a aboli le Programme de contestation judiciaire. C’est qu’il a vu que ce programme a un énorme défaut : il permet aux citoyens de garder le gouvernement en ligne. Imaginez, un programme de quelques millions de dollars par année peut ramener dans le droit chemin un organisme qui a un budget annuel de plus de 200 milliards de dollars. Faut le faire. Grâce à ce programme, on a pu forcer les gouvernements à construire des écoles pour les minorités, les obliger à offrir des services en français.

Pourquoi pensez-vous que ce programme a été aboli. Pour redonner la main haute au gouvernement. Ne soyez pas surpris que nos droits linguistiques se voient égratignés, ou pire, dans les années à venir.

Les acquis des citoyens se sont gagnés par des coups d’éclats, mais les pertes font suite à des petites incartades de plus en plus fréquentes, jusqu’au point de rendre caduques les gains antérieurs. Un droit, c’est comme un muscle, si vous ne l’exercez pas, il va s’atrophier. Le plus grand danger de la démocratie, ce sont les gens amorphes.

Il ne faut pas se leurrer, les gouvernements sont en général dans le même lit que les corporations. Faut-il s’étonner que les lois soient davantage biaisées en faveur des corporations que des employés. Avec la fermeture de grosses entreprises, plusieurs employés vont perdre leurs plans de pensions. Comment se fait-il que les gouvernements ne protègent pas les gens contre de telles possibilités ?

Autre preuve que les gouvernements ne travaillent pas vraiment pour les citoyens, l’absence de lois sur la parité salariale. Comment peut-on encore justifier une différence de salaire entre deux personnes qui font le même travail. Pourquoi une femme devrait-elle recevoir moins qu’un homme ? Je pourrais comprendre qu’un job qui demande l’usage d’un pénis donnerait un avantage marqué aux hommes mais combien de ces jobs existent au Nouveau-Brunswick ? Pourquoi un francophone devrait être payé moins qu’un anglophone ? Un noir moins qu’un blanc ? Pourquoi nos gouvernement tardent-ils à mettre de l’avant des lois sur la parité salariale ? Il ne faut pas déplaire aux bailleurs de fonds. Mais que voulez-vous, les partis politiques ont besoin d’argent.

Il y en a qui vendrait leur mère pour de l’argent. Sauf qu’avec l’abolition de l’esclavage, ça devient plus compliqué. Alors, on se contente de laisser ses concitoyens se faire abuser. Faut croire que c’est payant.

Encore combien d’années avant qu’on devienne une république de bananes ?

Bonne fin de semaine quand même et ne vous laissez pas trop abuser.

Julien Chiasson - Chronique du jeudi
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