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Les Philippines
Mise à jour le vendredi 15 février 2008
J’arrive tout juste de Manille, aux Philippines où j’ai voyagé pendant le Nouvel An Chinois. Je suis quelque peu dépassé par tous les évènements de mon voyage, éblouie par toutes les belles choses que j’ai vues. Maintenant revenu à Shanghai, je ne peux m’empêcher de penser à toute la diversité qui existe sur notre planète, parfois comme si nous ne partagions pas le même monde, un peu comme si nous vivions dans des univers parallèles qui se touchent et se mélangent, mais ne se ressemblent pas. Je pense que mon choc vient du fait que je viens de passer presque trois semaines dans la campagne asiatique. Pendant trois semaines, j’étais dans un monde de champs de riz, de forêts tropicales et de longues plages aux grands palmiers verdoyants. D’arriver à Shanghai tout à coup, avec ses gratte-ciels et ses banquiers, je vais avoir besoin de quelques jours pour me réadapter.
Je me rappelle d’un cours que j’avais suivi à Hong Kong. Le cours s’intitulait « Communication interculturelle ». Mon professeur, un Californien, parlait souvent du temps, comment différentes cultures percevaient le temps. Pour les occidentaux, la maxime « le temps c’est de l’argent » illustre bien la manière dont nous percevons le temps, c’est-à-dire comme une ressource peut être utilisée, afin d’en tirer le maximum de profit. Dans la campagne où je voyageais, le temps est beaucoup plus lent. Beaucoup de gens n’ont pas d’horloge, l’on se réveille avec le chant du coq et l’on se couche avec le soleil. On ne pense pas en trimestres, en semaines et minutes, mais bien en saisons, en récoltes et souvent en fêtes religieuses ! La grande différence est que les gens dans la campagne aux Philippines sont beaucoup plus près de la nature que les gens dans une grande ville comme Shanghai et cela influence toutes les facettes de leurs vies.
La Chine s’industrialise, le Canada est post-industriel et les Philippines sont en grande partie encore préindustrielles, mais les trois mondes se mélangent. Près de 10 % des Philippins vivent et travaillent à l’étranger ; pour un grand nombre de familles c’est la seule manière de survivre. Le salaire moyen aux Philippines est d’environ 10 $ par jour, les expatriés envoient près de 12 milliards de dollars par année aux Philippines, une aide indispensable pour des millions de personnes. Aux Philippines, ces travailleurs qui s’exilent pour travailler à l’étranger sont vus comme des héros qui se sacrifient pour donner une meilleure vie à leurs enfants. Du coup, je repense à mon premier appartement à Montréal, je vivais à Côtes-des-Neiges, quartier immigrant de l’ouest de la ville. Le concierge de l’appartement était Philippin, il s’appelait Phil, il travaillait aussi la nuit comme livreur de pizza, il avait toujours l’air fatigué, maintenant je comprends pourquoi il travaillait autant...
Pour les Philippins, tout comme les Chinois, le Canada est comme un ‘promised land’, un endroit où ils peuvent gagner de l’argent sans avoir à bafouer leurs droits et leur identité. Les journaux philippins faisaient souvent écho des misères de ces Philippins qui, partis à l’étranger pour travailler, n’ont trouvé qu’un employeur abusif. Pris à l’étranger, loin de leurs familles, que peuvent-ils faire dans un pays comme l’Arabie saoudite où ils sont considérés comme des criminels s’ils quittent leur poste ?
En Chine, les Philippins viennent travailler dans les usines, mais ils travaillent aussi dans les maisons des riches chinois de Hong Kong où ils s’occupent des enfants, de la cuisine et font le ménage. Les Hongkongais préfèrent les Philippins aux Chinois puisqu’ils parlent bien l’anglais et qu’ils peuvent l’enseigner aux enfants. Chaque dimanche après-midi quand leur employeur est à la maison, les travailleurs, pour la plupart des femmes, se rencontrent en-dessous des banques pour un grand pique-nique ; il n’est pas difficile d’apprécier l’ironie de la chose.
Les Chinois aux Philippines forment une sorte d’aristocratie économique, ils sont arrivés avec les Espagnols au 17e siècle. Certains d’entre eux étaient pirates, d’autres étaient hommes d’affaires, deux professions sans grand avenir en Chine durant cette époque puisque les empereurs chinois craignant les influences négatives des étrangers avaient essayé d’interdire le commerce extérieur. Les immigrants Chinois établirent des commerces dans la capitale, Manille ; ils furent rejointd par plusieurs vagues d’immigrations et devinrent de plus en plus prospères. L’un de mes amis est issus de la dernière de ces vagues d’immigrations, ses parents arrivèrent au pays en 1983 et ouvrirent une boîte d’import-export. Utilisant leurs contacts en Chine et profitant de la nouvelle ouverture économique de leur pays d’origine, ils s’enrichirent. Je suis demeuré chez-lui ma dernière soirée à Manille. Il est très riche, il a quatre voitures, une immense maison, une cuisinière travestie (les Philippins sont très ouverts aux travestis, tout comme les Thaïlandais), un chauffeur, une femme de ménage, etc.
Je pense que ce qui m’a le plus frappé aux Philippines est l’immense diversité qui existe, et ce, dans un seul pays. Le pays était originairement habité par les ancêtres des gens que l’on peut maintenant retrouver dans les îles du Pacifique, tels Fidji et Hawaï. Ceux-ci se mélangèrent avec deux grandes vagues d’immigrants en provenance de la Malaisie et de l’Indonésie. Le 17e siècle vit l’arrivée des Espagnols et des Chinois. Le pays fut une colonie espagnole jusqu’en 1898 quand, suite à la guerre Américano-espagnole, les colonies espagnoles de Cuba, de Porto Rico et des Philippines tombèrent sous tutelle américaine. Le pays fut envahi par les Japonais durant la Deuxième guerre mondiale pour être libéré par les forces du Général McCarthy, vrai héros national aux Philippines. Les Américains donnèrent l’indépendance aux Philippines en 1946.
Toutes ces cultures se sont mélangées pour former une sorte d’Amérique du Sud asiatique, c’est vraiment la meilleure manière que je peux trouver pour décrire le pays. L’influence américaine est très forte, la télévision, la musique, les films, la nourriture, tout à été au moins partiellement assimilé dans la culture philippine. Les langues sont tout aussi diverses, presque chaque île a sa propre langue et il y a plus de 7 000 îles. La langue la plus utilisée est le Tagalog, une sorte de Pidgin qui mélange l’anglais, l’espagnol et la langue originale de la région de Manille. Le pays est aussi le seul pays chrétien et catholique d’Asie, il existe aussi des minorités musulmanes et païennes.
Surtout, les Philippins sont accueillants, le climat y est doux et les paysages y sont extraordinaires. Je fais un peu d’annonces publicitaire, mais c’est vraiment un beau pays qu’il vaut la peine de visiter !
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