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Est-ce qu’il y a un politicien dans la salle ?
Mise à jour le mardi 07 octobre 2008
Malgré le fait que je suis attentivement toutes les élections des dernières années (et il y en a eu beaucoup!), je me sens toujours un peu déprimé à la fin de chaque campagne. Je suis toujours déçu, jamais comblé.

Ce n’est parce que je ne crois plus dans notre système électoral ou dans la démocratie. Ce n’est pas, non plus, parce que je n’aime pas mon pays. J’ai tout simplement l’impression qu’il y a un nivellement massif vers le bas dans la culture politique en Amérique du Nord.

Dans ses chroniques, Carol Doucet nous fait part de ses nombreuses frustrations, et j’avoue partager beaucoup de ses sentiments. Je ne peux, par contre, m’empêcher de commenter.

Lors des élections de 2004, plus de 20 groupes tentaient de convaincre les jeunes à se rendre aux urnes. Il était clair que les jeunes, il y a deux ans, sentaient qu’ils étaient sans voix et avaient l’impression d’être privés de leurs droits de représentation.

Cette année, il y a trois groupes seulement qui tentent d’encourager les jeunes à prendre part au processus électoral. À faire entendre leur voix. Pourquoi ? Parce que, selon un excellent reportage dans le Ottawa Citizen de samedi, les jeunes ne se sentent plus simplement sans voix, mais ils sont carrément apathiques.

Il faut dire que d’être jeune et apathique, c’est un récit classique. J’avoue. Sauf que, quand on prend connaissance des tendances qui sont à la base que cette apathie, on s’aperçoit que les jeunes ne sont pas indifférents envers le système, mais plutôt les acteurs.

Une jeune militante qui était membre fondatrice d’un mouvement de protestation aux élections de 2004 explique clairement la raison d’être de son groupe : « voting shouldn't be an exercise in plugging one's nose and voting for the least-repulsive candidate. » Elle compare l’expérience à celle d’un végétarien qui doit choisir entre du bœuf, de l’agneau, du poulet ou du poisson.

Les jeunes ne sont peut-être pas un baromètre parfait, et leur apathie ne présage pas un effondrement de notre système électoral. Il y a encore de bons politiciens et de bons candidats dans la course.

Les difficultés de recrutement de candidats, par contre, ont été bien documentées lors de la présente campagne et ne se limitent pas à un parti en particulier. Lors de la première semaine de la campagne, sept candidats ont été mis au rancart par leur parti respectif. Dans la plupart des cas, des déclarations inacceptables ou des dossiers criminels sont les raisons invoquées.

Comme je dois moi-même recruter des centaines de personnes par année dans le cadre de mon travail, je comprends très bien qu’il soit difficile de trouver 308 bons candidats, et ce, dans toutes les régions du pays. Le problème, par contre, ne s’explique pas simplement par la faiblesse des recruteurs.

Si les jeunes ne se ruent pas vers les urnes, les moins jeunes, eux, semblent lever le nez à l’idée de faire une carrière en politique. Certes, il y a des gens qui se présentent partout, mais, comme le démontre le nombre relativement élevé de candidats licenciés, ce ne sont pas toujours des gens exemplaires qui se présentent.

Depuis quelques années, lorsque qu’un nouveau gouvernement prend le pouvoir, il y a de plus en plus de commentaires sur le manque de candidats ministrables.

Même si ce nivellement vers le bas est déploré par beaucoup de politologues et autres commentateurs politiques, il y a des gens pour qui cette situation est une vraie bénédiction. Ici au Canada, on se moque ouvertement du côté « professeur » de Stéphane Dion et on déplore le fait qu’il est un intellectuel. De l’autre côté de la frontière, les Républicains misent sur le vote populiste en décrivant Obama comme un « élitiste ».

Pourtant, si on fait un bilan rapide et incomplet de certains grands politiciens du Canada, Trudeau, Lévesque, Pearson, Bouchard, Manning, Bourassa, Robichaud, on constate que ce sont des types très intelligents et très instruits. On peut bien être en accord ou en désaccord avec leur vision du monde, mais ils ont quand même passé de nombreuses années à s’instruire et à se façonner cette vision.

Est-ce que le climat politique actuel est en mesure d’attirer des jeunes de ce calibre ? Je le doute, mais je l’espère.

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