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Plagiat et arnaque politique.
Mise à jour le jeudi 02 octobre 2008
Vous avez sûrement entendu parler du plagiat qu’aurait fait un des scribes conservateurs mettant dans la bouche de son chef les paroles du Premier ministre australien John Howard avait prononcé deux jours auparavant. Cela s’est passé en 2003. Owen Lippert a accepté d’être le fall guy, le bouc émissaire de cet épisode.

Toutefois, il y a pire plagiat que celui-là : la nouvelle politique que Harper veut imposer aux jeunes contrevenants. Nous sommes en train de nous faire arnaquer. Cette approche nous vient tout droit des Etats-Unis. C’est on ne peut plus républicain comme façon de penser et d’agir. On se sert de techniques de peur et de soif de vengeance pour avancer cette politique.

Je dis que nous faisons face à une arnaque car la situation présente au Canada ne demande pas de tels gestes. Le taux de criminalité est en baisse depuis 20 ans. On doit faire quelque chose de bien, non ? Comparons avec nos voisins du sud, chez les américains. Plusieurs des états ont conservé la peine de mort et le taux d’emprisonnement est environ six fois supérieur au nôtre. Si la rhétorique conservatrice était vraie, l’effet dissuasif devrait être tel que le taux de criminalité devrait être bien plus bas chez nos voisins que chez-nous. Or, il n’en est rien. Leur taux de criminalité est supérieur et les gens se sentent moins en sécurité aux Etats-Unis qu’ici. Qu’est-ce qui ne va pas dans ce portrait ? C’est simple, la rhétorique est fausse.

Malgré que la rhétorique soit fausse, plusieurs la supportent. Pourquoi, parce qu’on est en train de jouer sur les sentiments humains : la peur et la vengeance. Il y a toujours eu des crimes – selon la Bible depuis la deuxième génération d’humains (notez que je ne compte pas le vol de pommes comme un crime majeur). Ça ne date pas d’hier et ça n’arrêtera pas demain, parce que les humains sont ce qu’ils sont : des animaux intelligents mais des animaux quand même, que ça vous plaise ou non. Collectivement, on essaie de se civiliser parce qu’un monde sans crimes est semble-t-il meilleur, sauf, peut-être, pour les politiciens.

Bien sûr, on dit que la vengeance est douce au cœur de l’indien et que c’est un plat qui se mange froid, mais vraiment tout le monde à un moment où un autre a eu un désir de vengeance. À la base, c’est un réflexe animal. Oui, je sais, vous aller me contrer en disant que dans la Bible, on y retrouve la loi du Talion : œil pour œil, dent pour dent. Mais ça, c’était dans l’Ancien Testament. Le Nouveau Testament est moins méchant. Et en plus, si on a inventé le système pénal, c’est pour enlever le système pourri de la Loi du Talion. Oui, pourri, car c’est un système qui génère la criminalité. Tu tues mon frère, je te tue. Ton frère se fâche et me tue. Mon frère est en maudit et tue ton frère. Ton cousin prend la relève et tue mon frère. Mon oncle s’en mêle et tue ton cousin. Ça ressemble à l’histoire des Hadfields et des McCoys. C’est une bonne chose qu’on s’est départi de cette Loi du Talion, on a cassé ce générateur de cercles vicieux.

Un autre bon coup qu’on a fait au Canada : enlever la peine capitale. Contrairement à ce que certains craignaient, le taux de criminalité n’a pas augmenté au pays pour autant.

Alors, qu’est-ce qui se passe ? Peine capitale et taux d’emprisonnement plus élevé aux Etats-Unis ; plus de peine capitale et taux d’emprisonnement plus faible au Canada : taux de criminalité plus élevé aux États qu’au Canada et sens de sécurité plus bas aux États qu’au Canada. Et on voudrait imiter les Etats-Unis ? Go figure comme dirait l’autre. Y a-t-il un agenda caché ? Je sais que l’emprisonnement est une grosse business au Texas. A very big business

Ce qu’on fait de bien au Canada, c’est le travail de prévention. Remarquez qu’il n’est pas toujours fait par les gouvernements. Il y a beaucoup de travail de la part de bénévoles. C’est de ce côté qu’il faut augmenter nos efforts si on veut vraiment réduire le taux de criminalité. Empêchez les gens de devenir des criminels est plus efficace et moins coûteux que d’envoyer des gens en prison.

On sait que deux des éléments déclencheurs de criminalités sont la pauvreté et la maladie mentale. Remarquez que ceci ne veut pas dire que 100% des personnes pauvres et que 100% des personnes atteintes de maladie mentale vont devenir des criminels. Mais quand on connaît ce qui peut causer les problèmes, on sait sur quoi travailler.

Comment on peut s’y prendre ? Il y a plusieurs volets. Alors, la solution est de travailler sur plusieurs fronts en même temps. Nos filets sociaux ne sont peut-être plus suffisants. On les a peut-être laissé se détériorer avec le temps. Par exemple, au Nouveau-Brunswick, le bien-être social pour un célibataire n’est que 23% du seuil de pauvreté. En général, au pays, le bien-être social est au-dessous du seuil de pauvreté et il y a peu de régimes de réinsertion au travail pour ces gens. Pareillement pour le salaire minimum, il n’atteint pas le seuil de pauvreté. C’est méchant à dire, mais si vous travaillez au salaire minimum actuel, vous êtes candidats et candidates à la pauvreté.

Quels sont les volets sur lesquels on peut travailler ? Premièrement, laisser plus d’argent aux bas salariés. Moins d’impôts et plus de crédits d’impôts remboursables. Les gens qui sont en dessous du seuil de pauvreté ne devraient pas payer d’impôt et on devrait leur rembourser l’équivalent des taxes qu’ils paient. Ne baisser pas les taxes, remboursez-les à ceux qui ont moins de moyens.

Deuxièmement, augmenter le salaire minimum pour qu’il reflète le vrai coût minimum de la vie. Si une personne au salaire minimum ne peut pas payer son loyer, sa bouffe, son habillement et son chauffage, il faut se poser des questions.

Troisièmement, améliorer le bien-être social en augmentant les montants et en ajoutant des services de réinsertion au travail. Les niveaux devraient être tels que les gens sur le bien-être ne s’appauvrissent pas davantage. Bien sûr, il s’en trouvera toujours quelques uns pour tricher le système, n’est-ce pas le cas avec les politiciens ? Devrait-on se débarrasser de tous les politiciens parce qu’il y en a quelques verreux dans le tas ?

Quatrièmement, aidons nos jeunes à passer au travers de l’adolescence. Il semblerait que la crise de croissance cause un débalancement chimique chez une proportion non négligeable des jeunes. Ce débalancement cause des changements de comportement, ce qui leur cause des troubles. Ils se sentent mal compris et cherchent du réconfort où et comment ils le peuvent : alcool, drogues, sectes religieuses, gangs de rue, même la politique. Il y a plusieurs programmes qui semblent donner des résultats mais ils manquent de ressources. Des programmes aussi simples que de leurs donner des activités positives. En fait, c’est le fait qu’il y a des gens qui care qui fait la différence. Trouvons donc les moyens d’aider les gens qui aident les jeunes à en faire davantage. Certains de ces programmes coûtent aussi peu que 30$ par jour par jeune ou environ 1000$ par an par jeune. C’est bien moins que les 86,000$ par an pour garder un prisonnier en geôle. Un vrai conservateur irait pour les programmes qui ont le meilleur rapport qualité/prix.

Je terminerai avec les campagnes d’alphabétisation. Il y a des gens qui sont stuck dans des jobs mal payés parce qu’ils sont fonctionnellement illettrés. Au Nouveau-Brunswick, on parle de plus de la moitié de la population adulte qui serait illettré. C’est un problème de société qu’on se doit de régler. Mais savez-vous que beaucoup des bénévoles qui travaillent à l’alphabétisation s’essoufflent par manque de support. Dans plusieurs cas, ils doivent faire des levées de fonds pour acheter du matériel de classe. Franchement, ça tient du ridicule. L’éducation d’un si grand nombre de personnes devrait relever du Ministère de l’éducation. Si l’autosuffisance passe par l’éducation, qu’est-ce qu’on attend ?

Bonne réflexion.

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