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Les élections canadiennes Un autre épisode des Bougons ?
Mise à jour le jeudi 16 octobre 2008
Les élections sont finies. Youpi ! Tcheu perte de temps. OK, le cynisme est au rendez-vous. Bracez-vous.
Question fondamentale : vous rappelez-vous pourquoi les élections ont été déclenchées ? Qu’est-ce qui était si important pour nous déranger de façon si cavalière. Ce n’est pas l’économie car la crise s’est déclarée après le déclenchement des élections. Ce n’était vraiment pas sur le radar politique au début septembre. Est-ce que c’était au sujet des jeunes contrevenants ? Voyons, déranger 23 millions d’électeurs pour mettre en place un mécanisme de vengeance ! Vous n’êtes pas sérieux. Pour avoir l’appui des électeurs pour couper 60 millions de dollars des Arts ? Vous rigolez, n’est-ce pas.
Déclaration qui m’a découragé : selon Bernard Lord, pendant la soirée électorale, le but de Stephen Harper en déclenchant des élections était de former un gouvernement minoritaire. Go figure. Qu’est-ce qu’il avait avant les élections ? Un gouvernement minoritaire. L’image que j’ai eu sur le coup, c’est celle d’un enfant gâté qui casse ses jouets et qui demande à ses parents de lui racheter les mêmes. Quel gaspillage ! Y avez-vous pensé, 290 millions de dollars pour remplacer un gouvernement minoritaire conservateur par un gouvernement minoritaire conservateur. On aurait pu faire beaucoup mieux avec cet argent.
Suggestion dégoutante entendue à plusieurs fois pendant la campagne électorale : il faut voter du côté du gouvernement pour gagner son vote. C’est quoi cette attitude ? Consultez le bottin téléphonique pour Gambler Anonymous, vous avez besoin d’aide avec les jeux de hasard. C’est pas une course de chevaux, c’est une élection, bon dieu.
C’est effrayable : le taux de participation est passé au dessous de la barre des 60%. On se comporte de plus en plus comme les américains qui voguent autour du 50%. Certains se posent des questions sur la crédibilité de nos élections. D’autres se demandent pourquoi 40% de l’électorat n’a pas voté. Moi, je revire la question de bord et je vous demande pourquoi 59.1% de l’électorat a pris la peine de voter. J’ai fait des petits calculs et j’en suis venu à la conclusion que 1.15 millions de votes ont été rejetés, carrément mis à la poubelle. Pourquoi se déplacer si son vote est considéré nul par le système.
Je sens de l’incrédulité chez-vous. Vous pensez que ça ne se peut pas que 1.15 millions des 13.8 millions de votes aient été déclarés nuls. Laissez-moi vous expliquer ma façon de voir les choses. Prenons une circonscription. Supposez qu’il y ait 50 000 votes mais que le candidat élu n’ait obtenu que 40% des votes, soit 20 000 votes. Par soustraction, vous voyez qu’il y a 30 000 personnes qui n’ont pas appuyé ce candidat. Notre système électoral agit comme si 10 001 de ces 30 000 votes ne comptent pas. Il y a 193 circonscriptions où le candidat élu n’a pas recueilli de majorité absolue. Dans deux tiers des circonscriptions, le député n’a pas l’appui de la majorité absolue de ses électeurs. Malgré cela, ces députés vont voter de façon contraire à la majorité de leurs électeurs. Pensez-vous que ce soit vraiment représentatif ?
Incrédulité chez moi : Stephen Harper veut gouverner comme s’il a la majorité. Avec 37.65% des voix exprimées, c’est environ 5.2 millions de votes que les Conservateurs ont reçus. Ceci ne représente que 22.2% des 23.4 millions d’électeurs qui avaient droit de vote. Bien sûr, les absents ont toujours tort. Mais parmi ceux qui ont exprimé leur vote, 62.35% n’ont pas appuyé les Conservateurs. Comment peut-il dire qu’il a l’appui de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes sans s’étouffer de rire ?
Notre système électoral n’est pas représentatif du vote. En se basant sur les pourcentages de votes exprimés, les conservateurs ne devraient avoir que 116 députés au lieu des 143 obtenus ; les libéraux en auraient eu 81 au lieu des 76 ; les néo-démocrates, 56 au lieu de 37 ; les bloquistes, 31 au lieu de 50 ; les verts, 21 au lieu de 0 ; les indépendants seraient encore 2 et un siège irait aux autres. Ce qu’il faut retenir de ceci, c’est que notre système exacerbe les différences. Les conservateurs ont 46.4% des sièges même s’ils n’ont que 37.65% des voix exprimées. À l’autre bout, les verts, malgré qu’ils ont 6.8% des voix, n’ont aucun siège. Le NPD, avec 18.2% des voix, n’a que 12% des sièges mais le Bloc avec 10% des voix ont obtenu 16.2% des sièges. Vous me direz que le Bloc n’étant présent qu’au Québec, il n’est pas surprenant que leur résultat ne s’explique pas par les résultats pancanadiens. Erreur, c’est encore pire si on tient compte de cela. Avec 38.1% du vote québécois, le Bloc a raflé 66.7% des sièges du Québec. Et vlan dans les dents !
Juste pour vous donner l’ampleur de ce débalancement, je vous donne les distributions par province pour le parti qui s’y est le plus démarqué. Terre-Neuve-et-Labrador : les libéraux ont 85.7% des sièges avec 46.6% des voix. Nouvelle-Écosse : les libéraux ont 45.5% des sièges avec 29.8% des voix. Nouveau-Brunswick : les conservateurs ont 60% des sièges avec 39.5% des voix. Ilde-du-prince-Édouard : les libéraux ont 75% des sièges avec 47.7% des voix. Québec : les bloquistes ont 66.7% des sièges avec 38.1% des voix. Ontario : les conservateurs ont 48.1% des sièges avec 39.2% des voix. Manitoba : les conservateurs ont 64.3% des sièges avec 48.8% des voix. Saskatchewan : les conservateurs ont 92.9% des sièges avec 53.7% des voix. Alberta : les conservateurs ont 96.4% des sièges avec 64.6% des voix. Colombie-britannique : les conservateurs ont 61.1% des sièges avec 44.4% des voix.
J’en arrive à la conclusion que notre système électoral souffre d’un déficit démocratique aigu. Notre système électoral est un système à la con qui ferait la joie des Bougons.
Et bonne session parlementaire.
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