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Compétition, travail et éducation en Chine
Mise à jour le vendredi 18 janvier 2008
Quand je suis revenu de la Chine pendant un mois cet été, beaucoup de gens me demandaient si les Chinois étaient très sérieux. La question me surprenait à chaque fois que je l’entendais. Après avoir vécu en Chine pendant maintenant plus d’un an et demi, l’image que je me fais des Chinois est celle des vieux retraités qui chantent de l’opéra dans la salle en-dessous de chez-moi, des amis avec qui je sors chanter au karaoké ou bien, les milliers de bicyclettes roulant en tout sens, sans jamais s’arrêter dans un immense ballet à la fois effrayant et époustouflant. Pourtant, le stéréotype du Chinois travaillant 14 heures par jour sans jamais s’arrêter semble persister. De plus, les Chinois représentent la communauté culturelle ayant le plus haut taux de réussite scolaire aux États-Unis (je ne connais pas les statistiques pour le Canada) et ils sont disproportionnément représenté dans le secteur de la haute technologie.
L’immigration est à mon avis l’un des aspects les plus intéressants de la société canadienne. Le Canada est reconnu à travers le monde comme un endroit où il fait bon vivre, les Chinois nous envient notre système de santé, nos grands espaces verts de même que nos institutions démocratiques et le respect des lois. Beaucoup de gens, s’ils en avaient l’opportunité aimeraient émigrer au Canada, du fait même, beaucoup de gens émigrent au Canada. Mais le système d’immigration canadien fait en sorte que pour la majorité des Chinois, la seule manière de devenir Canadien est d’être riche ou d’avoir un très bon diplôme en demande au Canada. Il est donc normal que les Chinois que nous rencontrons au Canada soient en général les plus disciplinés, les plus riches et généralement parlant, les mieux éduqués.
Il faut aussi dire que l’éducation en Chine a une longue et robuste tradition. L’histoire pédagogique de l’Occident commence à peu près au moment où Platon se promenait en robe à Athènes et que Pythagore dessinait pleins de petits triangles dans le sable, il y a de cela environ 2500 ans. À cette époque, les Chinois avaient déjà un système d’éducation fondé sur la pratique des ‘‘Six Arts’’ (connaissance des rites publics et privés, musique, tir à l’arc, équitation, histoire et mathématiques) depuis près de mille ans.
Quand Confucius fît sont apparition au 6e siècle av. J.-C., les états qui se disputaient alors la Chine employaient tous des érudits qui allaient d’État en État, offrant leurs services au plus offrants. Quand en 200 av. J.-C., la Chine fut pour la première fois unifiée sous un seul et unique empereur, l’empereur Qin Shihua, le gouvernement central créa un système où les fonctionnaires du gouvernement étaient choisis à l’aide d’un examen rigoureux. Cet examen était basé sur les enseignements de Confucius, et plus tard sur les cinq livres classiques de la philosophie chinoise. Ce système très strict ne laissait aucune place à la créativité et mettait l’emphase sur la mémorisation et l’interprétation des textes Confucéens. Il avait aussi le défaut de n’éduquer qu’une minorité d’administrateurs, tandis que la grande majorité des Chinois ne pouvaient ni lire ni écrire.
Le système resta pratiquement inchangé jusqu’à la défaite chinoise aux mains des Anglais (encore ceux là) durant la guerre de l’opium en 1849. Jusqu’à ce moment, les Chinois se considéraient supérieur à tous les étrangers qu’ils surnommaient « les barbares». La défaite de 1849 les força à reconsidérer leurs idées préconçues et à remodeler leur système d’éducation afin d’y inclure plus de matériel technique tels que les sciences et l’ingénierie. Beaucoup de textes furent traduits à cette époque, mais les changements étaient trop lent, surtout, ils ne purent empêcher la révolution de 1911 qui démantela le pouvoir des empereurs et vint à bout de l’ancien système d’examen.
Le début du 20e siècle en Chine peut être décrit comme une succession de guerres, parfois étrangères, parfois civiles, mais toujours sanglantes. Le pays dans un effort visant à moderniser l’éducation se tourna d’abord vers un système mélangeant les caractéristiques chinoises, telle la récitation des classiques, avec les enseignements techniques de l’Occident. Beaucoup d’intellectuels étudièrent au Japon durant cette époque, et c’est de là d’ailleurs que s’organisèrent plusieurs des actions révolutionnaires du début du siècle. Les Chinois admiraient les Japonais puisque ceux-ci avaient réussi à moderniser leur pays et surtout leur armée en moins de cinquante ans. Il est dommage que les Japonais aient utilisé leurs nouveaux pouvoirs pour envahir leurs voisins.
La venue des Communistes au pouvoir en 1949 marqua un tournant pour le peuple Chinois. Il est estimé qu’en 1949, 80% de la population était illettrée, en 1993, la proportion de personnes illettrées était de 7% ! Ce succès spectaculaire est en grande partie due à la collectivisation des fermes et aux efforts déployés par le Parti Communiste Chinois visant à envoyer tout les enfants à l’école primaire (à l’époque il était important de savoir lire afin d’étudier le petit livre rouge de Mao Zedong). La révolution culturelle ferma beaucoup d’universités pendant quelques années. Les universités et écoles qui restèrent ouvertes valorisaient davantage la ferveur révolutionnaire que l’excellence scolaire et beaucoup de gens maintenant dans la cinquantaine, n’eurent pas accès à l’université. Je donne comme exemple ma professeure de lecture qui a attendu près de 10 ans avant de pouvoir s’inscrire à l’université à l’âge de 30 ans.
Depuis les réformes de Deng Xiaoping en 1979, de plus en plus d’étudiants ont accès à l’université, mais certains des progrès qui avaient été fait en alphabétisation prennent maintenant du recul dans les régions rurales puisqu’il est plus profitable pour les parents de faire travailler les enfants que de les envoyer à l’école. Le système scolaire est différent du nôtre, les écoles secondaires ont souvent comme rôle de préparer les étudiants pour le test d’entrée à l’université, le « Gao Kao ». Les universités choisissent les étudiants en se basant presque uniquement sur les résultats de ce test. Les étudiants qui accèdent aux meilleures universités sont pratiquement assurés d’avoir une meilleure vie que ceux et celles qui ne peuvent pas bien se classer. Le « Gao Kao » est pour beaucoup d’étudiants le moment le plus important de leur vie. Beaucoup d’étudiants n’arrivent pas à gérer leur stress et il est fréquent d’entendre des histoires de suicide d’un étudiant qui se préparait pour l’examen. Les étudiants qui y survivent (une majorité) gardent pour la plupart un mauvais souvenir de l’examen. Je me souviens notamment de mon ancien co-chambreur à Hong Kong qui n’avait pas bien réussi le test et qui était convaincu que cela allait ruiner sa vie.
L’université que je fréquente est la deuxième meilleure école d’ingénierie au pays. Les étudiants ici sont tous beaucoup plus intelligent que moi. Chaque année, près de neuf millions de jeunes adolescents prennent le « Gao Kao », il n’existe cependant qu’environ 1.8 million de places dans les universités et collèges du pays. La compétition est encore plus féroce pour rentrer dans les meilleures écoles du pays. Les cinq meilleures universités du pays n’acceptent qu’environ 40 000 étudiants par année, soit 0.00044% des étudiants. Ce sont les étudiants de ces universités d’élites qui ont la chance d’immigrer au Canada, la grande majorité des Chinois normaux n’auront jamais la chance de mettre le pied à l’extérieur du pays. De quoi expliquer pourquoi les Chinois de chez-nous ont une bonne réputation.
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