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Errances, vagabondage et rencontres insolites 62
Plaisirs d’hiver
Mise à jour le jeudi 10 janvier 2008
Un lendemain de tempête – un ciel bleu, une neige invitante, un paysage somptueux – que de la beauté partout ! On enfile nos raquettes et de notre seuil, on file vers le petit boisé derrière la maison. C’est une neige folle dans laquelle on s’enfonce mais dont on sort prestement. Du petit boisé, on traverse une rue tranquille pour prendre ensuite le sentier du verger. J’aime ces vieux pommiers qui longent la piste enneigée – leur tronc tortueux, leurs branches noueuses couvertes de mousses et de lichen et qui, malgré la saison et leur état débilitant sont encore porteurs de pommes ridées. Un jaseur boréal s’acharne de son bec sur une belle pomme encore ferme. Soudain la pomme se détache, tombe et s’enfonce dans la neige. L’oiseau éberlué reprend ses mouvements de bec mais doit se rendre à l’évidence – la pomme n’est plus. Dépité, il s’envole et rejoint une bande de copains dans les hautes branches d’un peuplier. On les observe un temps puis on poursuit notre randonnée. On s’engage un peu plus en profondeur dans le sentier. A certains endroits, les arbres couverts de neige rejoignent leurs branches lourdes au dessus de la piste comme pour créer un passage – on dirait un décor de cinéma – presque irréel, trop beau pour être vrai ! On décide de quitter le sentier et de tenter notre chance hors piste. De toute évidence, nous ne sommes pas les premiers et nos prédécesseurs ont laissé leurs traces dans la neige telle une signature – celle de lièvres, d’écureuils, de souris. J’aime les imaginer ces petits compagnons de route bien à l’abri, enfouis sous un monticule de neige pendant la tempête puis dès le calme revenu courant tout partout à la recherche du moindre grain de nourriture. Malgré toutes nos tentatives pour les apercevoir, seules leurs pistes témoignent de leur passage. Nous n’avons jamais réussi à nous fondre complètement dans le paysage et être des promeneurs silencieux au point de faire partie de la forêt. Notre passage est probablement pressenti comme une invasion et chacun se blottit là où il peut jusqu’à ce que la voie soit libre à nouveau.

Nous devons bifurquer pour nous faufiler entre les amas d’aulnes, nous pencher pour éviter les branches basses des épinettes et des sapins et parfois faire demi-tour devant une masse d’arbres trop épaisse pour être franchie. A faire tous ces mouvements, on est vite en sueur et pour reprendre notre souffle, on s’assoit sur un tronc d’arbre écroulé duquel on enlève la neige de quelques coups de mitaine. Ce sont ces moments que je savoure le plus lors de randonnée en plein cœur de la forêt – peut-être les moments où j’ai quelque peu la sensation de faire partie de la nature. Dès qu’on cesse tout bruit et tout mouvement, on devient plus ouverts aux bruits et aux mouvements autour de nous – la plainte lugubre provoquée par le frottement de deux arbres dans le vent, le passage criard de deux corneilles, le son étouffé produit par la chute d’une couche de neige qui se détache d’une branche pour s’étaler sur le sol. Le fait de s’arrêter à un endroit nous permet également de voir ce qu’on ne peut percevoir aussi bien quand on est en mouvement – des polypores allant de minuscules à énormes sur le tronc d’un bouleau tout près de nous, des feuilles sèches prenant une teinte dorée en plein soleil, des vestiges de plantes rabougries, le mouvement perpétuel des mésanges à tête noire et surtout les différentes nuances de blanc bleuté ou grisâtre que prend la neige sous les jeux d’ombre et de lumière. Jamais je ne me lasserai du spectacle de la forêt en toutes saisons.

Tout désorientés que nous sommes, on se retrouve sans s’y attendre à l’orée de la forêt qui donne sur le champ de notre voisin fermier. Comme à chaque fois, je suis étonnée de voir à quel point les assauts conjugués de la neige et du vent peuvent transformer un paysage… la clôture de fer barbelé qui encercle le pré des vaches a complètement disparu, la grange effondrée est à peine perceptible, le sentier en pente où on est souvent surpris par l’envol des perdrix se perd dans la blancheur uniforme – tous les repères habituels sont effacés par la neige…

Près de deux heures plus tard, nous reprenons le chemin de la maison. Vive les tempêtes et vive l’hiver !

Documents

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