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Chronique de Chine Choc culturel
Mise à jour le samedi 09 juin 2007
La chose la plus difficile à faire en abordant un pays étranger est de se défaire de ses propres préjugés et d’accepter que les spécificités des autres ne sont pas des défauts mais tout simplement des différences. Pour faire cela, il est important d’essayer de comprendre la raison d’être de ces différences.
La plupart des gens qui arrivent dans un nouveau pays passent à travers un choc culturel. Un choc culturel est une période d’adaptation à un nouvel environnement. Quelqu’un qui passe à travers un choc culturel aura des hauts et des bas, il ira bien un jour tandis qu’il sera démoralisé le lendemain. Si on fait un dessin, ça ressemble à une vague. Nous n’avons pas besoin d’aller très loin pour vivre un choc culturel, quelqu’un qui déménage de Caraquet pour aller vivre à Moncton peut vivre un choc culturel puisque le style de vie est différent. Bien sûr, plus les différences culturelles sont grandes, plus le choc sera intense.
Il existe d’après moi deux manières de passer à travers un choc culturel : la première est de s’assimiler, vivre comme les gens du pays, en essayant d’adapter les coutumes locales à ses propres besoins. La deuxième est d’essayer de retrouver ce à quoi l’on est habitué. Bien sûr avec le temps l’on peut s’habituer à presque tout, mais pour certaines personnes s’adapter peut prendre plusieurs années.
À Shanghai, il est possible de vivre entre deux cultures. Je peux ne côtoyer que des étrangers, sortir dans les bars, parler en anglais et regarder de loin les Chinois vivre leur vie. Mais je peux aussi vivre dans un environnement chinois, manger des nouilles pour déjeuner, boire du thé et regarder des téléromans au sujet de la révolution communiste. Pourtant, ces deux mondes ne se mélangent pas aussi facilement que l’on pourrait le penser. Je pense que la situation est similaire à celle d’autres grandes villes comme Toronto ou Montréal où les différentes communautés culturelles vivent l’une à côté de l’autre et non l’une avec l’autre. Beaucoup de gens n’arrivent tout simplement pas à croiser le pont qui relie les deux cultures. Ils préfèrent ainsi vivre leurs vies isolés dans un pays étranger sans participer à la vie commune des autres habitants de la communauté.
La Chine, comme le Canada d’ailleurs, se dit multiethnique. En fait, le pays est à 94 % Hans ou plus simplement Chinois. Le reste de la population est composée de peuples minoritaires tels les Tibétains, les Mongols et les Musulmans du nord-est. Ces peuples sont ce qui reste des anciens ennemis de la Chine. Pendant des millénaires, Chinois et peuples voisins du nord et de l’ouest se sont livré bataille. Bien que la République populaire de Chine ait maintenant assimilé les territoires de ses anciens ennemis, ce sont souvent les étrangers qui ont dominé la Chine.
Le premier étranger à conquérir la Chine en entier fût le fameux guerrier Mongol Gengis Khan au 13e siècle. Pendant plus de cent ans, ses descendants furent empereurs d’une Chine subjuguée. Malheureusement pour les Mongols, leur talent résidait plus du côté conquête et massacre sanglant que du côté administration d’un empire. Ils furent vite remplacés par une nouvelle dynastie chinoise, la dynastie des Mings. Mais les Mongols laissèrent une marque indéniable dans la psyché chinoise. L’empire chinois pendant des centaines d’années avait toujours perçu les peuples de son entourage comme des peuples inférieurs et le fait d’avoir été conquis par l’un de ces peuples barbares était une humiliation inacceptable.
Au 17e siècle, un autre peuple du nord, les Manchus, réussirent à prendre le contrôle du pays en formant la dernière dynastie chinoise, la dynastie des Qing. Ceux-ci réussirent à se maintenir au pouvoir jusqu’en 1911. C’est durant cette période qu’arrivèrent les Européens, attirés surtout par la quête du profit. Ces derniers prirent lentement emprise sur le pays. Les premiers échanges avec les Européens ne furent pas néfastes pour la Chine, par exemple, les missionnaires jésuites traduisirent plusieurs textes scientifiques.
Les échanges commerciaux entre Européens et Chinois se faisaient surtout au port de Guangzhou dans le sud du pays. C’est là que les Anglais ont introduit l’opium à la Chine. La drogue fît un ravage parmi la population chinoise. L’opium devint la cause principale des deux guerres de l’opium. Ces deux guerres furent perdues par la Chine et c’est à la suite de celles-ci que Hong Kong devint anglaise et qu’une dizaine de ports, incluant ceux de Shanghai et Tianjin (Tianjin est une grande ville située près de Beijing), furent ouvert aux marchands internationaux. Les traités signés à la suite des deux guerres de l’opium étaient humiliants pour la Chine. Une autre humiliation à la main des étrangers fût la perte de la Manchourie aux Japonais en 1931, suivi de la Deuxième guerre mondiale, époque durant laquelle les Japonais commirent une série d’atrocités dont les Chinois se souviennent encore.
Certains voient la révolution communiste en Chine comme une révolution anti-impérialiste. Il est vrai qu’au moment de la prise du pouvoir par les communistes en 1949, l’Angleterre, la France, les États-Unis et le Japon contrôlaient une grande partie de la capacité industrielle et commerciale du pays. La révolution redonna la Chine aux Chinois. La révolution communiste a aussi été une opportunité pour les Chinois de prendre des idées occidentales et de les orientaliser.
Dû à son immensité et à sa longue histoire, la Chine a souvent tendance à internaliser ses problèmes. Chine, en chinois, se dit Empire du milieu. Ceci met en relief le fait que pendant des milliers d’années le peuple chinois était convaincu que la Chine était le centre du monde. Pendant longtemps, convaincus de leur suprématie, ce n’est que dans les derniers cent ans que les Chinois ont accepté certains concepts étrangers. La Chine a maintenant accepté le reste de la planète, bien que certains problèmes de tolérance et d’intégration sociale existent encore. Les Chinois sont conscients de vivre dans un monde de différence.
Mais je me demande si le monde est prêt à accepter la Chine. Notre société occidentale est tellement habituée à sa supériorité politique, militaire et économique que la venue d’un nouveau joueur de la grosseur de la Chine ne peut que nous effrayer. En fait, je suis de l’opinion que notre tour est maintenant venu de regarder au-delà de nos frontières et de voir ce que la Chine peut nous apprendre. Avec le temps, nous surmonterons bien notre choc culturel.
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