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Faut-il avoir peur de la Chine ?
Mise à jour le samedi 30 juin 2007
J’ai un ami français qui m’a donné une série d’articles de journaux au sujet de la Chine. En les regardant j’ai remarqué que tous les journaux disaient la même chose, et en fait, cela je le savais déjà. Mais j’ai aussi remarqué que certains des articles avaient des penchants apocalyptiques. Ces articles prédisent de grandes catastrophes écologiques, des révoltes paysannes contre le parti communiste et des guerres à venir entre les États-Unis et la Chine. Il est intéressant et important de parler de ces choses, car il faut les comprendre pour les éviter. Mais j’ai parfois l’impression que les médias, à la recherche de lecteurs, de scoops et de scandales, peuvent perdre de vue la réalité humaine des choses, car il est souvent facile de le faire. La Chine est devenue le sujet de tellement d’attention étant donné son développement économique ultrarapide. Dans les villes que j’ai visitées, les signes de croissance économique sont omniprésents. À Shanghai, les parcs industriels s’étendent sur des kilomètres et les immeubles à moitié construits parsèment le ciel au-dessus de nos têtes. Dans la province de Guangdong, en bordure de l’ultra moderne Hong Kong, tellement d’usines ont été construites qu’il manque maintenant de main d’oeuvre et de terrains. La croissance rapide est nourrie au charbon, environ 16 des 20 villes les plus polluées au monde se retrouvent en Chine. Les histoires sur les mineurs, les paysans et les travailleurs d’usines que j’entends me font penser aux récits d’Émile Zola qui écrivait au sujet de la révolution industrielle en France. Quand je me compare aux mineurs qui passent leurs journées au fond d’un trou à espérer que le coup de grisou ne leur raccourcira pas la vie, je me dis que la vie est bonne et j’essaie de ne pas me plaindre. C’est l’environnement qui paye le prix de la croissance trop rapide. Les médias font régulièrement référence à des déversements de produits chimiques ou d’accidents industriels quelconques qui aboutissent dans les lacs et les rivières du pays. Combiné à la surpopulation et à la désertification dans le nord, la contamination des sources d’eau potables est en train d’exacerber la population du nord de la Chine, et ce, depuis des centaines d’années. Tout cela, sans parler de la qualité de l’air et des problèmes de santé publique. Le gouvernement aussi fait peur, dirigeant de manière autocratique, parfois sans tenir compte des besoins de sa population. Il s’en prend régulièrement à ceux, parmi les journalistes et les bloggeurs qui osent la critique. Les droits de l’homme, auxquels nous accordons tellement d’importance, sont parfois mis de côté en faveur d’une justice expéditive, parfois quasi secrète, mais toujours certaine de servir ceux et celles qui contrôlent le pays. La corruption semble être la règle plutôt que l’exception et tout projet d’envergure a obligatoirement sa petite enveloppe jaune.

Pire encore, le budget militaire double régulièrement. Les militaires viennent, il y a de cela deux ou trois mois, de faire exploser un satellite. Le gouvernement propage encore une rhétorique nationaliste qui fait penser à certains des gouvernements les moins aimés du 20e siècle. De plus, la Chine tient inexorablement la ligne dure sur Taïwan en refusant tout compromis avec les indépendantistes.

De quoi nous faire réfléchir, mais devrions nous avoir peur de la Chine? J’ai l’impression que nous sommes en sûreté au Canada. En fait, le Canada et le monde peut bénéficier d’une Chine qui grandit et évolue. Le Canada est après tout un grand exportateur de matières premières. L’économie chinoise avec son rythme de croissance surnaturel fait augmenter les prix de ces dernières, permettant ainsi aux mines de Bathurst ou de Sydney en Nouvelle-Écosse de rester ouvertes et de garder leurs employés au travail. Nous avons perdu des emplois dans les usines de bas et de camisoles qui existaient autrefois dans les quartiers de Saint-Henri ou du Centre-Sud de Montréal, mais ces emplois on été remplacé par des emplois plus rémunérateurs dans les bureaux d’import-export de Bay Street à Toronto. En fait, la Chine a plus de raisons de craindre le Canada que nous en avons de craindre la Chine. La Chine, est un pays en voie de développement, plusieurs des maux qui peuvent nous faire peur, que nous craignons, sont en fait des maux qui existent un peu partout dans les pays en voie de développement. La Chine s’industrialise, se modernise et s’introduit au sein de la communauté internationale. Elle dépend présentement des capitaux étrangers et de la prospérité des occidentaux pour financer sa croissance. Un désistement des étrangers pourrait freiner la croissance du pays et déstabiliser le pays, de quoi mettre 1.3 milliards de personnes en péril.

Il existe en fait un précédent à la croissance rapide de la Chine. Le Japon des années soixante ou quatre-vingt était lui aussi le sujet des préoccupations de la communauté internationale. Tout comme la Chine, le pays subissait lui aussi d’intenses pressions environnementales, économiques et sociales. Le japon est maintenant reconnu comme un pays où il fait bon vivre, l’environnement est probablement mieux protégé qu’au Canada et le pays, complètement détruit à la fin de la deuxième guerre mondiale, est maintenant la deuxième plus grosse économie au monde. Je vis dans une banlieue de Shanghai et je dois voyager en autobus environ deux heures par jour. D’un côté je me considère chanceux, puisque c’est à ce moment que je deviens l’objet de la curiosité des Chinois envers tout se qui est étranger. Les étudiants avec qui je parle à chaque jour ont tous des rêves. Certains veulent devenir riches, certains veulent voyager un peu partout à travers le monde, d’autres veulent tout simplement se marier et fonder une famille. Pour réaliser leurs rêves les jeunes chinois ont besoin d’une économie qui continue de grandir et d’un pays stable. Les Chinois sont des gens comme nous et ils désirent la paix et la prospérité autant que le reste de la planète. J’ai eu la chance cette semaine de rencontrer dans mon autobus un jeune homme d’environ 24 ans, étudiant à la maîtrise et membre du parti communiste. Nous parlons un peu de la Chine, du Canada, et nous parlons un peu de politique. La politique est un sujet quelque peu tabou en Chine, les gens ont appris à écouter plutôt qu’à parler. Je ne suis pas du genre à me mordre la langue et j’explique à mon jeune ami le système politique canadien, le parlement, l’opposition etc. Mon ami, après avoir écouté patiemment me dit : « En Chine il n’y a qu’un parti et l’opposition n’est pas toléré ». Avec tout l’enthousiasme d’un jeune démocrate remplie d’illusions, je lui réponds qu’au Canada, le travail de l’opposition est de critiquer le gouvernement. Il ne dit rien pour un moment pour enfin s’exclamer « vous êtes chanceux d’avoir tellement de liberté, la Chine a encore beaucoup de problèmes, mais nous nous développons ». Je pense que cette conversation, je pourrais l’avoir avec des millions d’autres étudiants chinois et l’espoir que j’ai entrevu chez ce jeune homme serait le même pour tous.

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