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Chronique de Chine
Propagande et démocratie
Mise à jour le samedi 23 juin 2007
Une histoire horrible est apparue récemment dans les médias chinois et internationaux. Celle-ci révélait qu’un grand nombre d’enfants du centre de la Chine travaillaient en esclavage forcé dans une manufacture de briques de la province de Shanxi, au nord-est de la Chine. Leurs parents, après avoir essayé de les sauver, sont allés voir la police mais elle s’est révélé être de connivence avec les propriétaires de la manufacture et a refusé de les aider. C’est avec désespérance que les parents firent circuler une lettre ouverte sur Internet demandant l’intervention de Beijing. La lettre fut diffusée rapidement à travers la communauté Internet chinoise pour enfin amener le gouvernement central à intervenir dans l’affaire afin de libérer les enfants et emprisonner les personnes responsables de ces crimes.

Cette histoire en révèle beaucoup sur la qualité ou plutôt le manque d’éthique de la force policière chinoise. Mais l’histoire en dit aussi beaucoup sur l’évolution des médias au pays. La Chine, comme tout bon pays communiste, contrôle et censure encore tous les médias du pays. Afin d’atteindre cette fin, le gouvernement utilise une série de méthodes telles que la propagande, la prison et un immense filtre Internet qui empêche la population de lire ou d’écouter certains articles, films ou autres jugés politiquement inappropriés par les censeurs. Les censeurs s’attaquent aussi à la pornographie, jugée dégradante pour les femmes. Ainsi, certains sites Internet, tels que la BBC, Wikipédia, les sites pornographiques et certains articles au sujet du Tibet ou de Taiwan sont inaccessibles en Chine.

Cependant, il ne faut pas penser que le pays vit encore dans les années soixante et que la seule chose que nous pouvons voir à la télévision et lire dans les magazines sont des documentaires sur la bonté et l’intelligence de Mao ou de l’actuel président Hu Jintao. Non, la Chine a évolué et les censeurs et propagandistes aussi. En réalité, je suis surpris du fait que je n’aperçoive que rarement la main du censeur. Bien que le pays soit encore loin d’avoir une presse libre et de respecter la liberté de presse, un début de critique et d’ouverture peut parfois être aperçu dans les médias chinois. En particulier sur le web où la facilité de créer un site Internet et de publier un blog rend la tâche des censeurs particulièrement difficile. Le web est aussi un médium particulier puisqu’il donne à chaque usager la possibilité d’exprimer publiquement et anonymement des opinions politiques, quelque chose d’absolument révolutionnaire.

La critique politique chinoise est cependant bien différente des politiques confrontationnelles auxquelles nous sommes habituées. J’écoute souvent une émission diffusée sur le poste anglophone du gouvernement chinois appelée Hard Talk. Dans cette émission, un journaliste chinois, sûrement un membre du parti communiste, discute d’actualité avec des professeurs, diplomates et hommes d’affaires. Bien que ces derniers soient souvent des alliers ou membres du gouvernement, des figures moins complaisantes sont souvent invitées à l’émission. Je me souviens en particulier d’une émission qui avait comme invité un professeur d’une université américaine. Ce dernier était un expert au sujet de la Chine et je me souviens très bien de sa manière de critiquer le gouvernement chinois puisqu’au lieu de critiquer les politiques gouvernementales ouvertement, il suggérait des façons de faire. Ainsi, au lieu de dire, comme nous le ferions, « le gouvernement ne fait pas bien sont travail, je ne suis pas d’accord avec sa manière de faire, etc. » il disait plutôt « la Chine a beaucoup de problèmes et l’une des manières de régler ces problèmes serait de.... ». J’ai depuis ce temps revu d’autres critiques formulées de la même manière par une multitude de gens, un peu partout dans les médias chinois.

À vrai dire, cela me fascine et je trouve le concept de la critique constructive absolument génial et approprié à la Chine. Je suis de l’opinion que les médias nord-américains ou européens ne seraient pas culturellement appropriés à la Chine. La philosophie politique chinoise a deux grands piliers, le confucianisme et le communisme. Les deux semblent préférer l’harmonie à la discorde et l’unanimité à la division. Il n’est donc pas surprenant que la dissension et la critique ouverte ne soit pas l’un des points forts des administrations chinoises. En fait, il existe une ligne invisible, ceux qui le veulent, peuvent s’exprimer ouvertement mais ils ne doivent pas traverser la ligne ; ceux qui la traversent, se retrouvent vite en prison.

Pourtant, de plus en plus de questions politiques sont débattues sur Internet et même dans les autres médias. La population est de plus en plus éduquée, et les idées de liberté et de démocratie s’infiltrent rapidement dans l’univers politique. Mais ces idées ne peuvent pas être imposées de l’extérieur. Si ces idéaux auxquels le Canada est compromis doivent se propager en Chine, ils ne se transmettront pas en forçant les Chinois de les accepter.

L’année dernière, Stephen Harper a ouvertement critiqué le gouvernement chinois lors d’une conférence de presse. Il n’avait vraiment pas procédé selon les modalités de l’éthique chinoise, et le gouvernement chinois à vite réagi en annulant une rencontre entre notre premier ministre et le président chinois. J’ai l’impression que le message qu’il voulait communiquer aurait mieux été compris si le sujet avait été abordé d’une manière plus discrète. La dernière chose à laquelle le gouvernement chinois réagira sera de se faire dicter quoi faire par le gouvernement canadien. Le Canada est déjà admiré pour sa qualité de vie et pour les libertés et les droits fondamentaux garantis dans la constitution. Notre gouvernement aura plus d’impact en préservant les droits des canadiens afin de servir d’exemple à la Chine qui se développe.

En Acadie, du côté des médias écrits, à l’exception de L’Acadie Nouvelle, la majorité des médias sont contrôlés par l’empire Irving. Cette lacune se fait régulièrement voir, notamment lors du débat au sujet de la coupe des arbres sur les terres de la couronne. Nos médias télévisés ne sont pas beaucoup mieux. Au Canada, cinq compagnies contrôlent la majorité des postes télévisés et Radio-Canada ne semble exister que pour voir son budget se faire réduire. Le Canada est aussi en proie à la censure et à la propagande ; nous devons protéger nos acquis afin de servir d’exemple mais aussi, afin de laisser un monde meilleur à la prochaine génération.

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