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Chronique de Chine La Chine communiste ?
Mise à jour le samedi 16 juin 2007
J’ai été magasiné en fin de semaine. Au Canada j’ai l’habitude de fréquenter les friperies et les petites boutiques qui se trouvent sur mon chemin. Malheureusement pour moi, les petites boutiques qui parsèment Shanghaï ont vraisemblablement décidé d’ignorer le marché lucratif des expatriés et ne stockent que la taille « trop petit ». J’ai donc dû me rabattre, avec un peu d’appréhension, je l’admets, sur les magasins du centre-ville.
Comme vous l’avez sûrement remarqué, la Chine produit maintenant une grande partie de ce que nous achetons. Les usines de Shanghaï et de la province de Guangdong dans le sud produisent de tout, des vêtements aux ordinateurs en passant par le toaster. Pourtant, les Chinois, quand on les compare aux habitants des pays industrialisés et même aux habitants de pays en phase de développement similaire, tels que l’Inde, consomment peu. Les économistes et autres experts de ce genre de question, attribuent ceci au fait que les Chinois, contrairement aux Nord-américains, préfèrent épargner. Le haut taux d’épargne peut aussi être expliqué par la mauvaise qualité des services publics, tels que les services de santé et l’éducation. Tout ceci ayant comme conséquence que les gens d’ici utilisent une grande partie de leurs salaires afin de se protéger en cas d’accident ou pour éduquer leurs enfants. Le haut taux d’épargne est aussi l’une des raisons avancées pour expliquer l’énorme surplus commercial qui existe entre la Chine et les États-Unis.
Mais les choses changent vite en Chine, très vite. De plus en plus de gens ont les moyens de s’acheter des cinémas maison, voitures et sacoches Gucci, pour ne nommer que certains des produits nécessaires au bonheur et à la satisfaction matériels. C’est donc accompagné de ces milliers de nouveaux consommateurs que j’ai été me balader au coeur de Shanghai à la recherche du pantalon parfait.
En fait, Shanghai à la prétention d’être une sorte de « Mecque » du magasinage. On peut retrouver de tout, des marques haute gamme à leurs copies, des produits de très bonne qualité à ceux de qualité, disons questionnable. La ville est parsemée de centres commerciaux de toute sorte, mais les centres commerciaux du centre de la ville sont généralement plus exclusifs que ceux de la périphérie. La grande avenue commerciale, Nanjing lu, est interdite au trafic motorisé à l’exception de petit trains qui transportent consommateurs et touristes jusqu’au bas de la rue d’où l’on peut voir la rivière et les vielles banques coloniales. Les magasins étrangers se mélangent aux marques Chinoises et aux restaurants d’un peu partout, pour former une allée commerciale digne du centre Champlain de Moncton.
Pourtant, la Chine est encore officiellement un pays Communiste, et le capitalisme qui souffle à travers le pays depuis une trentaine d’année est paradoxal. Le pays se dit encore socialiste et la propagande officielle déclame encore les slogans d’une idéologie dépassée qui ne correspond plus à la réalité. Le pays est, depuis les années quatre-vingt de plus en plus capitaliste. Certaines structures communistes, telles que les compagnies gouvernementales existent encore, mais plusieurs d’entre elles sont en phase de privatisation. En fait, le communisme n’est qu’un prétexte, une raison pour expliquer le manque de réforme politique. La vérité est que la Chine est gouvernée en dictature. La police arrête encore les opposants politiques, le gouvernement contrôle encore les médias.
Mais la Chine est un pays énorme et l’élite politique ne peut pas gouverner sans le support de la population. À la suite de la débâcle de la révolution culturelle de 67 à 77, l’économie collectiviste, instaurée au milieu du siècle s’étant révélée inefficace, la Chine avait besoin d’une nouvelle direction. C’est dans ses conditions que Deng Xiaoping pris le contrôle du parti communiste en 1979. Il instaura une série de réformes qui transformèrent l’économie Chinoise d’un pays communiste arriéré en géant de l’économie mondiale. C’est Deng Xiaoping qui dit, « devenir riche est glorieux » slogan répété à maintes reprises. Malheureusement, Deng Xiaoping est aussi l’une des forces majeures derrière le massacre de Tienanmen. Ce dernier bien qu’instigateur de réformes économiques radicales ne supportait pas les réformes politiques demandées par les protestataires.
Je lisais hier soir que le Dalaï lama en parlant de la Chine comparait la situation existante à un vide morale. Le gouvernement des années 50 à 80 promut l’athéisme et barra toute idée qui s’opposait au communisme. Le résultat selon le Dalaï Lama serait un manque spirituel et bien sûr un vide morale. Certaines traces de ceci apparaissent un peu partout dans notre vie de tous les jours. En particulier dans le capitalisme sans limites qui a maintenant envahi le pays. En fait les conditions ici ressemblent étrangement à celles qui existaient lors de notre propre révolution industrielle.
Ce qui est un peu plus alarmant est le manque d’idéologie politique. Pour contrer cette lacune, le gouvernement, afin d’augmenter sa crédibilité politique, ou encore pour distraire le public des problèmes de corruption et d’inégalité sociale, encourage les tendances nationalistes, dans un pays déjà très fier de son histoire et de sa culture. Dès le plus jeune âge, à l’école et à la télévision, les jeunes apprennent à aimer leur patrie. Des faits historiques, tels que l’invasion Japonaise de la Chine durant la deuxième guerre mondiale sont ressassés tandis que d’autres, tels que le massacre de Tienanmen et la révolution culturelle sont mis de côté afin de protéger l’image nationale, et surtout l’image du gouvernement. Le communisme se mélange au nationalisme de manière fluide, la Chine est socialiste et le socialisme tel qu’il est pratiqué en Chine est Chinois. De ce fait, le système politique et économique forme un tout qui est propre à la Chine. Soudainement changer d’idéologie serait un affront à l’honneur national.
Mais c’est avec une conscience libre et un budget restreint que je me suis promené en fin de semaine. Mon magasinage a été fructueux, je me suis d’abord promené dans les grands magasins pour ensuite me trimbaler du côté des marchés qui vendent des copies de grandes marques. J’ai réussi à m’acheter deux paires de pantalon et un nouveau sac pour tenir mes livres. C’en est à faire Mao se retourner dans ça tombe.
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