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Chronique de Chine
La ville et les banlieues, deux mondes à part
Mise à jour le samedi 26 mai 2007
Shanghai est une grande ville, immense, en fait l’une des plus grandes au monde. C’est une drôle de chose et il est facile de se sentir petit et perdu. Le centre-ville n’est pas aussi impressionnant que celui de Hong Kong ou de New York. Les banlieues s’étendent sur des kilomètres à la ronde et l’on peut conduire à travers la ville pendant des heures avant de la traverser enfin. Shanghaï n’est certainement pas fait pour les amoureux de la campagne. Les autoroutes s’étendent à perte de vue à travers les gratte-ciel, les klaxons s’arrêtent rarement et acheter une maison est un privilège réservé à une minorité de gens. Mais pour ceux et celles qui aiment l’ambiance des grandes villes, le glamour des centres d’achats et toute la gamme de sensations offertes seulement dans les plus grandes métropoles du monde, Shanghaï est un endroit paradisiaque qui ne laisse rien à désirer.

Une vraie merveille du capitalisme, Shanghaï est située à l’embouchure du Yangzi. Le Yangzi est un fleuve qui sépare la Chine en deux, d’ouest en est, et qui est à la Chine ce que le fleuve Saint-Laurent est au Québec. La région a jusqu’à maintenant attiré la grande majorité du capital étranger, qui en grande partie, a permis à la Chine de maintenir son taux de croissance faramineux d’environ 10 % par année. Mais avec les bénéfices du capitalisme, tels la hausse des salaires et une meilleure qualité de vie pour les gens éduqués qui résident dans les villes, viennent aussi d’énormes inégalités sociales semblables à celles que l’on aurait pu trouver au Canada au début du 20e siècle.

Dans cette ville où les néons brillent toute la nuit, ville où les européens, indiens, africains et autres nationalités se mélangent aux asiatiques de tout âge et de toute classe, il est facile d’oublier que l’on est en Chine. Ce pays qui est, après tout, un pays en voie de développement où la plupart des habitants n’ont pas encore obtenu les conforts auxquels nous sommes habitués. À vrai dire, ma vie ici est comparable à celle que je vivais à Montréal. Je me lève le matin, je prends le métro pour aller à l’école ou au travail, je peux manger au restaurant et sortir dans les bars. En fait, il faut se promener dans les banlieues pour retrouver la Chine. C’est dans les banlieues que l’on peut voir les travailleurs migrants, les vendeurs de rues ainsi que les usines qui produisent chaque jour des milliers de tonnes de souliers, micro-ondes et cravates destinés à être transportés sur les marchés de la Chine et du monde entier.

Tandis que dans les quartiers les plus huppés de la ville l’on peut retrouver de jeunes hommes et femmes portant certaines des marques les plus réputées au monde et qui vagabondent un peu comme les jeunes de chez-nous dans les cafés et les endroits à la mode. Pas très loin de là, dans un monde parallèle se retrouvent des gens qui doivent travailler 10 ou 12 heures par jour afin d’envoyer de l’argent à leur famille dans les régions les plus pauvres du pays. En fait, la plus grande division sociale qui existe en Chine est probablement celle qui existe entre les villes et les villages. Alors que dans les villes, beaucoup de gens ont déjà atteint une qualité de vie comparable à la nôtre, dans les villages, la corruption, le manque d’infrastructures et le manque d’éducation font que la plupart des 800 millions de Chinois qui résident en campagne résident dans la pauvreté.

À mesure que la Chine se modernise, près de 400 millions de ses campagnards sont attendus dans les villes dans les cinquante prochaines années. Même si le gouvernement essaie de limiter cette migration massive, beaucoup de gens ont déjà commencé à se déplacer des campagnes vers les villes, ou encore de ville en ville, à la recherche d’opportunités et de richesses. Les travailleurs migrants, comme ils sont appelés, travaillent dans les usines ou dans les sites de construction, un peu partout en fait. C’est avec la force de leurs bras que la Chine se développe, mais c’est aussi quelque peu à leurs dépens. Ces travailleurs migrants sont considérés illégaux. Ils n’ont donc pas accès aux écoles et services de santé subventionnés par le gouvernement.

C’est la situation d’un de mes amis. Âgé de 17 ans, il vient de la ville voisine de Nanjing et il vient de quitter l’école parce qu’il n’aimait pas lire. Bien que Nanjing ait été capitale de la Chine à deux reprises, les parents de mon jeune ami ont quitté la ville pour se re-localiser dans l’une des nombreuses banlieues de Shanghaï Minghang. C’est ici au milieu des quartiers industriels qui ne semblent jamais se terminer et à côté de l’une des meilleures universités du pays, qu’ils ont ouvert un petit restaurant, qui s’adonne à être très près de chez moi. La logique derrière ce déménagement est l’argent. Dans un pays où environ cent millions de personnes ont un salaire d’à peu près un dollar par jour, Shanghai, où il est possible de gagner environ 3 000 $ par année, devient un endroit extrêmement attirant.

Mais pour mon jeune ami, la vie à Shanghai vient de se terminer. Comme il n’avait pas fini l’école, il était plus ou moins promis à une vie difficile comme travailleur d’usine, et ce, dans le meilleur des cas. Et c’est comme ça qu’un jour, en passant dans la rue en avant du petit restaurant où il travaillait à tous les jours, je le vis me faire signe de la main. Il était temps pour lui de retourner chez lui afin d’essayer de finir l’école. Je lui donne une photo de moi en souvenir et puis il disparaît, peut-être pour ne plus jamais réapparaître, mais d’un côté, je suis heureux et je me dis que malgré toutes les difficultés qui existent maintenant, la Chine pourrait avoir un très bel avenir.

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