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Chronique autosuffisante
Mise à jour le mardi 13 février 2007
Depuis plus d’une semaine, deux mots ont dominé les manchettes dans leurs régions respectives. Au Nouveau-Brunswick, depuis le discours du trône du nouveau gouvernement Graham, la nouvelle expression au goût du jour est « autosuffisance ». Au Québec, depuis la découverte d’un petit groupe de fascistes à Hérouxville, la population, les médias et les élus (tous niveaux confondus), sont au bout de leurs nerfs sur la question de l’heure : les « accommodements » raisonnables.



Comme je n’ai pas l’intention de faire comme le gouvernement québécois, je n’accorderai aucune importance à cette clique de débiles qui doivent passer leur journée à coudre des petits bonnets blancs.

Je m’attarderai donc à la question de l’autosuffisance.

Je n’ai pas l’occasion de suivre de très près la politique néo-brunswickoise, mais je tente de m’informer autant que possible. Depuis la dernière campagne électorale et la victoire des libéraux, j’ai eu l’impression que le parti de Shawn Graham avait comme objectif primaire d’être considéré comme un « souffle nouveau ». Ce qui n’est pas surprenant pour un gouvernement qui a été à l’écart du pouvoir pendant 7 ans.

Après avoir annoncé une série de promesses « bonbons », Graham a enfin présenté son gros projet, soit l’autosuffisance de la province du Nouveau-Brunswick d’ici 2026.

C’est un beau défi et ça donne l’impression que c’est la santé à long terme de la province, et non la prochaine campagne électorale, qui prime chez les libéraux. Malgré tout ça, cette nouvelle vision me donne l’impression d’être ancrée dans la jargonnerie.

Dans L’Acadie Nouvelle de samedi dernier, Philippe Ricard nous présente les impressions de certains experts qui ont un peu la même impression. Pour sa part, l’économiste Pierre-Marcel Desjardins estime que, selon la définition d’« autosuffisance » du premier ministre, l’objectif est essentiellement inatteignable.

Avant de lire cet article, ce qui me préoccupait le plus dans ce dossier était la dominance de l’aspect économique (lire « création d’emplois ») qui se faisait, semble-t-il, aux dépens d’un raisonnement plus équilibré qui comprendra également des aspects sociaux.

Heureusement, selon le coprésident du Groupe de travail sur l’autosuffisance, Gilles Lepage, « l’autosuffisance […] ne se fera pas sans s’attaquer à quatre principaux problèmes : l’analphabétisme, l’intégration des communautés malécites et micmaques à notre économie, la rétention des immigrants et le retour au bercail des cerveaux néo-brunswickois exilés ailleurs au Canada et dans le monde. »

Il faut dire que cette nouvelle vient me rejoindre pour plusieurs raisons.

D’abord, ma conjointe et moi sommes tous les deux des « exilés » (dans mon cas, j’ai un peu de difficultés avec le mot « cerveau ». Ça, c’est elle) et nous aimerions bien, un jour, retourner au Nouveau-Brunswick. Deuxièmement, il a toujours été évident qu’aucune tentative de remettre l’économie du Nouveau-Brunswick sur la bonne ne pourra se faire sans investir considérablement dans l’éducation, l’intégration des communautés autochtones, l’immigration et le rapatriement.

En raison de mon vécu, c’est toujours la question de l’éducation qui me préoccupe le plus. Malgré les mesures d’allégement fiscal destinées à la classe moyenne sous forme de « bourses d’études », je n’ai pas encore vu de preuves que des changements majeurs s’en viennent dans ce domaine.

Les leaders au Nouveau-Brunswick ont toujours eu énormément de difficulté à faire face au fait que la province fait piètre figure dans presque tous les domaines liés à l’éducation : analphabétisme (le Nouveau-Brunswick compte un taux d’analphabétisme fonctionnel de près de 60 %), épreuves d’aptitudes, etc. C’est une question épineuse, car la population n’aime pas constater cette réalité (avec raison).

L’hésitation est amplifiée par le fait que, même si le gouvernement décide d’investir sérieusement dans le domaine, il ne gagnera rien aux prochaines élections, car l’éducation c’est le devoir de l’État. C’est ce qu’ils doivent tous faire.

J’espère, malgré tout, que ce nouveau gouvernement porte bien attention aux recommandations de ce groupe de travail et qu’il ne tente pas simplement d’implanter des politiques qui lui donneront des « points » dans quatre ans.

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