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Un Noël culture
Mise à jour le vendredi 21 décembre 2007
Avec le temps des fêtes qui arrive à grand pas, je ne peux m’empêcher de penser à la maison. Ce Noël sera le deuxième que je passe en Chine, loin des amis et de la famille. Ici, Noël n’est qu’une vague dans l’océan culturel chinois, mais la fête commence à avoir de plus en plus de visibilité, surtout dans une ville comme Shanghai où beaucoup de compagnies ont de forts liens avec l’extérieur du pays. Les jeunes en particulier célèbrent l’évènement à leur façon en sortant au restaurant, en s’achetant de petits cadeaux et parfois même en sortant dans les bars !
Noël n’est pas à la veille d’envahir le pays et le majestueux Nouvel An chinois n’est pas à la veille d’être détrôné. Mais la popularité croissante de Noël s’inscrit comme une autre étape dans l’acceptation et l’assimilation de la culture occidentale en Chine. La jeunesse chinoise s’identifie de plus en plus aux produits culturels étrangers. Que ce soit en regardant les films d’animation japonais sur Internet, les soaps coréens à la télévision ou encore les films américains dans les cinémas, les jeunes chinois sont complètement épris de culture étrangère et il est clair que l’industrie culturelle chinoise n’arrive pas à satisfaire les besoins de ces jeunes consommateurs.
Il est paradoxal alors que la Chine gagne en importance dans le monde des affaires et de la politique, le pays armé de son héritage culturel et de son grand poids démographique soit la victime d’un envahissement culturel. Ainsi, selon les résultats d’un sondage conduit auprès de jeunes adolescents d’une école secondaire il y a de cela quelques années, la personnalité du domaine des sports et du divertissement la plus populaire est le joueur de basket-ball Michael Jordan avec 26 pour cent des votes suivi de l’acteur Jackie Chan avec 18 pour cent des votes. Jackie Chan est natif de Hong Kong où il a commencé sa carrière, mais il doit surtout sa popularité au succès de ses films produit aux États-Unis qui ont par la suite été traduit et commercialisé en Chine. Une autre statistique montre que les films américains ont récolté plus de 1.2 milliard de yuan au box-office tandis que les films chinois ne récoltaient que 20 million de yuan (je ne suis pas certain de l’année de cette statistique, mais celle-ci date des cinq dernières années). Ces derniers chiffres sont encore plus impressionnants quand l’on considère que Beijing limite le nombre de films étrangers dans les salles de cinémas du pays à vingt par année et ceci au grand dam des américains.
La clé de ce paradoxe réside dans le fait que la production culturelle est monopolisée et strictement régularisé par l’État. La télévision en est un exemple parfait, les postes de télévision du pays appartiennent tous à une branche ou l’autre de l’État. De ce fait, la compétition médiatique n’existe presque pas à l’intérieur du pays. Les productions originales apparaissent toutes sur plus d’un poste et à vrai dire ne sont pas si originales que cela. Un grand nombre d’émissions ont des sujets ultranationalistes, telle que la guerre anti-japonaise, la guerre civile qui mena à l’ascension des communistes au pouvoir ou encore des émissions ayant comme héros des policiers valeureux et incorruptibles. Il existe aussi un grand nombre d’émissions semi-historique qui raconte des histoires provenant des recueils de contes folkloriques chinois. Il ne faut pas non plus oublier les talk-shows style japonais, qui sont probablement les émissions les plus populaires auprès des jeunes. Le problème est que toutes les émissions se ressemblent et qu’il n’existe pas vraiment de diversité dans la programmation. La qualité de ces productions est souvent médiocre et tout programme jugé trop osé ou controversé est aussitôt censuré ou tout simplement annulé. Comme on peut s’y attendre, de plus en plus de gens se tournent vers Internet ou les marchands de DVD piraté où ils ont accès, souvent gratuitement, aux meilleurs films, émissions de télévision, et vidéos d’animations à travers le monde.
L’industrie de la musique est elle aussi en bien piteux état. La violation systématique de la propriété intellectuelle des artistes rend le développement d’une industrie du disque pratiquement impossible (j’ai aussi entendu dire que la moitié des billets de concert doivent être donné au gouvernement, mais je ne suis pas certain de la véracité de ces propos). En fait, il n’existe pas beaucoup d’endroits où les artistes peuvent se produire, les bars ne faisant pas habituellement partie de la culture chinoise et le coût des billets de spectacles étant souvent trop élevé pour un grand nombre de spectateurs potentiels. Il n’existe donc presque pas de musique indépendante au pays, la plupart des musiciens font du pop et vivent en jouant dans les grandes salles de spectacle. Plusieurs sont aussi des acteurs et les commandites sont aussi nombreuses que les puces sur un chien. Plusieurs des musiciens et musiciennes les plus connus du pays sont originaires de Taiwan et de Hong Kong, où la protection de la propriété intellectuelle ainsi que le grand nombre de productions cinématographiques permet à ces artistes de survivre.
Mais tout n’est pas sombre, les marchands d’art international sont récemment tombés en amour avec l’art moderne chinois. Des quartiers en entier sont maintenant dédiés à la fabrication et à la vente d’art visuel dans les villes de Beijing et de Shanghai. Les compagnies étrangères et locales soucieuses de s’approprier le plus grand nombre de consommateurs possible, sont elles aussi venue donner un coup de pouce au développement de l’art visuel, en finançant des campagnes publicitaires de plus en plus sophistiquées créant une demande pour la pensée créative et le design graphique.
Le boom de l’art visuel a maintenant de plus en plus de retombé dans les autres domaines artistiques. Ces nouveaux créateurs salariés sont ainsi en train de redéfinir l’univers artistique des grandes villes chinoises. De plus en plus, de petits groupes de musique indépendante apparaissent. Il y a aussi de plus en plus de productions qui se déplacent en Chine afin de diminuer leurs couts de production. Il se crée donc de plus en plus d’art qui est non seulement chinois, mais aussi moderne. Et bien que le nombre de ces créateurs et créatrices de nouveau genre en Chine ne se comptent pas en millions mais en milliers, il est certain qu’à mesure que les régions les plus pauvres du pays se développent et que les gens migrent vers la ville à la recherche d’une meilleure vie, la demande pour ces produits culturels répondant aux besoins des consommateurs chinois ne fera qu’augmenter.
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