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Le jardinage et la démocratie
Mise à jour le lundi 24 mai 2004
Ceux et celles qui font du jardinage de façon sérieuse savent que l’on ne prépare pas ses plates-bandes de la même manière selon que l’on veut y planter des annuelles ou des vivaces. Dans le cas des annuelles, il suffit de bien bêcher la surface sur une profondeur de quelques pouces, de mettre un peu de matière fertilisante, et voilà, c’est prêt. Par contre, si ce sont des vivaces que vous voulez voir pousser dans vos plates-bandes, il faut y mettre beaucoup plus d’efforts. On vous recommande d’utiliser une technique telle la double tranchée que je vais décrire au paragraphe suivant. Quand on y pense bien, comme vous voulez garder vos vivaces en place pour plusieurs années, l’effort que vous mettrez dans une fois sera en fait amorti sur une longue période de temps.

L’objectif de la double tranchée est fort simple, préparer le terrain sur une grande profondeur pour que le drainage soit bon et que les fertilisants soient en quantité suffisante pour permettre à vos plantes de se nourrir longtemps. Maintenant le terme double tranchée réfère au fait que l’on fait deux tranchées, mais au lieu d’être côte à côte, elle s sont l’une au-dessus de l’autre. Eh oui, une tranchée à deux étages ! L’étage du haut, c’est la terre arable* ; l’étage du bas, c’est le substrat. Il ne faut pas les mélanger, ni dans votre tête ni sur le terrain.

Le truc, avec la double tranchée c’est de bien planifier son travail. Diviser votre double tranchée en sections de deux pieds de long par une tête de pelle de haut, soit environ huit à dix pouces. Commencer par enlever la première section de la tranchée du haut pour pouvoir travailler sur la tranchée du bas. Mettez la terre enlevée dans un tas pas trop loin, il vous faudra la remettre dans votre plate-bande à la fin. La meilleure place serait à l’autre bout de la plate-bande.

Brasser la partie du bas de cette première section et incorporez-y tourbe, fumier et feuilles mortes. Ensuite, vous déplacerez la deuxième section de l’étage du haut au-dessus de la première section de l’étage du bas. Vous ajouterez aussi tourbe et fumier à l’étage du haut. Vous répéterez ceci avec la deuxième section du bas et la troisième section du haut et ainsi de suite jusqu’au bout de la plate-bande. Après avoir traité la dernière section du bas, vous la recouvrirez avec la première section du haut, celle qui est dans le tas de terre au bout de la plate-bande.

Comme vous le voyez, c’est beaucoup d’ouvrage ! Vous aurez probablement des courbatures pour un jour ou deux, mais il y a une récompense qui viendra plus tard et qui durera longtemps. Votre plate-bande sera belle et produira des fleurs pour des années à venir.

Qu’en est-il de la démocratie ? C’est pareil, il faut y mettre du temps et de l’effort. Il faut travailler en profondeur et parfois il faut aussi brasser de la merde. On l’a vu à maintes reprises, du travail de surface ne donne pas de résultats durables. Et à chaque fois, on est surpris que tel pays retourne à une forme ou une autre de dictature. Y a-t-il quelqu’un qui croit sincèrement que l’Iraq sera démocratique par le 30 juin 2004 ! On n'a qu’à regarder ce qui se passe en Afghanistan avec leur assemblée de chefs de guerre. On appelle ça de la démocratie. La notion de progrès est vraiment relative.

On n’a pas à aller si loin, même chez-nous, il y a parfois des dérapages. On peut se fermer les yeux et croire que tout va bien mais notre système politique présente des symptômes désolants. On est en droit de se poser des questions. Les députés nous représentent-ils au gouvernement ou représentent-ils leur parti ? Nous écoutent-ils ? Il y a un vent d’insatisfaction qui souffle de plus en plus fort sur le pays. Il y a un cynisme qui se développe chez l’électorat canadien. Le taux de participation est à la baisse. C’est vrai que l’on n’est pas rendu aussi bas qu’aux États-Unis où ça tourne autour du 50 % mais, pour parler comme Bernard Derome, si la tendance se maintient, on ne sera pas mieux qu’eux.

Il y a une commission ou groupe de travail qui se penche présentement sur le processus électoral au Nouveau-Brunswick. Certains préconisent un système électoral à la proportionnelle, d’autres suggèrent de diminuer l’âge pour voter à 16 ans. Personnellement, je ne suis pas d’accord avec la première proposition. Dans un système à la proportionnelle, ce sont les partis qui choisissent l’ordre dans lequel leurs candidats seront élus, pas le peuple. Comme c’est le seul temps que l’on puisse dire quelque chose, je ne serai pas content que l’on ne me donne que le choix du parti. Ceci ne ferait que renforcer l’image que plusieurs se font des politiciens : redevables à leur parti, pas aux électeurs. Ma contre-proposition serait plutôt un système à l’australienne, le « single transferable vote » que je traduis par « vote unique transférable. »

Qu’est-ce que le vote unique transférable ? Je vais vous donner une version simplifiée pour vous en donner l’essentiel. D’abord, on diviserait la province en onze districts électoraux. Chaque district aurait cinq députés. Pour être déclaré élu, un candidat doit obtenir au moins un sixième des voix plus une. Chaque électeur ou électrice aurait un seul vote mais sur son bulletin de vote il y aurait la liste de tous les candidats et candidates qui se présentent dans le district. Comme électeur, vous inscrivez les candidats en ordre de préférence : votre premier choix, votre deuxième choix, votre troisième choix, …, jusqu’au dernier. Lorsqu’on vient à faire le décompte des voix, on ne compte que les premiers choix. Tant qu’il n’y a pas cinq élus, on élimine le candidat avec le moins de votes et on redistribue ces votes selon le prochain choix exprimé.

Ça a l’air un peu compliqué comme la technique de la double tranchée mais cette méthode électorale a ses avantages sur notre système. De plus, avec les nouveaux systèmes de lectures optiques utilisés à Saint-Jean, ceci peut se faire à l’aide de l’informatique. La présence d’un bulletin en papier permet le recomptage manuel. Les avantages les plus importants sont que la représentation est relativement près des proportions des votes tout en donnant le choix aux électeurs plutôt qu’aux partis. Une petite anecdote pour donner un exemple : lors d’une des élections en Australie, le parti au pouvoir a été réélu mais plusieurs députés ont été défaits tout en étant remplacés par des candidats du même parti ! « Power to the People ! » Le pouvoir au peuple !

Je sais que certains ont peur que ceci va créer des gouvernements minoritaires étant donné qu’il est fréquent qu’un parti entre au pouvoir avec moins que 50 % des voix exprimées. Laissez-moi vous citer un mot célèbre de Pierre Trudeau : « Fuddleduddle. » Il me semble que nos meilleurs gouvernements ont été des gouvernements minoritaires. Je crois que c’est dans ces temps là qu’ils nous écoutent davantage. Les gouvernements majoritaires ont plutôt tendance à écouter les richissimes hommes d’affaires. Est-ce que quelqu’un connaît un moyen pour augmenter les probabilités d’avoir un gouvernement minoritaire avec notre présent système ? Il faut avouer que les Québécois donnent un gros coup de pouce en envoyant des Bloquistes à Ottawa. Il faudrait que le reste du pays envoie davantage de Néo-démocrates pour changer la balance du pouvoir. Ce n’est pas qu’ils aient une chance de gagner mais ça chauffera la couenne des autres. On est vraiment dû pour un gouvernement minoritaire. En passant, dans une vraie démocratie, on ne devrait pas dire qu’un parti est au pouvoir mais bien qu’un parti est au service du peuple. Ce sont nos employés et non pas nos maîtres. On devrait se donner le mot et appeler « serviteur » ou « servante » tous les candidats et candidates, question de leur rappeler pour quels jobs ils postulent.

J’espère que vous participerez aux discussions sur le processus électoral et que vous irez voter. Sinon, je propose que vous preniez le temps de faire une belle plate-bande. À défaut d’autre chose, il vous restera les fleurs pour égayer vos jours.

* Oui, Omar, il va un « l » dans arable. Ceci réfère à de la terre que l’on peut travailler avec un araire, une sorte de charrue à une oreille, donc avec pas trop de cailloux.

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