|
Pâté chinois : restants de table ou relique culturelle ? (Do you want some Frye with that?)
Mise à jour le lundi 26 avril 2004
Lors du Festival littéraire international Northrop Frye qui avait lieu cette fin de semaine à Moncton, il a été mentionné que la nourriture est le dernier bastion de la culture. Semble-t-il qu’au cours du processus d’assimilation, un groupe ethnique, en général, perd d’abord sa langue, sa littérature puis ses chansons, sa religion et que c’est la bouffe qui est la dernière à disparaître. Peut-être est-ce dû au fait que les plats nationaux ou ethniques ont une présence réelle. On parle de langue maternelle, ne devrions-nous pas aussi parler de cuisine maternelle ? Combien souvent faisons-nous référence à la cuisine de maman ?
John Dufresne, un auteur franco-américain passablement assimilé, a fait mention du pâté chinois qui, dans son Massachusetts natal, est considéré comme un plat canadien français. Évidemment, ça a fait rire - on connaît tous la recette steak - blé d’inde - patate de la Petite vie. Ça m’a fait penser à chez-nous, à Lamèque dans la Péninsule acadienne. Je me rappelle les plats simples que nous faisait ma mère, que ce soit les ragoûts, pâtés au lièvre, morues bouillies ou même les frites maison (meilleures que les frites belges, prenez-en ma parole.) J’ai aussi pensé à la râpure et à la poutine râpée du sud-est, aux ployes du nord-ouest de la province et au râpé des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.
C’est vrai que la nourriture forme une partie intégrante de la culture mais elle n’est pas tout. Il ne faudrait pas que notre culture ne se résume qu’à du pâté chinois, de la morue bouillie, des ployes ou des poutines râpées. Il nous faut conserver et produire de la nourriture pour l’âme. Il nous faut des écrivains et des poètes pour continuer à nourrir nos langues acadiennes. (NDLR : Est-ce encore un de ses jeux de mots infâmes ?) « Il faut des chansons », nous dit Michel Thériault, le chanteur pop moutarde. Tiens ! Tiens ! Serait-ce là une référence à la nourriture de l’âme qu’il faut relever pour mieux apprécier ?
Dans un autre ordre d’idée, mais toujours à propos de la bouffe, plusieurs des plats régionaux, tant ici qu’ailleurs, ne sont en fait que des mécanismes de recyclage de la nourriture. Quant on y pense bien, la soupe, le pâté chinois, les ragoûts, le fameux « shepherd’s pie » des anglais, les pains de viande, les « fish cake » ont été inventés pour récupérer les restants de table. Plutôt que de jeter les os à moëlle aux chiens, on t’envoie ça dans un chaudron avec quelques restants de légumes et hop, on a une soupe. Vous avez des restants de poisson et de patates, vous faites des « fish cake. » Avec des restants d’un rôti de bœuf ou de porc, vous faites un ragoût. Ça récupère aussi les restants de légumes.
Ceci étant dit, nous avons vraiment évolué ces dernières années. Pensez-donc ! Nous pouvons maintenant acheter des restants chez notre épicier. Vous pouvez acheter des « fish cake » déjà préparés sans avoir à faire un plat de morue et de patates bouillies (avec des foies, des gots et du lard fondu, miam.) Au lieu de se faire un rôti pour souper et prendre les restants pour faire un ragoût le midi suivant, nous pouvons acheter du ragoût en boîte. Non mais, c’est impressionnant ! Nous pouvons manger les restants du souper de quelqu’un d’autre que nous ne connaissons pas personnellement soi-même ou les restants d’un souper qui n’a jamais existé ! Wow !
Croyez-le ou non, il y a un lien entre ces deux historiettes et une morale (La Fontaine, tu peux aller prendre ta douche.) Si vous ne mangez que les restants culturels des autres, n’êtes-vous pas en train de priver votre âme d’un vrai repas ? Northrop Frye l’a bien dit, l’apprentissage de la langue maternelle est l’étude la plus primordiale qui soit pour tout être humain. Continuons à faire des bons plats littéraires bien de chez-nous.
Cette chronique est faite de restants d’idées que j’ai glanées de ci, de là, lors de ce grand banquet qu’est le Festival littéraire international Northrop Frye. J’y ai mis un peu du mien pour que le mélange soit assez léger ou du moins pas trop indigeste.
Bon appétit.
|