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Le bénévolat Ah ces bénévoles !
Mise à jour le lundi 15 décembre 2003
De « bene » et « volo », « bien » et « je veux », nous dit le Petit Robert, on a formé le mot « bénévole. » Ce mot, selon les linguistes, est une forme savante du mot « bienveillant ». Pour être bienveillant, ça, je leur lève mon chapeau virtuel (pour dire comme le nouveau retraité, que voulez-vous, j’en porte pas de chapeau.) Ceci étant dit, on se questionne parfois, et peut-être pas assez souvent, sur le rôle du bénévolat et du bénévole.
Dernièrement, certaines personnes ont fait le commentaire que l’Arbre de l’espoir essoufflait la générosité des gens ou quelque autre terme ayant un sens similaire. Le grand responsable de cette cueillette de fonds dit pouvoir aller chercher encore plus, voire jusqu’à deux millions de dollars au lieu du million de cette année.
Quelle question poser ? D’abord, vidons celle que l’on n’a pas besoin de poser, la question facile : est-ce que l’Arbre de l’espoir joue un rôle important ? La réponse est évidente : OUI. C’est catégorique, clair et net. Il n’y a aucun doute. Celle-là est réglée.
Une question plus difficile : est-ce que l’Arbre de l’espoir a besoin de jouer ce rôle (ou ces rôles) ? Joue-t-il dans les plates-bandes de quelqu’un d’autre ? Ici, il faut découper les rôles, parce qu’il y en a plusieurs. Pour les besoins de la discussion, je vais n’en regarder que deux pour exemplifier des pôles d’argumentations : l’Auberge (c’est-à-dire le centre d’hébergement pour les patients et leurs proches) et les équipements d’irradiation. Tout ceci ne se passe pas dans un vase clos, il y a un contexte : nos hôpitaux sont gérés par notre gouvernement provincial. Qu’il y ait une régie régionale n’enlève rien à ce fait – les régies sont des créations du gouvernement et n’existent que pour enlever du travail bureaucratique du pupitre du Ministre de la santé. On va regarder d’autres aspects avant d’essayer de répondre à une telle question.
Quel est le rôle du ministère de la Santé ? Surprise ! S’occuper de la santé de la population. Pour ce faire, des impôts sont levés pour nous fournir ces services (ben quoi, vous pensiez tout de même pas que c’était gratuit.) Il faut dire qu’il serait difficile pour un individu, une famille ou même un village, de se bâtir un hôpital et de le faire fonctionner avec tous les services possibles. Faut pas rêver !
Qu’en est-il des bénévoles ? Habituellement, les bénévoles agissent le plus souvent près de chez-eux. Cela fait du sens. En aidant sa communauté, ça rend la vie plus agréable. Par exemple, en aidant à faire fonctionner le terrain de balle molle du village, ça permet à nos jeunes d’avoir des activités qui leur permettent de croître. Et c’est pareil avec les équipes de ringuettes ou de hockey, avec le club d’échecs ou de lecture, il y a un retour, parfois tangible, parfois intangible, à la communauté. Le plus on s’éloigne de la communauté, le moins évident ce retour peut se faire ou paraître se faire. Posez-vous la question, pourquoi des parents de Kedgwick iraient-ils s’occuper bénévolement d’une équipe de ringuette de Shédiac ou encore, pourquoi des parents de Charlo iraient-ils s’occuper de l’équipe de hockey mineur de St-Andrews ?
Peut-être que la nature de l’activité en question fait une différence. Peut-être que certaines activités sont définitivement de nature locale, que d’autres sont de nature plus provinciale et que d’autres sont plutôt régionales. D’un autre côté, est-ce qu’une activité tombe plutôt dans la sphère gouvernementale que dans la sphère familiale ou communautaire ? Il y a évidemment un certain niveau de recoupement. Par exemple, il incombe à la famille de fournir aux besoins de bien-être de leurs enfants. Toutefois, lorsque les besoins deviennent trop grands pour une famille donnée, elle doit se tourner vers l’extérieur. Par exemple, en santé, c’est une chose que d’avoir un enfant qui a une carie et d’amener l’enfant chez le dentiste. C’en est une autre que d’avoir un enfant qui a un cancer (ou autre maladie grave.) Il n’y a pas beaucoup de familles qui peuvent se permettre de telles dépenses. Pour éviter que ces gens dépendent de la charité publique, on a, au cours de notre histoire, amené les gouvernements à s’occuper des services de santé. Il faut que vous sachiez que ça n’a pas toujours été le cas. Prenez par exemple l’hôpital de Lamèque ; il a été d’abord bâti par les Lamèquois. Ce n’est que par après qu’il a été pris en charge par la province. Une bonne partie de cette prise en main par la province de services régionaux est due à l’Honorable Louis-J. Robichaud. (Pour un gars qu’on appelle encore Ti-Louis, c’est un de nos plus grands hommes politiques au Nouveau-Brunswick – j’ai bien peur qu’il faudra attendre un bon bout de temps pour en voir un autre de sa stature).
Êtes-vous toujours là ? Ouf ! Vous êtes courageux. Rassurez-vous, encore un volet et on arrive. Pourquoi diable les gens se lancent-ils dans des activités qui de toutes évidences relèvent du gouvernement ? Pourquoi les gens de Lamèque ont-ils bâti leur hôpital au lieu d’attendre que le gouvernement le fasse ? Pourquoi des gens de Lamèque et de Shippagan ont-ils bâti le pont qui relie l’Île Lamèque à la terre ferme (le gouvernement l’a acheté par la suite en temps pour les élections je crois) ? Pourquoi les gens de Moncton ont-ils commencé à acheter des équipements pour le service d’oncologie ? Parce que tous ces gens en avaient marre d’attendre que le gouvernement fasse ce que tous jugeaient être de la responsabilité de la province. Ils ont fait ce qui devaient être fait même si ce n’était pas à eux de le faire. Ils ont mis l’épaule à la roue parce que d’autres ont déserté leurs responsabilités pour des motifs qui ne sont pas vraiment louables.
On se rappellera que le gouvernement McKenna, pour équilibrer ses budgets, l’a fait sur le dos des moins nantis en ne donnant pas les services de santé adéquats (ditto pour Paul Martin qui a équilibré ses budgets sur le dos des travailleurs.) Le gouvernement Lord ne fait pas mieux. Et pourquoi McKenna et Lord en auraient-ils fait plus ? Après tout, le bon peuple s’en occupe. C’est ça de moins à équilibrer.
Est-ce que l’Arbre de l’espoir a besoin de jouer ce rôle (ou ces rôles) ? Dans le cas de l’Auberge, je ne crois pas qu’il soit du ressort gouvernemental de loger les familles de gens en traitement. Pour ce qui est de l’équipement, c’est une autre paire de manches. C’est au ministère de la Santé de s’en occuper. Je ne jette aucun blâme sur les gens de l’Arbre de l’espoir, ils ont fait ce que tout bon citoyen se doit de faire – prendre soin des siens, veiller au bien (être « bienveillant ») des autres. Maintenant, il ne faudrait pas qu’ils prennent le rôle de rappeler au gouvernement ses devoirs. Ceci est le rôle de la population – vous et moi. Prenez donc le temps de parler avec vos députés et faites-leur comprendre que c’est le temps qu’ils se déniaisent.
Vox populi, vox Dei.
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