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SALABERRY-DE-VALLEYFIELD, Que. - L'opposition péquiste demande un moratoire immédiat sur l'exploration et l'exploitation dans le domaine du gaz de schiste.
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, souhaite que le moratoire soit en vigueur jusqu'à ce qu'une loi encadrant ce domaine soit adoptée. Le gouvernement Charest réplique pour sa part que le moratoire traduit au fond l'immobilisme péquiste.
«C'est le temps maintenant de procéder à un travail plus complet, plus en profondeur», a affirmé jeudi Mme Marois, lors d'une conférence de presse au terme d'une réunion préparatoire de ses députés en vue de la session parlementaire d'automne.
«Oui, à l'exploitation des gaz de schiste, mais pas n'importe comment, pas à n'importe quel prix, et surtout, que ce soit au profit des Québécois», a-t-elle ajouté.
L'opposition reproche aux libéraux leur «improvisation» et leur «amateurisme» dans le dossier. En début de semaine, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a demandé au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) de se pencher sur un cadre de développement de ce potentiel énergétique.
Le PQ exige toutefois l'élargissement du mandat du BAPE, pour analyser l'ensemble des aspects environnementaux, sociaux et économiques. Selon Mme Marois, le Québec «sortira gagnant» s'il prend six mois ou un an pour bien évaluer la situation, ses impacts et le degré de dangerosité.
Le Parti québécois reste plus prudent sur la nationalisation ou l'intervention de l'État dans cette industrie naissante. Le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, avait évoqué cette option récemment. Mme Marois a expliqué que le caucus n'a pas débattu des moyens à prendre pour maximiser les retombées.
«Je ne veux pas qu'on brade nos ressources, a-t-elle répété. Il y a différentes avenues, il y a des participations qui peuvent être prises, il y a des sociétés mixtes qui peuvent être bâties, on a de grandes sociétés d'État qui pourraient être appelées à investir, sans nécessairement nationaliser. Toutes ces avenues-là doivent être évaluées.»
La leader péquiste ne craint pas, par la position de son parti, de rebuter les investisseurs étrangers qui voudraient se lancer dans le gaz de schiste au Québec.
«Moi, je ne crains pas la vérité et je ne crains pas que la lumière soit faite sur un enjeu majeur en matière environnementale», a-t-elle dit.
Le PQ a aussi assorti sa demande de moratoire d'une autre requête formulée précédemment: la mise en place d'une commission itinérante sur l'indépendance énergétique, qui avait déjà été refusée par les libéraux.
«Peut-être que le gouvernement aura un sursaut sur cette question et comprendra enfin», a justifié Mme Marois.
En riposte, la ministre Normandeau a affirmé que la position péquiste est «représentatrice de l'immobilisme» qui règne dans ce parti.
«Est-ce qu'on peut arrêter au Québec de se gouverner et de se développer à coups de moratoires?» a-t-elle demandé dans une entrevue téléphonique. Selon elle, une demande de moratoire n'est même pas une position.
Elle s'est aussi faite rassurante sur les conditions actuelles de l'exploration en cours. Aucun forage ne sera pratiqué pendant les travaux du BAPE.
Par ailleurs, le PQ a dénoncé le passage récent d'un haut placé du gouvernement Charest à une association qui fait la promotion du gaz de schiste.
Stéphane Gosselin a démissionné de son poste de chef de cabinet du ministre du Développement économique vendredi pour devenir, lundi, directeur de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).
M. Gosselin assure ne jamais avoir eu de contacts avec l'APGQ du temps où il était au cabinet du ministre du Développement économique, pas plus que quand il était, auparavant, aux Ressources naturelles. Le commissaire au lobbyisme a accepté sa version.
«Je trouve que c'est un fait troublant et qu'on doit soulever un peu plus de questions que ce qui a été fait jusqu'à maintenant, a critiqué Mme Marois. Le commissaire au lobbyisme devrait faire un travail d'expertise plus complet.»
Le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, a qualifié cette réorientation de carrière de «totalement inacceptable» sur le plan éthique.
Pire encore, cela dénote une «proximité inquiétante» entre le gouvernement libéral et les intérêts privés, dans cet enjeu qui suscite l'inquiétude des citoyens.
«M. Charest, il va falloir qu'il se réveille!» a lancé M. Bédard dans un point de presse en matinée, avant le début du caucus.
«L'impression donnée aux Québécois, c'est quoi? C'est qu'on privilégie les intérêts particuliers plutôt que les intérêts collectifs. Si on laisse des gens comme ça être à la solde de l'industrie, alors que quelques jours avant, ils prenaient des décisions qui devaient intéresser l'intérêt public, c'est très inquiétant pour la suite des choses.»
La ministre Normandeau répond pour sa part que M. Gosselin est un père de famille et qu'il a le droit de gagner sa vie. Elle a ajouté que sa transition s'était faite dans les règles de l'art.
Environ 600 permis d'exploration ont été attribués jusqu'à maintenant dans le domaine du gaz de schiste, selon le regroupement d'opposants Mobilisation gaz de schiste.








