
La tribu des Ani-Yunwiya, des indiens Cherokees d’Amérique du Nord, vit en harmonie avec la nature et les animaux. Mais voilà que les daims tués par les chasseurs véhiculent une maladie qui contamine les humains. La tribu pense que les daims veulent se venger des indiens. Equani, le plus valeureux des Cherokees, rencontre Awi-Usi, le dieu-cerf et lui promet de trouver la cause de cette infection. Traqué par le fourbe Asgina, un guerrier de sa propre tribu qui lui voue une haine farouche, Equani poursuit sa mission sacrée: découvrir ce qui a rompu l’équilibre entre les humains et la nature. Dans sa quête, il éprouve aussi l’irrésistible besoin de savoir qui est Washita, la femme qui hante ses rêves et dont il est amoureux. Après avoir surpris un des hommes d’Asgina et l’avoir attaché à un arbre, à la merci des loups, Equani affronte le dieu-ours en colère. Lequel rend les indiens responsables de tous les maux. Il jette Equani dans le fleuve glacé et ce dernier est recueilli, moribond, par une tribu ennemie. Il y trouve un sage qui sait où Washita a trouvé refuge. Parviendra-t-il à rétablir la stabilité naturelle et à rejoindre celle qu’il aime ?
Une philosophie prônant l’harmonie
La scénariste, Séverine Gauthier propose ici un récit profondément original et traité graphiquement de la même façon. Elle a prévu cinq épisodes pour raconter la quête de vérité d’un Cherokee chargé d’élucider le mystère d’une maladie qui perturbe l’environnement naturel, à l’époque où le pied de l’homme blanc n’a pas encore souillé les terres des fiers indiens. Gauthier a étudié la culture amérindienne et a été fascinée par les rapports harmonieux entre les indiens et la nature. Le thème de la maladie envoyée aux hommes par des animaux fait partie des grands mythes amérindiens. Mêlant histoire d’amour et fantastique, l’intrigue, extrêmement bien documentée, met en scène des personnages qu’on trouve très vite attachants. Plusieurs séquences sont impressionnantes de violence: l’affrontement entre Equani et le dieu-ours, l’attaque sauvage du camp ennemi et le massacre des indiens par les ours. Par ailleurs, Equani doit combattre ses démons alors qu’il est habité par l’image obsédante et mythique de Washita. Les scènes d’action sont époustouflantes tandis que les dialogues sont réduits au minimum. Sans le vouloir, Gauthier délivre un message aux lecteurs et une philosophie liée à la nature. On se rapproche d’un récit à contenu écologiste tandis que les rites sont finement observés et reproduits. Le graphisme de Thomas Labourot s’inspire de l’art amérindien Haïda très stylisé (qu’on peut voir sur les mâts totémiques) et des cartoons. Comme le précédent, cet épisode fait la part belle aux prises de vue cinématographiques et aux planches muettes de phylactères. On entre littéralement dans les cases. Grand format, double pages, visions panoramiques et cadrages horizontaux sont utilisés pour laisser respirer les images et mettre en valeur une nature grandiose. Le trait rugueux, anguleux, cassé de Labourot fait ressortir la dureté et la violence du récit. Le découpage époustouflant souligne l’âpreté des combats et la beauté des décors. Le choix, par Christian Lerolle, d’une palette de couleurs somptueuses magnifie le récit et lui donne une atmosphère particulière.
Un second épisode passionnant et envoûtant qui tient toutes ses promesses…
Marc Bauloye
Washita T2 Labourot Gauthier Lerolle Dargaud

















