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A l’occasion de son exposition de pin-up (peintures et croquis préparatoires) à la Galerie Petits Papiers, Jan Bosschaert a bien voulu m'accorder une interview exclusive. Charme et sensualité caractérisent son travail. Les pin-up que Jan réalise pour le magazine Ché ressemblent à des amazones. Elles dévoilent la force de leur pouvoir érotique plus encore que leur nudité. Qu’elles soient surprises dans un moment d’intimité, ou provocatrices, leur pouvoir de séduction est magnifié par la sûreté de leur regard, la liberté qui émane d’elles. Ce sont ces amazones précédemment publiées dans le magazine Ché qu'on peut admirer aux cimaises de la Galerie Petits Papiers. Déjà, Jan ouvre son coeur: Je peux évidemment élaborer des tas de théories sur l’esthétique, raconter la féminité en relation avec la nature, mais tout cela, c’est du vent. Lorsque je dessine, je vis simplement ce que je dessine. C’est tout. J’ai mal lorsque je dessine un homme qui se coupe le doigt et j’admets que je suis quelque peu excité lorsque je couche les courbes d’une femme nue sur le papier...
Une biographie étourdissante
Dessinateur très populaire en Flandre et aux Pays-Bas, Jan Bosschaert est né en 1957 à Borgerhout en Flandre. Il réalise sa première BD alors qu’il n’a que 10 ans. Fasciné par le travail de Franquin, il passe ses journées à dessiner, interprète ses personnages favoris comme Lucky Luke avant de plonger, adolescent, dans le monde musical américain. Il entreprend ensuite des études à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles (section dessin libre) où il rencontre Ever Meulen. Autres influences majeures dans son travail: Arzach de Moebius et, aussi, la musique Punk et New Wave. Ses premières planches seront publiées dans A Suivre. Mais les premiers succès arrivent avec la publication de Peste au Palais, une satire de la famille royale et du monde politique belge publié dans l’hebdomadaire flamand Humo (1983). Il diversifie alors les supports et les genres en dessinant des couvertures de livres et des pochettes de disques. Il réalise également des décors, affiches, brochures et costumes de théâtre. En 1990, il publie dans l’un des plus grands quotidiens flamands, De Standaard, Sam, une série BD populaire racontant les aventures d’une adolescente mécano. Dans le même temps, il travaille pour différents magazines comme illustrateur (P Magazine) et expose avec succès des tableaux figuratifs et érotiques. Avec Jaguar (Casterman), son talent de peintre se met pleinement au service de la narration en BD. À l'instar de Manara et de Berthet, Jan prend plaisir à dessiner à la perfection les corps nus de superbes jeunes femmes belles et sensuelles. C'est le jeu de la séduction, sans aucune vulgarité, entre l'auteur et ses modèles auquel les voyeurs avertis et adultes que nous sommes sont invité à participer...
Marc Bauloye: Racontez-nous votre parcours d'artiste...
Jan Bosschaert: J'ai étudié en Belgique à Saint-Luc. Après, j’ai commencé à dessiner directement pour Humo, un très grand magazine en Flandre. Puis, j’ai fait une BD intitulée Peste au Palais. Cela a été un grand succès parce que c’était une satire politique. Mais, je fais en même temps de la peinture, des dessins pour les enfants et des illustrations.
MB: Vos oeuvres respirent la sensualité. Cela correspond-t-il à un désir profond ?
JB: Jeune, je dessinais tout le temps. A 19 ans, tous mes amis avaient des copines. Moi, j'étais imbattable pour dessiner des filles. Je me contentais de croquer, seul à ma table, des demoiselles avec lesquelles j’aurais bien aimé sortir. Et, les avoir comme amies. Je dessinais des femmes et des nanas que j’aurais aimé fréquenter...
MB: D'où vous vient cette fascination pour la beauté en général et celle du corps féminin en particulier ?
JB: Je trouve que le monde est très laid. Je veux lui apporter un peu de plaisir et de beauté. Et, dessiner des femmes, c’est très agréable. Cela rend la vie plus jolie.
MB: Vous êtes un auteur polyvalent (BD, illustration, sérigraphie et peinture). Pourquoi ne pas vous limiter à un genre ?
JB: Je me pose souvent cette question. Mais, on oublie fréquemment qu’il faut gagner sa vie. Quand je réalise une BD, c’est comme un marathon. Mais, pour moi, c’est trop lent. Cela doit aller plus vite. Je suis un coureur de cent mètres ! Quand je crée un portrait, une pin-up (visage ou corps), cela dure quelques jours et c’est vite fini ! C'est plus lucratif que la BD. Toutefois, confectionner une BD, cela permet d’exprimer plus de choses. La BD permet de raconter des histoires plus riches. Mais, elle nourrit mal son homme !
MB: Quelle importance donnez-vous à la BD (Sam, Le Jaguar) dans votre imaginaire ? Quelle place a la BD dans votre vie ?
JB: Pour, moi, narrer des histoires avec des dessins, c’est plus intéressant. Mais, je ne suis pas vraiment un auteur de BD complet (à la fois dessinateur et scénariste). Moi, je veux faire certaines choses avec mon crayon. Comme le mouvement et les expressions des personnages… Quand je vois Gaston Lagaffe et les dessins de Moebius, je les trouve incroyables. Ils restituent des atmosphères. Et, ce que je cherche en dessinant, c’est justement de pouvoir arriver à mon tour à l'excellence...
MB: Poursuivez-vous vos séries BD Sam et Le Jaguar ?
JB: C’est fini. Pas à cause de moi, mais à cause des éditeurs et des scénaristes. Quand on fait de la BD, c'est toujours une grande machine qui se met en marche. Il y a de nombreux intervenants: le dessinateur, le scénariste, le coloriste, le distributeur... Tous s'impliquent à 100%, mais souvent la machine se grippe. C’est toujours la même chose. Cela foire… Donc, c'est vrai, à cause de ces problèmes, faire de la BD a un aspect très frustrant. C'est plus simple avec les portraits féminins et les peintures car la seule personne concernée est celle qui s'occupe de la galerie où l’on va exposer.
MB: Parlez-nous de votre collaboration avec le magazine Ché ?
JB: J’ai commencé à P Magazine qui ressemblait à une revue érotique très connue, Play Boy, mais qui n’était pas si glossy (terme féminin signifiant qu'on donne de la brillance au visage et une couleur subtile aux lèvres). Pour P Magazine, j’ai dessiné des pin-up chaque semaine. Ché Magazine, c’est le même principe et le même éditeur, mais c’est plus glossy, plus chic et mensuel. Cela me permet d’avoir plus de temps - un mois - pour faire une ou deux pin-up. Alors que la BD est hélas plus contraignante...
MB: La poésie n'est jamais absente dans votre oeuvre. Cela va-t-il de pair avec l'érotisme ?
JB: Je suis un très grand romantique. Je crois encore dans le romantisme et l’érotisme…
MB: Quels sont vos projets ?
JB: J’ai encore beaucoup de projets qui sont dans mes tiroirs depuis 30 ans. Or, le mois passé, un très grand ami à moi est décédé soudainement. Je me suis alors promis de faire sans tarder tout ce que je voulais encore réaliser dans ma vie. J’ai 52 ans et je veux profiter de chaque minute…
Propos recueillis par Marc Bauloye
Exposition à la Galerie Petits Papiers du 13 janvier au 13 février 2010 Place Fontainas, 1
1000 Bruxelles, ouverte au public du lundi au samedi de 10h à 18h30. Pour tous renseignements complémentaires: téléphoner au 02/ 513 46 70.
Voici le site de la Galerie où Jan expose: www.petitspapiers.be et son adresse mail: contact@petitspapiers.be
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