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le le jeudi 6 octobre, 2011
Rencontre avec André Taymans
Portrait de Marc Bauloye

A l’occasion de la sortie de « L’ombre de la chouette », André Taymans a bien voulu m’accorder une interview exclusive. Ce nouvel opus raconte les pérégrinations de son héroïne. Détective privé, Caroline Baldwin est appelée par la police pour enquêter sur un meurtre. Des indices laissent croire son implication. C’est alors qu’un homme prend la fuite. Caroline le poursuit mais il est abattu par son complice. Ailleurs, en Haute Savoie, Gary Scott, agent du FBI, l’ami de Caroline, et sa collègue Lisbeth sont sur les traces d’un terroriste qui menace la sécurité des Etats-Unis. Lisbeth ne trouve qu’un mort avec un billet d’un dollar. Elle est abattue et Gary ne doit la vie qu’à l’intervention d’une amie… « L’ombre de la chouette » est le premier volet passionnant d’un diptyque. Taymans met en place ses pions. Cela forme un puzzle qu’il reconstituera dans la suite. Différents éléments sont inquiétants et font monter le suspense. On ne sait pas encore contre qui Gary et Caroline doivent se battre. Cette dernière semble nourrir des soupçons contre Gary qui lui cacherait l’existence de sa femme. Le dollar reste un mystère, mais c’est peut-être aussi le signe d’un allié. Tous les acteurs sont en place pour l’épisode suivant. Graphiquement, Taymans nous enchante. Son trait réaliste, fluide et classique fait merveille pour les décors et les personnages. Son découpage donne du rythme. Et, les couleurs ajoutent aux ambiances feutrées des gens du contrespionnage. Du 13/9 au 6/11, Taymans expose au Centre Belge de la BD. Caroline a fait l’objet d’un clip.
Chaque album de Caroline est un voyage palpitant qu’on voudrait ne jamais voir finir…
 
Marc Bauloye : Comment vous est venue l’idée de ce diptyque ?
André Taymans : En fait, c’est une volonté de mon éditeur. C’est un nouvel éditeur, Reynold Leclerc, un nouveau directeur de collection de chez Casterman, qui s’occupe maintenant de Caroline Baldwin. On a remis à plat toute la série. Reynold, un ami de vingt ans, m’a demandé de faire un diptyque. Il voulait que je revienne au fondement de la série. C’est-à-dire faire un thriller politique comme j’ai fait Contrat 48-A plutôt qu’un album plus psychologique comme Free Tibet. Donc, j’ai un peu fouillé dans ma boîte à idées et j’ai essayé de mettre quelques idées ensemble pour concocter ce scénario en deux parties.
 
MB : Tous les événements racontés sont autant de questions qui demandent des réponses. Qu’en pensez-vous ?
AT : Oui. Comme toute histoire en deux volumes, on est plutôt dans une phase d’installation de l’intrigue. Cela foisonne de pistes différentes mais je sais où je vais. Rassurez-vous, je connais la fin et on devrait comprendre quelque chose à la fin du tome suivant.
 
MB : Est-ce la première fois que vous montrez Caroline participant à un programme antisida ?
AT : Non, ce n’est pas la première fois. Il y a déjà eu un album qui s’appelle Mortelle thérapie et qui était basé là-dessus…
 
MB : Pourquoi ne pas laisser voir explicitement que Gary et Caroline sont très liés ?
AT : Je pense que le lecteur l’a bien compris depuis de nombreux albums. Gary et Caroline ont tous deux leurs vies et il arrive forcément qu’ils se retrouvent. Mon but n’est pas de montrer la vie familiale de Gary et Caroline, Gary faisant la vaisselle ou regardant du sport tandis que Caroline joue au bridge avec ses copines. Donc, j’utilise leur relation quand cela sert mon scénario. Mais, je pense que le lecteur a bien compris qu’ils sont ensemble. Toutefois, c’est un des thèmes de cet album. Il semble que Gary n’a pas tout dit à Caroline à propos de sa situation. Il se pourrait qu’il soit marié Et, cela ne fait pas plaisir à mon héroïne…
 
MB : Les événements relatés sont-ils inspirés de la réalité ?
AT : Oui, c’est souvent inspiré de la réalité. Surtout le contexte géopolitique. Tous les événements politico-financiers sont réels.
 
MB : Comment parvenez-vous à créer le suspense ?
AT : C’est mon secret… C’est une gymnastique de l’esprit. Pour faire une bonne histoire, il faut un début et une fin et mettre quelque chose au milieu pour meubler. C’est un puzzle. Il faut partir de la fin et imaginer comment le lecteur va arriver à cette fin. Toute la science est là : essayer d’en dévoiler le moins possible avant la scène finale, dramatique...
 
MB : On arrive au clip avec Jean-Pierre Talbot (Tintin à l’écran) et Cendrine Ketels. S’il n’arrive rien entre eux, c’est un miracle (rires). En fait, ce sont les premiers pas de Caroline devant une caméra. Comment s’est passé le clip ?
 
Cendrine Ketels (un physique de rêve et belle à l’intérieur) : J’ai trouvé une annonce sur internet : on cherchait quelqu’un pour jouer l’héroïne BD Caroline Baldwin. Je ne connaissais absolument pas cette bande dessinée. J’ai été sur internet pour me renseigner et j’ai vu que j’avais des points communs avec le personnage. Je me suis dit : physiquement, c’est moi avec les cheveux courts. J’ai envoyé mon CV. On m’a convié à un casting où André était là. Donc, j’ai passé l’audition, mais, j’ai vu dans le regard d’André qu’il y avait quelque chose, surtout physiquement…
 
AT : J’avais la langue pendue jusque par terre et je bavais (rires).
 
CK : Je me suis dit que le rôle était pour moi. Le casting était très chouette à faire. Le soir, je jouais au théâtre et donc j’étais très détendue pour cette audition. Trois jours après, on m’a appelé en disant que je convenais pour le rôle. Il y a eu une préparation physique : des lentilles de couleur, une perruque (Cendrine a de longs et beaux cheveux noirs). Puis, on a été tourner. Cela a été deux jours extraordinaires. J’ai fait mieux connaissance avec André et Jean-Pierre. Cela a été un tournage où j’en suis sortie épanouie. Je me sentais à la fois, triste parce que c’était court et à la fois, cela semblait long parce qu’il faisait froid. Et, il fallait attendre aussi comme sur tous les tournages. A ma grande surprise, cette aventure ne s’est pas arrêtée juste à un clip. Cela continue. Il y aura peut-être un film avec un album de chansons parce je suis chanteuse aussi. C’était une aventure extraordinaire à laquelle je ne m’attendais pas.
 
MB : pouvez-vous résumer le clip ?
CK : Le clip, c’est un enchaînement de superbes images avec notamment des belles voitures. Mais, l’histoire, c’est Caroline qui est à la poursuite de Frank White incarné par Jean-Pierre. Il y a des scènes à l’Eurospace Center, des poursuites avec des Ferrari que j’aurais voulu conduire…
 
MB : Et le film ?
 
CK : On espère qu’il y en aura un…
 
AT : Il y a une option qui a été prise par une maison de production sur le film.   RTLTélévision s’est portée partenaire pour le volet belge en télévision et s’est engagé à préacheter le film au cas où l’on fait le montage financier. Pour le moment, c’est entre les mains de trois producteurs en Belgique qui sont très intéressés. Maintenant, il faut trouver des coproductions à l’étranger pour pouvoir le tourner, l’envie c’est de le tourner ailleurs. Un écrivain belge travaille à un projet d’adaptation au niveau du scénario. On a déjà un casting…
 
CK : On peut souligner qu’il y aura peut-être Johnny Deep !
 
AT : Il y aura de grosses pointures ainsi que mademoiselle Cendrine K et monsieur Jean-Pierre T.
 
MB : Comment êtes-vous arrivé dans cette aventure ?
 
J-P Talbot : J’ai fait un casting (rires). En fait, je connais André depuis longtemps. On a sympathisé tout de suite. J’ai pressenti qu’il était un fan de tintin et un fan de Jean-Pierre ! J’ai vu André pour la première fois au Québec où je représentais le monde de Tintin. J’étais l’invité d’honneur d’un gros salon BD. Je l’ai revu à la sortie de mon livre. Soudainement, il me contacte en me disant qu’il a un projet de clip pour Caroline. Il m’assure que je serai la star ! C’est tout à fait tintinesque : il y a une poursuite en auto. Cela se passe à Redu. Comme sur la lune. Je porterai une salopette et un casque de cosmonaute ! Alors, j’arrive sur le tournage, je vois Cendrine et je me dis que c’est vraiment Caroline. Je passe devant le réalisateur. Il me dit « Jean-Pierre, tu es dépressif, tu es morose, tu meurs d’ennui, tu es au bord du suicide ». Mais, ce n’est pas moi cela !
 
AT : Pour moi, Tintin est un grand dépressif devant l’éternel (rires).
 
J-P T: Pour la première fois de ma vie, je vais devoir jouer ! Parce pour Tintin, je ne jouais pas la comédie. C’était comme une aventure qui m’arrivait à moi. Le réalisateur m’a aidé beaucoup… C’était une ambiance sympathique. Beaucoup de travail à 200 à l’heure sur une journée. Mais, je voulais rendre service à André ! Je ne suis pas auteur mais j’ai écrit un livre qui se vend bien. Je ne suis pas comédien mais j’ai tourné deux films qui ont fait des records de recette à l’époque. C’est grâce à Hergé. Quel est celui qui a tourné des films il y a 50 ans et qui est encore connu aujourd’hui ? Si cela débouche sur un long métrage, cela fera plaisir à André. Si cela se fait, j’aurais une aventure de plus, mais je n’ai pas besoin de cela pour être heureux…
 
MB : Essayez-vous de faire passer des messages dans cette série ?
AT : Non, je n’essaye pas de faire passer des messages. Pour moi, la bande dessinée, c’est avant tout une distraction, un amusement… Quand je lis une BD ou que je vais voir un film c’est pour me distraire. J’ai appris avec Jacobs, et Jacques Martin. Je fais de la BD classique…
 
MB : Comment qualifieriez-vous votre style graphique ?
AT : Je ne suis pas un grand dessinateur. Je suis surtout un raconteur d’histoires. J’essaye avec mes petits moyens de faire des histoires les plus claires et les plus lisibles possibles. J’essaye d’être accessible au plus grand public possible. J’ai appris à faire de la BD avec Jacobs. Je suis dans une mouvance que les critiques qualifient de ligne claire, c’est l’école belge classique. J’ai toujours en mémoire ce que disait Franquin : une planche de BD il faut la mettre à cinq mètres et on doit pouvoir voir ce qu’il y  a dedans. Ce qui m’importe le plus, c’est la lisibilité…
 
MB : Faites-vous des repérages sur le terrain ?
AT : Toujours.
 
MB : Quels sont vos projets ?
AT : La suite de ce diptyque, puis une nouvelle série avec Cendrine au scénario avec une nouvelle héroïne. Cela s’appellera Chambre d’hôtes.
CK : En fait, l’histoire, c’est celle d’une femme qui est top model et décide d’arrêter ce métier. Elle achète une maison en Haute Savoie qu’elle va transformer en chambres d’hôtes. Il va y avoir des aventures liées à ces chambres d’hôtes. Cela demande beaucoup d’imagination. André me fait confiance et pourquoi pas une aventure de plus….
 
Propos recueillis par Marc Bauloye

 

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