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le le mercredi 14 septembre, 2011
Le film de Stalingrad
Par : Marc Bauloye

Stalingrad, hiver 1942. Allemands et russes se disputent une ville qui est la porte aux ressources économiques des soviétiques. Cette bataille, considérée comme la plus meurtrière de la seconde guerre mondiale, est décisive. On se bat pour chaque maison sacrifiant des centaines de milliers d’hommes. Chacun est persuadé que l’issue de la guerre est en jeu. Dans ce contexte terrible, quelques hommes, envoyés par Staline, sont chargés d’effectuer le tournage d’un film de propagande antifasciste. Kazimir, un agent du NKVD (futur KGB), commissaire du peuple et responsable de cette mission, a été obligé de recruter Yaroslav. C’est un réalisateur lâche et peureux qui n’est là que parce que son oncle Vichinski est un procureur redouté. Il est accompagné du camarade Igor qui se dévoue pour tous. Plus bizarre, Kazimir présente aux autres Simon, chargé de contrôler le travail cinématographique alors qu’il sort juste du goulag. Tout de suite, c’est l’animosité entre Yaroslav et Simon. On sent que ces hommes nourrissent entre eux une ancienne rancœur qui pourrait faire capoter la mission. Dès la première prise de vue, Yaroslav perd les pédales. L’équipe et ses vingt bobines parviendra-t-elle à réaliser l’impossible dans l’enfer de Stalingrad ?
Un tournant
Le scénariste Sylvain Ricard a choisi pour son intrigue un cadre dantesque. Stalingrad est une des batailles les plus âpres de la guerre de 40. Avec la victoire des soviétiques, elle est considérée comme un des tournants stratégiques cette guerre. Deux millions de morts. Que viennent faire là une équipe de cinéastes ? Si le fil de l’intrigue est ténu, il n’en est pas moins passionnant. Très vite, les quatre hommes se disputent. Kazimir possède sur chacun d’eux des moyens de pression. Il sait que Yaroslav reproche à Simon de ne pas l’avoir engagé en temps de paix. Ricard soigne l’épaisseur psychologique des protagonistes. Petit à petit, l’histoire se charge de suspense. On se demande aussi où le scénariste veut emmener le lecteur, à cause justement du dénouement surprenant. Mystère, coups de théâtres, rebondissements sont là pour tenir le lecteur en haleine. C’est une histoire forte, âpre et dure. Graphiquement, Franck Bourgeron se distingue par des décors à peine esquissés pour se recentrer sur les personnages aux trognes inquiétantes. Un découpage soigné et un trait expressif restituent la dureté des combats et la souffrance des hommes. Il parvient aisément à recréer les tensions entre les personnages. Les couleurs tantôt sombres, tantôt lumineuses ajoutent au suspense de l’histoire. Ce récit d’une grande densité interroge aussi la place de l’artiste dans un régime totalitaire.
Le premier épisode très réussi d’un diptyque qui promet. A découvrir d’urgence !
Marc Bauloye
Stalingrad Khronika Bourgeron Ricard Dupuis
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