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le le lundi 22 février, 2010
Les trésors de Rennes-le-Château : la Muse de tous les Codes de DeVinci.
Portrait de Julien Chiasson

Vendredi matin, destination Rennes-le-Château. D’abord prendre le bus de 6 h 10 jusqu’à Couiza-Montazels (tu parles d’une heure mais je n’avais pas le choix, le prochain est à midi et je voulais ma journée aussi complète que possible.) Puis un taxi m’amène à Rennes-le-Château au fait d’une petite montagne.

Difficile de s’imaginer que ce petit village, dont j’ai arpenté toutes les rues officielles et non officielles en moins de trois quart-d’heures, ait pu être une ville Wisigoth de 30,000 habitants. Quand on dit qu’une ville a été rasée par un envahisseur, on en voit ici tout le sens. S’il reste encore quelques vestiges encore debout, on ne les voit pas.

 

Le village de Rennes-le-Château d’aujourd’hui ne compte, au pif, qu’au plus une cinquantaine d’édifices y incluant la demi-douzaine du Domaine Saunière qui n’est pas habité. Il y a même un château en ruine, celui qui a probablement donné la moitié du nom du village. Toutefois, fait cocasse, il y avait une antenne parabolique dans une de ses fenêtres. À un villageois qui passait, j’ai demandé si quelqu’un avait essayé d’habiter le château en ruine. Il m’a regardé d’un air sérieux et m’a affirmé que le château était toujours habité. Je n’en croyais pas mes oreilles et encore moins mes yeux. Jetez un regard sur les photos du château. Je pense vraiment que le gars était un pince-sans-rires.

10 h. Finalement, les portes du Domaine Saunière ouvrent. C’est ce domaine qui est le but de ma visite. Ce domaine et surtout son histoire mystérieuse ont inspiré maints et maints auteurs. La plupart vous sont inconnus mais quelques uns le sont sûrement : Victor Hugo, Jules Vernes, Dan Brown. Pour le Da Vinci Code, vous vous rappellerez que le directeur du Louvres s’appelait Saunière et dans le film, pour les férus de trivia, la Tour Magdala du domaine est présente sur une étiquette d’une bouteille de vin. Mais quelle est donc cette histoire pour que tant d’auteurs s’y sont intéressée et s’y intéressent encore.

Revenons à nos Wisigoths, installés ici après avoir pillé Rome. Ils occupent aussi Toulouse et Tolède. Ils se font rentrer dedans, la ville de Rennes est rasée par les Sarrasins en 720. Plus tard, la place est prise par Charlemagne en 780. Un château est bâti ainsi qu’une petite église (avant 1185). « Fast forward » bzit bzit bzit. Le bon Roi Louis est fait prisonnier lors d’une croisade. On prépare une rançon de roi, ça va de soi, pour le racheter aux Maures. Mais le roi meurt à Carthage avant que la rançon soit payée par sa maman. La légende populaire veut que ce trésor soit caché quelque part autour de Rennes. Et l’Histoire continue, Rennes n’est plus une position stratégique depuis que la frontière passe dans les Pyrennées. Faute d’entretien, les édifices se détériorent. Pas pire, près de 2000 ans d’Histoire en un paragraphe. On ne niaise pas.

Un bon jour de 1885, Rennes-le-Château a un nouveau curé : Bérenger Saunière (et non pas Bérengère Saulnier, qui eut été plus acadien et aurait rajouté doublement au mystère : une femme curé, acadienne en plus. Mais n’en rajoutons pas, c’est assez compliqué comme cela.) Notre nouveau curé est natif de Montazels, un village voisin dont son père a été maire un certain temps. L’église et le presbytère sont dans un tel état qu’il doit loger chez l’habitant. Après quelques temps, il entreprend de rénover l’église. Pour mettre les choses en perspective, en 1888, le village de Rennes a une population de 298 habitants. La dîme, la quête et les honoraires des messes ne pouvaient fournir beaucoup d’argent. Toutefois, après un certain temps, le curé accélère les rénovations de l’église et du presbytère. Puis, il entreprend la construction de ce qu’on appelle maintenant le Domaine Saunière. Pour ce faire, il achète, au nom de la servante, les terrains voisins de l’église et y construit un grand belvédère à deux étages, avec à une de ses extrémités une tour, la Tour Magdala, et à l’autre, une orangeraie. S’ajoute aussi au belvédère une citerne pour recueillir l’eau de pluie. Il fait aussi bâtir une demeure moderne et bien décoré pour le temps. Sur le terrain de l’église, il fait bâtir un reposoir, genre de grande véranda, une croix souvenir pour souligner le passage de l’évêque, une grotto, un monument à Notre-Dame-de-Lourdes et des grosses portes métalliques pour la nouvelle entrée du cimetière.

Tout ça fut bâti en quelques années. Impressionnant non ? Pour un si petit village ! Après en avoir fini avec la construction, Monsieur le curé organise des fêtes ou invite des gens d’ailleurs à venir le visiter, des gens influents, des auteurs et des artistes. La question que tous se posent : mais d’où prend-il l’argent ? Quelle était la source de son financement ? A-t-il trouvé un trésor ? A-t-il détourné les argents de la paroisse ? Suite à des plaintes de ses collègues prêtres, l’évêque de Carcassonne voulut en avoir le cœur net. Il le convoqua au tribunal ecclésiastique pour faire la reddition des comptes. En plus, il le transféra de paroisse pour en reprendre le contrôle. Saunière ne se présenta pas devant le tribunal et remis sa démission plutôt que de quitter Rennes. Il fut condamné à ne plus pouvoir donner les sacrements. Des annonces furent mises dans les journaux que Saunière ne pouvant dire la messe, on ne devait pas lui en payer les honoraires. Autrement dit, l’évêque lui coupe les vivres. Saunière fit appel au jugement à plus d’une reprise mais mourut en 1917 sans être acquitté. On ne trouva trace de quelques trésors que ce soit et pourtant sa servante affirmait que le trésor du curé pourrait nourrir les enfants de Rennes pour cent ans. Elle promit de révéler le secret à un certain Noël Corbu qui l’hébergea dans ses vieux jours. Mais elle mourut en 1953 avant de révéler son secret, si secret il y avait jamais eu.

Toujours est-il que les uns et les autres proposèrent leurs hypothèses. Il y avait les tenants des détournements de fonds. Le curé, semble-t-il, n’attendait pas les demandes de messes, il les sollicitait avec une forte fréquence. Mais de là à se payer un domaine ? Une autre théorie était qu’il recevait des sommes de son frère, curé comme lui, mais qui était bien plogué avec la politique. Les deux frères Saunière étaient royalistes et passaient leurs messages en chaire. D’ailleurs, notre curé avait reçu une très forte somme de la comtesse de Chambord lorsque la préfecture gela son salaire de prêtre en raison de ses prônes antirépublicains. Le mari de la comtesse serait devenu roi de France si la monarchie avait été restaurée.

Mais aux dires de certains, tous les montants retrouvés n’expliquent pas tout le financement de Monsieur le curé. C’est ici qu’entrent en scène les tenants du trésor trouvé. Mais de quel trésor s’agit-il ? On parle du trésor des Wisigoths, on parle de la rançon du Roi Louis, ou du trésor des Seigneurs de Hautpoul. On parle aussi de chantage auprès du Vatican. On cherche des indices partout : dans l’église, dans le cimetière, dans le journal du curé.

Par exemple, dans l’église, le bénitier est porté par le diable. Pas très habituel, il faut l’avouer. On essaie de le faire parler. Il a sa main posé sur son genou, les cinq doigts à plat. On y voit Saint-Genou (cinq genou), un village de la région où il y a un lieu dit Fauteuil du Diable. Est-ce un indice ? Il y a des statues de saints et de saintes dans l’église, en prenant les initiales de certaines, on peut former le mot GRAAL. Est-ce un indice ? On aurait aussi pu écrire JAMAL, mais ça, personne n’en parle ! Un indice ballon à jeter au panier.

 

 

 

Une autre particularité de l’église est qu’elle a deux enfants Jésus : un dans les bras de Joseph et l’autre dans les bras de Marie. Ceci n’est pas la norme. C’est habituellement l’un ou l’autre, pas les deux. Est-ce là un indice que la théorie du frère jumeau serait vraie et que le curé aurait monnayé la preuve avec le Saint-Siège. Ou est-ce simplement que le catalogue de son fournisseur ne donnait pas d’autres options. Eh oui, toutes les statues et le chemin de croix ont été achetés chez un fournisseur et non pas sculptés sur place.

Une entrée dans le journal du curé indique laconiquement qu’il a trouvé une tombe. C’est vrai, car la dalle funéraire est présentement en exposition. Celle-ci se trouvait à tête-en-bas (image en dessous) dans l’église. Le curé l’a recyclé pour en faire une marche d’escalier dans le jardin. Définitivement pas un archéologue. Toutefois, plusieurs pensent que cette tombe était en fait un souterrain menant à une crypte contenant un trésor.

Un autre item qui a fait l’objet de l’étude des chercheurs de trésors : la pierre tombale,aujourd’hui disparue, de la dernière survivante d’une famille supposément riche. Le texte, sur la pierre, avait plusieurs particularités. Quoique le texte soit généralement en grandes majuscules, certaines lettres sont en minuscule (le e de NOBLe) ou en petites majuscules. Certaines lettres sont manquantes : le T de HAUTPOUL et le P de SEPT. La césure de certains mots semble bizarre : qui couperait MARIE comme cela. On aurait habituellement écrit MARIE sur une nouvelle ligne. Le I du CI de CI-GIT est remplacé par un T. Le deuxième C de MDCCLXXXI est remplacé par un O. Le B de ABLES est remplacé par un R. Que dire de REQIESCAT IN PACE qui devient REQUIES CATIN PACE ? Est-ce que le curé Bigou, qui a procédé à l’enterrement, ne savait pas bien écrire ? Est-ce la faute du graveur ? Ou est-ce un indice que la dame voulait laisser sur comment trouver le trésor familial ? Il faut ajouter que la famille en question, les Hautpoul, avait une crypte sous l’église, une crypte qui fut condamné un demi-siècle auparavant, mais qui fut en usage pour plus de 500 ans. Toutefois, on ne trouve plus l’entrée de la crypte. Le curé Saunière l’aurait-il fait murer lors des rénovations pour cacher son coup ? Pour compliquer les choses (comme si on en avait besoin), il semblerait qu’il y ait eu une autre église, démolie, et que l’église actuelle ne serait en fait que la chapelle d’un autre château, démoli lui itou.

 

Et puis, il y a les autres chercheurs. Ceux qui au lieu de se creuser les méninges, ont préféré creuser sous le village. Au point que le maire a dû décréter l’interdiction formelle de faire des fouilles dans le village. On craignait que le travail de sape de ces chercheurs finisse par causer des affaissements de terrains et des écroulements d’édifices. Quand faut dire que certains y jouaient gaiement avec de la dynamite…

C’est tout ? Que non. Parmi les autres théories avancées, citons les ossement de Marie-Madeleine, elle qui serait venu évangéliser la région de Marseille ; l’Arche de l’Alliance qui aurait été caché ici avec le trésor des Wisigoths ; l’or des Templiers ou encore que les curés Saunière étaient des Francs-maçons catholiques royalistes. Il y aurait plein de symboles dans l’église qui attesterait ce fait et qui pourraient expliquer les fonds à leurs dispositions. Que de théories ! Toutes ces théories ont été des filons d’or pour les auteurs de romans, de bandes dessinées et de livres sur les « secrets ». Il y a même des auteurs qui ont créé de faux documents pour soutenir leurs thèses. Dans un cas, un monsieur Pierre Plantard a même enregistré en 1953 La Société du Prieuré de Sion auprès du gouvernement français (comme n’importe quelle association et entreprise peut le faire) et a déposé à la Bibliothèque Nationale de France plein de faux documents, dont certains supposément en provenance de Rennes-le-Château, prouvant que le Prieuré existait depuis 1099 et que lui-même était de descendance royale mérovingienne et pouvait réclamer le titre de roi de France. Et des frites avec ça ?

Dommage que la Tour Magdala était fermée pour cause de rénovation. Je suis certain que j’y aurais trouvé les indices donnant LA solution au puzzle. Ha ! Ha! Ha!
 

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