Ce matin, je m’en fut à la gare prendre le train pour Carcassonne. C’est une belle ville médiévale à ce qu’on dit. J’ai deux correspondances : une à Bordeaux, une à Toulouse. En arrivant à la gare, je vois au grand tableau que mon train est une heure en retard. Ça va être serré pour ma correspondance à Bordeaux. On annonce que le train sera une heure et quart en retard. J’espère que la correspondance sera sur le même quai à Bordeaux, ou sinon, ce sera la course folle. Le retard est maintenant d’une heure trente. Zut, je vais manquer ma correspondance.
Je vais au service à la clientèle. On me rassure que le prochain train Bordeaux-Toulouse me permettra de récupérer ma deuxième correspondance. Ouf ! Quoi ? Le retard est maintenant de deux heures et demie. Ah non, mes correspondances sont fichues. Je retourne au service à la clientèle. Il y a un train direct Bordeaux-Carcassonne plus tard. Finalement, c’est avec deux heures et quarante-cinq minutes de retard que mon train file vers Bordeaux. On a à peine dix minutes pour transférer au train Bordeaux-Carcassonne. Merde à ces foutus retards.
Avec mes excuses à l’auteur, je cite très approximativement et partiellement Pascal Lejeune : « Le train, le train, le train encore une fois n’est pas à l’heure. C’est ben d’valeur … Il y avait quelqu’un qui n’en pouvait plus d’attendre … » On nous a annoncé que la raison du retard était un accident de personne sur la voie ferrée. Ici, c’est un euphémisme pour dire qu’il y a eu un suicide.
Deux heures et quarante-cinq de retard, il y a pire que cela dans la vie : la mort. Et je n’envie pas non plus ceux qui ont dû ramasser ce qu’il restait du pauvre hère qui a choisi de quitter ce monde de façon si brutale. Il est toujours difficile de concevoir qu’une personne puisse ainsi mettre fin à ses jours. Peu importe la raison ? Selon nos croyances, nos convictions et nos problèmes, nos façons de raisonner divergent, semble-t-il.
La vie doit-elle toujours mener à la mort ? Une question existentialiste ? Mon père, le pragmatique, aurait sûrement dit : « A-t-on vraiment un choix ? » Le seul choix que l’on ait vraiment est de devancer notre heure finale ou non. Ou d’essayer de la retarder ou non. Dieu sait combien de potions et recettes il y a sur le marché pour faire l’un ou l’autre.
Combien de raisons y a-t-il de se suicider ? Peut-on les cataloguer de quelques façons ? Sont-elles justifiables ?
Ces dernières années, il y a eu la polémique sur l’euthanasie. Ici, les raisons évoquées en sa faveur tournent autour de la qualité de vie, ou plutôt sur son absence. On pense surtout aux patients en phase terminale dont la vie n’est plus que souffrances continuelles. On peut comprendre que ces personnes qui savent qu’ils n’en n’ont plus que pour quelques mois à vivre et qui savent aussi que ces mois seront un enfer sur terre puissent désirer partir pour un au-delà inconnu qu’ils supposent moins pire que le maintenant, ici.
Ceux qui s’opposent à l’euthanasie craignent les dérapages. On peut aisément en imaginer deux types : les copycats et les pressions indues. Pour les copycats, combien souvent a-t-on vu des vagues de suicides suite à un suicide médiatisé. Pour les pressions indues, on craint que certaines personnes encouragent des membres âgés ou malades de leur famille pour éviter les dépenses et difficultés associés aux soins demandés.
Une autre catégorie serait les gens en mal de vivre, Perte d’emploi, séparation, dépression, tels sont le genre de problèmes vécus par ces gens. On peut se demander pourquoi ou comment ces gens peuvent aller si creux sans qu’ils ne demandent de l’aide ou sans que personne ne leur en propose. Ne sommes-nous pas les gardiens de nos frères et sœurs ? Frères et sœurs dans le sens large de l’humanité, s’entend. C’est comme si nos sociétés se refusaient d’aider les plus mal pris, les plus mal démunis. On n’a qu’à penser au cas d’Ashley Smith. Bien qu’elle fut en prison et qu’on savait qu’elle avait des troubles psychologiques, elle ne reçut pas les soins nécessaires et se suicida dans sa cellule. Sommes-nous encore dans les temps obscures du « débrouilles-toi ou crèves. » Ça laisse songeur sur nos valeurs sociétales.
Quand on pense aux programmes de relocalisation de témoins, aux espions qui s’installent dans un pays autre que le leur, aux agents d’infiltration antigang, tous ces gens qui prennent une nouvelle identité pour une raison ou une autre et qui recommencent leur vie à zéro. Si sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue, pourquoi ne pas aller ailleurs et vivre une autre vie, meilleure cette fois-ci ? Ce serait moins pire que de se l’enlever, non ? Serait-ce que ça prend plus de courage, d’efforts et de détermination pour refaire sa vie ? ? ?
Une dernière catégorie, quoiqu’il y en ait probablement d’autres que je n’ai pas pu imaginer, ce sont les bombes suicidaires. Y a-t-il vraiment des causes si grandes que ça vaille la peine de se suicider ? Je peux comprendre que l’on veuille se battre pour se défendre. Certains diront que pour défendre leurs idéaux, ils seraient prêts à faire l’ultime sacrifice. La question est : sont-ce des idéaux valables ? Bien des idéaux ne sont que des objectifs de bas étages, tels mettre telle ou telle personne à la tête d’un pays. Un idéal devrait avoir une certaine pérennité et être bon pour l’ensemble des gens, pas seulement pour une petite clique. Disons, quelque chose dans le style « chances égales pour tous », « égalité de soins », « droit de vote universel. »
Les bombes suicidaires ne peuvent même pas être comparées aux soldats. Les soldats ne s’enrôlent pas pour se faire tuer. Évidemment, les soldats savent et doivent accepter qu’il y ait des risques et qu’il y a une probabilité que la mort puisse être une conséquence de leurs activités. Toutefois, il est rare que cette probabilité soit 100%. Même pendant les deux grandes guerres, les combats ont rarement, sinon jamais, anéanti complètement une armée. Perdre 10, 20 ou 30% des effectifs, oui, mais pas anéanti. Par contre, faire sauter sa ceinture d’explosifs a une probabilité nulle de survie. Serait folle la personne qui croirait autrement.
On se demande ce qui pousse les gens à faire de tels gestes. Sont-ils brainwashés ? Subissent-ils des pressions ? Par exemple, tu ne le fais pas, ta famille y passe au complet. Dans le cas d’enfants, abuse-t-on de leur confiance ? Allez petit, vas porter ce cadeau au chef de milice. Tu auras des bonbons au retour. Qui sait ?
Je n’ai pas de réponses à vous donner. Seulement, le cri de cette personne anonyme m’a atteint de plein fouet ce midi. Nous pestions, je pestais contre ce retard qui affectait nos vies dans notre quotidienneté alors qu’il y avait cette personne qui avait besoin d’aide et qui ne l’a pas eu. Cette personne a choisi de le laisser savoir à des milliers de personnes qui lui étaient aussi inconnus qu’il l’était pour nous. Une vie gâchée. Ni la première, ni la dernière.
À quand des services de santé qui tiennent aussi compte des problèmes psychologiques et de démences ? Avec nos gouvernements actuels, je ne vois pas le jour où cela sera offert à un niveau adéquat et approprié.
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